Apr
16
La lettre (à l'insolence justifiée) du Syndicat de la Magistrature à un Garde des Sceaux tristement inexistant ...

SYNDICAT DE LA MAGISTRATURE

12-14 rue Charles Fourier

75013 PARIS

Tel 01 48 05 47 88

Fax 01 47 00 16 05

Mail : syndicat.magistrature@wanadoo.fr

site : www.syndicat-magistrature.org

Paris, le 16 avril 2012,

Monsieur le garde des Sceaux,

Pendant tout le week-end, nos concitoyens ont pu suivre, pour ainsi dire en

direct, les derniers développements de l'affaire dite des « meurtres de

l'Essonne », grâce à des informations apparemment très précises en provenance

officielle de « la place Beauvau ».

Le prénom et l'initiale du nom de l'un des suspects - « très sérieux » selon le

ministère de l'Intérieur, qui semble avoir sa propre typologie pénale - ont

largement circulé, de même que les éléments qui auraient permis son

identification, ou encore les indices qui auraient été découverts ou non lors des

perquisitions opérées dans des lieux connus des médias, dont on a d'ailleurs pu

voir des images à la télévision.

Les deux juges d'instruction en charge de ce dossier ont même été informés

après la presse de l'interpellation effective du premier suspect, et des

journalistes ont eu connaissance d'éléments précis concernant des actes

d'enquête à venir...

A l'évidence, de telles fuites constituent autant de violations du secret de

l'instruction - au stade où celui-ci a le plus de sens, coïncidant avec la

confidentialité élémentaire qui s'attache à n'importe quel début d'enquête

pénale, c'est-à-dire avant toute éventuelle mise en cause officielle, lorsque des

investigations cruciales sont en cours de réalisation et alors que la présomption

d'innocence est la plus menacée.

Et, de fait, des magistrats du tribunal d'Evry et des enquêteurs de la police

judiciaire ont de bonnes raisons de craindre que ces divulgations, tranquillement

orchestrées par les collaborateurs de votre collègue Claude Guéant, ne mettent

en péril cette enquête difficile portant sur des faits très graves...

Mais tout cela, vous le savez déjà, puisque nous en avons informé samedi soir

par téléphone votre porte-parole adjoint, lequel nous a assurés qu'il allait « faire

remonter » notre demande d'une intervention ferme de votre part visant à éviter

le sabotage de cette instruction criminelle et à faire cesser cette tentative

manifeste de récupération politique à quelques jours de l'élection présidentielle.

Ce qui nous conduit à vous écrire aujourd'hui, c'est que - fidèle à la ligne de

conduite que vous semblez vous être donnée à votre arrivée place Vendôme -

vous avez courageusement décidé de... ne rien dire.

Soyons justes : votre porte-parole adjoint a fini par donner lecture à la presse de

l'article 11 du Code de procédure pénale... Vous conviendrez qu'à l'aune de la

communication déployée place Beauvau, cela est un peu court.

Au reste, vous n'avez rien dit non plus lorsque Monsieur Guéant a publiquement

pris la direction de l'enquête judiciaire dans la tragique affaire de Toulouse.

De même, vous n'avez rien dit lorsque le chef de l'Etat a partiellement relaté un

matin sur l'antenne d'une station de radio les résultats des perquisitions

effectuées - devant les caméras - dans le cadre de l'information judiciaire

concernant le groupe « Forsane Alizza », avant d'ajouter : « Nous avons des

questions à poser, des questions extrêmement précises à un certain nombre de

gens. Ce qui s'est passé ce matin va continuer. Il y aura d'ailleurs d'autres

opérations qui continueront ». Vous n'avez d'ailleurs rien dit non plus quand, de

source policière, le nom et la photographie d'un magistrat placé sous protection

ont été divulgués dans le cadre de la même affaire.

Enfin, bien sûr, vous n'avez rien dit lorsque des « coups de filet dans les milieux

islamistes », sans le moindre intérêt judiciaire mais artificiellement justifiés par

des « enquêtes », ont été savamment mis en scène par le ministère de

l'Intérieur.

Par votre silence, Monsieur le garde des Sceaux, vous avez cautionné des

pratiques qui dénaturent la République. Par votre silence, vous avez signifié à la

France entière la soumission de l'action de la justice aux petits calculs électoraux

du gouvernement auquel vous appartenez et dans lequel vous faites

manifestement de la figuration. Par votre silence, vous avez abaissé votre

fonction et l'autorité judiciaire elle-même.

Dans ces conditions, vous comprendrez que nous n'ayons rien à vous demander.

Il ne vous est toutefois pas interdit de sauver l'honneur...

Nous vous prions d'agréer, Monsieur le ministre, l'expression de nos salutations

polies.

Pour le Syndicat de la magistrature,

Matthieu Bonduelle, président

Mots-clés: 

Commentaires

euh...

Thierry Couturier ?

Enfin, François Bonnetier ?

Zut !

Je viens de vérifier sur Wikipédia : c'est Michel Mercier.

Il était temps que je l'apprenne. Il n'est plus là dans un mois.

C'est (c'était ...) bien lui, hélas ...

Nom: 
alexia
Site: 
http://

Avant le 6 Mai nous sommes tous des suspects très sérieux.

Le langage utilisé par le ministère de l'intérieur est celui du marketing, pas celui de la Justice!

En marketing le suspect est un individu cible qui n'est pas encore suffisamment qualifié pour être considéré comme prospect,

et le prospect est un client potentiel de l'entreprise.

http://www.definitions-marketing.com/Definition-Prospect

Tout s'explique enfin !

Merci, je l'ajoute au "présumé coupable" de la presse, qui remplace aisément la présomption d'innocence par celle de culpabilité....

Ajouter un commentaire

Image CAPTCHA