Me Philippe H. PLACIDE

Par philippe.placide le 01/10/12
Dernier commentaire ajouté il y a 7 années 12 mois

Les nouvelles technologies ont révolutionné nos échanges mais cette pratique n'est pas sans risques. Cette semaine encore, des dizaines de jeunes antillaises ont été exposées entièrement dénudées sur Facebook pendant plusieurs heures. C'est le côté obscur du réseau et l'objet de notre dossier : photos volées, identité usurpée, injures, diffamation, atteintes à la vie privée...

Aux has-been qui ne le sauraient pas encore, Facebook c'est un réseau social. Un lieu virtuel d'échanges. On y retrouve ses amis, on s'en fait d'autres. On s'envoie des messages ou bien on tchate en direct. On se fête ses anniversaires, on se fixe des rendez-vous. On s'envoie des photos, on se fait des blagues... Bref, c'est un immense espace de rencontre gratuit. Mais ça, c'est Facebook version « monde merveilleux de Oui-Oui » .

Il y a aussi le côté obscur de Facebook. Celui qui se dévoile au fur et à mesure des mésaventures des usagers, dont certains ont été jusqu'à appeler à son boycott et dont beaucoup aujourd'hui migrent vers d'autres réseaux sociaux, comme Twitter.

PHOTOS VOLÉES

Car, parfois, à trop étaler sa vie privée, on finit par se mettre en danger. Photos volées et détournées, usurpation d'identité, espionnage, diffamation... Ils sont un certain nombre à s'être fait piéger sur Facebook. Par inadvertance ou omission, mais aussi par malveillance et manipulation. Cette semaine encore, plusieurs jeunes lycéennes guadeloupéennes et martiniquaises se sont retrouvées totalement dénudées sur une page appelée « Les putries des Antilles » (France-Antilles du 27 septembre). L'auteur de celle-ci a été jusqu'à mentionner leur établissement et leur identité. Une enquête a été ouverte pour l'identifier (lire par ailleurs).

Souvenez-vous aussi, en août dernier, des dizaines de Martiniquaises avaient déposé plainte après que des photos d'elles ont été mises en ligne sur un site pornographique. Des clichés en maillot de bain ou en tenue de soirée, piratées sur leur compte Facebook par un homme répondant au pseudo d'Oubababa.

En Guadeloupe, c'est son violeur qu'une jeune fille de 14 ans a rencontré sur Facebook. Il a été jugé il y a une dizaine de jours. Après plusieurs mois de drague plus ou moins crue sur la toile, l'amourette en ligne a viré au cauchemar pour cette gamine. Quand elle a rencontré son chéri dans la vraie vie, l'affaire s'est conclue dans un squat. Une case abandonnée au bout d'une petite ruelle. Il l'a forcée, sous la menace d'un couteau...

ESPIONNAGE

La drague sur Facebook, un grand classique. Et les prédateurs sexuels, y compris des pédophiles, y trouvent leur compte. Mais ils ne sont pas les seuls à épier, à espionner... Plus vous vous dévoilez, plus vous vous exposez. Adresses, opinions religieuses, préférences sexuelles, photos légères ou compromettantes, propos tendancieux ou simple « makrelaj » ... Tout peut vous nuire à plus ou moins long terme. Facebook et plus généralement internet a de la mémoire. Tout peut être utilisé ou exhumé, même des années plus tard. Par un « ami » qui vous veut du mal, un amoureux éconduit, un mari jaloux... Certaines entreprises utiliseraient Facebook pour collecter des informations sur leurs employés. Des recruteurs s'en serviraient même pour leur sélection de candidats. Et des cambrioleurs pour repérer leurs proies.

Comment se préserver ? Le mieux, c'est encore d'en dire et d'en montrer le moins possible. Et surtout de bien choisir ses « amis » ...

- Prévention : les gendarmes dans les collèges

Au sein de la Brigade de Prévention de la Délinquance Juvénile dirigée par Maguy Jean-Privat et son adjoint, Jérôme Coudrin, la problématique Facebook est prise très au sérieux. Cette unité de la gendarmerie, basée au Lamentin, se rend quasi quotidiennement dans les établissements scolaires pour faire de la prévention. Dans les classes de 5ème, le multimédia -téléphones portables et réseaux sociaux-constitue une thématique à part entière. « On explique aux collégiens toutes les dérives qu'il peut y avoir. Bien souvent, ils n'en ont pas conscience. Pour eux, ils sont seuls devant leur écran. Sur une classe, 1/3 des élèves a au moins 300 « amis » Facebook et au moins 5 en en ont plus de 800!

Les jeunes filles n'ont pas conscience que derrière les personnes qu'elles acceptent, il peut y avoir un prédateur. Un homme de 40 ou 50 ans comme on se l'imagine le plus souvent. Mais parfois, simplement un jeune de leur âge qui va chercher à obtenir de l'argent, des faveurs sexuelles ou à jouer à des jeux par caméras intérposées » .

- Comment se protéger ?

- Diffuser un minimum d'informations

Ne jamais divulguer son nom d'utilisateur ou mot de passe. Ne pas indiquer ses dates de vacances et l'endroit où on se trouve pour éviter les cambriolages. Évitez d'indiquer votre adresse postale, votre numéro de portable ou toute autre information privée.

