Oct
10
ARMENORUM : MAIS POURQUOI DONC UN SOMMET FRANCOPHONE A EREVAN ?

Oui, pourquoi.

C’est qu’il  est fini le temps où tout Arménien,  un peu lettré,  devait parler et écrire  le français.

C’était avant 1919, à l’époque encore  où la France,  grande puissance mondiale,  spécialement au Proche-Orient, était l’héritière de ses monarques,   dont la mission localement était de protéger tous les chrétiens. Elle alors  créait de toutes pièces la première république,  amie,    transcaucasienne d’Arménie,  par le traité de Sèvres.

Tout  l’officiel y  était en français, même les billets de banque.

Quant au drapeau, bleu, rouge, orange, c’était celui des princes (français et poitevins) de Lusignan,  au XIIIème siècle,  venus à la croisade,  dont l’un fut le dernier roi de Cilicie, encore appelée la petite Arménie,  chrétienne et indépendante. C’était  Léon V.

Et puis le traité scélérat de Lausanne a tout effacé en 1923.  Plus tard, on a  mis 60 ans à se  souvenir du premier génocide de 1915,  celui des 1.500.000  Arméniens ; sans compter les 500.000 Assyriens.

Les malheureux n’avaient  pas su « vendre » l’abomination dont ils avaient  été les victimes.

Parlant du génocide pontique de plus tard, en 1922, celui des Grecs et des derniers Arméniens de SMYRNE,  évoquant la mémoire de son père, marin sur le croiseur Edgar Quinet, qui sauva mes grands parents, mon père ainsi que  ses frères et sœurs, Jean-Marie LE PEN (Mémoire, tome 1, pp. 64-65), on m’excusera de le citer, et si on ne m’excuse pas, je m’en fous,  a écrit que ce massacre de populations chrétiennes installées là deux millénaires avant les Turcs, ayant civilisé la région avait fait beaucoup moins de bruit chez nous que d’autres massacres mieux médiatisés.

Pourtant, au pire, le mépris, au mieux l’oubli, du génocide arménien a  cependant conduit,  35 ans plus tard,  à la Shoah. On sait  ces mots du chancelier HITLER à qui on opposait le génocide arménien pour expliquer que ses projets contre des Juifs soulèveraient le monde entier. « Mais qui parle encore du génocide arménien ? » répondait-il.

Et il  aura fallu attendre 1975,  soixante ans après 1915,  ce fut une obligation et aussi  un honneur pour moi d’avoir été un de ceux qui ont réveillé la torpeur ambiante,  la  création de la notion  de défense de la cause arménienne.   Et toute cette mission suprême.

Au soir de ma vie, je me dis que finalement, c’est certainement  la plus grande chose à laquelle j’ai jamais collaboré.

Oui, mais pourquoi EREVAN, en Arménie d’Asie ? Parce que  voici finalement,  pas si longtemps,  le système génocidaire n’a pas dit son dernier mot. Il l’a fait au Rwanda, en Afrique francophone, un million de morts,  dit-on, face à une opinion publique mondiale qui s’en moquait  complètement.

Alors, pris de remords, quelques uns se souviendront   demain aussi,  du génocide des Arméniens,  dont la négation est considérée en France comme une chose si banale que le Conseil constitutionnel retoque chaque loi qui prétend l’interdire.  

J’en sais quelque chose : comme avocat,  dans  l‘indifférence totale voire dans l’hostilité,   spécialement celle de mes pairs marseillais, on me l’a dit dans une décision de la rue de Montpensier.

Il n’est de génocide que celui des Juifs.

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