Nov
22
Le chiffre

Si Le Chiffre n'était pas une abstraction, il aurait une statue à son effigie dans chaque commissariat. Ou son portrait dans un cadre doré à l'or fin, à côté de celui du chef de l'État.

Le Chiffre est une entité omniprésente et autoritaire qui plane au dessus de chaque service de Police. Chaque patron le rappelle dans les incantations consacrées.

Le Chiffre ! Je veux du Chiffre ! Ramenez du Chiffre !...

Chaque flic doit garder à l'esprit qu'il existe avant tout pour Le Chiffre. On ne lui demande pas d'avoir la foi en Le Chiffre, mais simplement de le pratiquer au quotidien. Sans se poser de questions. Et avec ferveur si possible.

Le Chiffre est très important, car grâce à lui on fabrique de la politique et de l'opinion. Le Chiffre ne fabrique pas de la sécurité, sinon ça se saurait.

Le Chiffre est gourmand mais il n'a pas d'exigence particulière sur la qualité de ce qui le fait grossir. Il n'est pas gourmet, il est goinfre. Qu'importe la délinquance qui lui est amenée en offrande, il est même capable de se nourrir de vent...

Le Chiffre peut devenir une maladie. Certains flics pensent bien faire en vouant, envers et contre tout bon sens, leur carrière au Chiffre. Ils deviennent ce qu'on appelle des gratteurs ou des chasseurs, et finissent par faire n'importe quoi. Ils voient des méchants partout. Le Chiffre à outrance peut donc provoquer des hallucinations, voire des délires de persécution pour les cas en phase terminale d'addiction au Chiffre. L'IGS accueille parfois des malades du Chiffre qui à force d'aveuglement ont fini par se prendre les pieds dedans, et déraper bêtement sur la loi.

D'autres collègues, qui ont développé une immunité contre Le Chiffre, préfèrent travailler des jours, si nécessaire, à la capture d'un vrai gros bandit, un seul, mais qui ira directement en prison sans passer par la case départ. Ceux-ci offensent Le Chiffre qui ne fait pas la différence entre un vrai délinquant dangereux et un petit nuisible, et qui reste alors sur sa faim.

Les commissaires de police, gardiens statutaires du Chiffre devant l'Eternel, se réunissent lors de grands-messes et ils comparent la grosseur de leurs Chiffres. Celui qui a le plus gros est considéré comme un très bon policier manager de troupes, et on en tiendra compte dans son déroulement de carrière.

Mais être au service du Chiffre, ce n'est pas être au service du public. La sécurité n'est pas quantifiable. Elle n'est pas non plus un équilibre de Chiffres, et toutes les détresses n'ont pas d'unités de mesure.

Le Chiffre est mathématique, mais il n'est pas la solution du problème.

Mauvais calcul. Il est un faux ami comme en grammaire...

Les ennemis du Chiffre sont le libre-arbitre et la rigueur, la vraie rigueur, celle qui engage la conscience. Et la déontologie.

Le Chiffre est l'opium de la Police.

Texte tiré de "FLiC, chroniques de la police ordinaire par Benedicte DESFORGES"

éditions J'ai Lu

Elle a un blog. Il faut le consulter :

http://police.etc.over-blog.net/

Elle y parle aussi des suicides dans la police.

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Commentaires

Belle et saine phrase.

Si M. Fillon veut « repenser la garde à vue, il doit également repenser la politique du chiffre dans la police », a déclaré dans un communiqué Nicolas Comte, secrétaire général de l'Union SGP Unité Police.

"L'union SGP-unité police ne peut que souscrire à cette belle déclaration de principe démocratique", a commenté le syndicat.

Mais "c'est le gouvernement qui impose des quotas d'interpellations aux fonctionnaires de la police nationale, tout en mettant la pression sur les policiers par une politique du chiffre aveugle ne leur permettant plus d'exercer avec discernement", a-t-il ajouté.

"C'est le gouvernement qui impose le nombre de gardes à vue comme un indicateur essentiel de l'activité des services", a-t-il dit.

"Il est donc trop facile de faire comme si les policiers étaient responsables de cette situation, en les transformant une fois encore en boucs émissaires", a ajouté M. Comte.

Souce : AFP

GAV, comme on dit dans notre jargon ! Autrement dit gaver ?

... ou africain, car il se figure en diverses couleurs.

Non, ichi, ni, san ne s'écrit pas 1,2,3. Mais notre un, deux, trois, lui s'écrit bien en chiffres arabe, alors même que les arabes n'écrivent pas 1,2,3 pour waaHid, ithnayn, thalaatha

...je voulais simplement élargir le débat ....

et moi je vous nargue, car mon commentaire initial, comme souvent je le fais d'ailleurs, était effectivement à double-sens ....

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