- Triez vos amis

N'acceptez pas comme ami quelqu'un que vous ne connaissez pas. Dès que vous acceptez quelqu'un comme ami sur Facebook, cette personne peut accéder à toutes les informations vous concernant. Y compris vos photos. Donc, évitez d'accepter n'importe qui comme ami et supprimer régulièrement les amis inopportuns. S'assurer aussi que votre correspondant est bien un ami et pas quelqu'un qui se fait passer pour lui.

- Bloquez les indésirables

Si quelqu'un vous harcèle sur Facebook, vous pouvez le bloquer. Allez dans le menu Compte, puis « paramètres de confidentialité » . Cliquez sur « modifier vos listes » dans la partie « Listes de personnes et applications bloquées » . Saisissez le pseudo de la personne puis cliquez sur « Bloquer cet utilisateur » .

- Verrouillez votre profil

Allez dans paramètres de confidentialité et cliquez sur « personnaliser les paramètres » . Et limitez les contenus à vos « amis seulement » si vous ne voulez pas partager tout avec tout le monde. Pour autoriser uniquement un groupe d'amis précis, cliquez sur « Personnaliser » . Ouvrez alors la liste de la section « Montrer à ces personnes » et entrez le nom de la liste contenant les personnes qui verront le contenu sélectionné et enregistrez les paramètres.

- Pesez bien vos mots

Ce qui est écrit sur le net reste même des années après. Évitez de commenter tout et n'importe quoi, à tort et à travers. Faites très attention à vos publications et à qui vous les diffusez.

- Signalez les abus

Pour signaler un contenu abusif sur Facebook, cliquez sur le lien Signaler qui s'affiche à côté du contenu en question. Le signalement du contenu ne garantit pas son retrait, mais donnera lieu à une vérification.

- LE CHIFFRE 955

Avec 955 millions d'inscrits et 552 millions d'utilisateurs quotidiens, le phénomène Facebook n'en finit pas de grossir, même si certains en sont revenus et migrent sur d'autres réseaux, Twitter notamment.

- Philippe Placide, avocat (France-Antilles du 18 août)

Sur Facebook, il n'y a plus de vie privée à partir du moment où on poste des photos à la vue de tous. Dès que tu fais ça, tu t'exposes et c'est difficile de dire « rendez-moi mes photos » .

- « Facebook n'a aucune limite »

L'affaire de jeunes Antillaises apparues nues sur une page Facebook continue d'alimenter le débat chez les jeunes Martiniquais, collégiens ou lycéens. Nous sommes allés à leur rencontre.

Au centre d'un phénomène qui parfois les dépasse, les jeunes n'ont pas toujours conscience des dangers des réseaux sociaux. (Photo archives/ France-Antilles)

« On les a toutes vues sur Facebook, ce fut le choc » , témoigne Swannii, une jeune lycéenne.

Le procédé est simple, un clic sur « j'aime » et tout s'affiche comme par magie. « Dès qu'un ami clique sur « j'aime » , automatiquement tu vois les photos » , poursuit Swannii. Voilà, comment seraient apparues, mardi soir, les photos de jeunes filles dénudées sur la page Facebook des internautes. L'événement crée le buzz, et pourtant, ce n'est pas une première sur la plateforme. « On a l'habitude de voir des photos dénudées mais pas à ce point-là » , ajoute la lycéenne. « Elles étaient carrément nues. Le plus terrible dans l'histoire, c'est que leurs identités apparaissaient » .

Outil d'interconnexion, Facebook partage instantanément, en toute transparence, les moindres faits et gestes des usagers. « Facebook n'a aucune limite » , lance, pour sa part, Jo'Any, élève de 1ère. « Tu peux y faire ce que tu veux, il n'y a pas d'âge pour s'inscrire, on y voit même des enfants de 9 ans » . Après quelques heures d'exposition, les réactions sur les photos des jeunes filles ne se font pas attendre.

Entre indignation et compassion. « À cause de cette histoire, elles n'auront plus droit au respect » , estime Shanna. « Elles disent relever la tête, mais ce sera difficile » .

« L'IMPRESSION QU'ILS NE RÉFLÉCHISSENT PAS »

Alors qu'elles font l'objet de critiques virulentes sur la Toile, les jeunes victimes ont reçu, mardi, plusieurs messages d'encouragement. « 400 messages, ce n'est pas rien, ça montre que les gens ne les jugent pas » , remarque Shanna. Quant à l'explication qu'il convient de donner à l'acte de l'inquisiteur, les scénarios sont multiples. « Ça peut être n'importe qui, un garçon comme une fille, ces actes-là sont faits par jalousie ou par vengeance, mais ils restent très immatures » , analyse Swannii.

Néanmoins, pour les jeunes, penser la fermeture de Facebook comme une solution, face à ces dérives, s'avère un peu trop sévère. « On n'a pas besoin d'aller jusque-là » , observe Shaana. « Il faudrait introduire un détecteur d'images pornographiques ou donner le droit à chacun de supprimer les photos en question » .

Devant cette décadence, c'est le manque de réflexion de certains jeunes qui est mis en cause. « On a l'impression qu'ils ne réfléchissent pas aux conséquences de leurs actes » , s'emporte Aauhdii. « C'est devenu « fun » de faire n'importe quoi, pour être populaire, et tous les moyens sont bons. Aujourd'hui, le sexe est partout, mais il est hors de question qu'il s'applique à tous, sans aucun moyen de défense » , conclut l'adolescente.

L. M.

http://www.martinique.franceantilles.fr/actualite/une/cote-obscur-facebo...