Apr
19
ARMENORUM UN PEUPLE SANS SEPULTURE MAIS AVEC DES AVOCATS

 

Lisez Charles AZNAVOUR  le dans Le Monde de ce matin.

Je le cite largement. Car, il  n’y a pas de droit d’auteur sur la vérité.

C’est vrai, je suis  comme lui de ce peuple, mort sans sépulture.

Mais je le complète s’il le faut. Car il ne suffit pas.

Mon père qui a pu échapper à la tourmente, en 1923,  a eu la chance de trouver refuge en France.

Il n'en a pas été de même pour le million et demi d'Arméniens qui ont été massacrés, égorgés, torturés dans ce qui a été le premier génocide du XXe  siècle.

Du coup, comme tant d’autres, trop heureux d’avoir sauvé sa peau, il a négligé l’aspect indemnitaire de la condamnation du meurtre  de masse qu’est le génocide arménien. Non seulement pour extermination, mais aussi pour vol de l’histoire et des biens.

C’est qu’un  vent de sable et puis d'oubli a trop  longtemps recouvert ce meurtre de masse.

Les gouvernements turcs qui ont succédé aux bourreaux de 1915 (et de 1923 aussi)  ont pendant des décennies pratiqué un négationnisme d'Etat. Ils ont parié sur l'amnésie et sur la lâcheté internationale. Et ils ont failli avoir raison.

Pendant des années, le crime a pu être considéré comme payant. Il a fallu attendre les années 1980 pour que les nations commencent à le reconnaître. Sur la pointe des pieds, mezza voce.

Je me souviens personnellement de la bataille, à laquelle j’ai eu l’honneur de participer, pour que simplement, en 1975, au soixantième anniversaire, un monument aux morts arméniens soit édifié à l’intérieur de l’enceinte de la cathédrale apostolique de l’avenue du Prado.   

Contre  l’opposition officielle du préfet, sous le regard hostile du gouvernement en place, et la désobéissance d’un seul, un  secrétaire d’Etat, le professeur Joseph COMITI, avec nous.

Le Parlement européen tout d'abord, a finalement reconnu, mais  en  1987. La France avec une loi promulguée le 29  janvier  2001. Une vingtaine d'autres Etats depuis. Et le Vatican il y a quelques jours.

Face à une telle situation, tout être humain doué d'un peu de raison et de bonne foi ne peut que se trouver désemparé.

Parce que ce que l'on a voulu anéantir en  1915, c'est l'Arménien, ce qu'il est. C'est moi, mais c'est vous aussi. Car, comme à AUSCHWITZ, ce qu'ils ont également assassiné, c'est l'humanité.

La logique de l'hostilité envers les Arméniens continue, cent ans après, à faire des ravages.

Comment ne pas évoquer non plus l'attaque par des organisations djihadistes, le 21  mars  2014, du bourg arménien de KESSAB en Syrie, situé à quelques encablures de la frontière turque et dont tout indique qu'elle n'aurait pu se réaliser sans le feu vert d'Ankara ?

Comment ne pas penser au mémorial de DEIR EZ-ZOR, également en Syrie, seul monument dédié aux victimes du génocide sur la terre où elles ont été martyrisées. Cet ossuaire a été dynamité le 18  septembre  2014 par DAECH, et nombre d'analystes estiment que cette profanation a bénéficié du consentement d'ANKARA. Est-il possible de passer sous silence le drame des chrétiens d'Orient, assyro-chaldéens, syriaques et arméniens, ainsi que la tragédie des yézidis, qui continuent jusqu'à aujourd'hui d'être persécutés. Toutes ces questions constituent des enjeux de la reconnaissance du génocide par la Turquie. L'impunité a donné le mauvais exemple.

Les atrocités en cours aujourd'hui au Moyen-Orient plongent leurs racines dans les abominations de 1915, dont la région porte non seulement les stigmates mais également la mémoire. Elles ont proliféré sur la norme dominante qui s'est instaurée depuis l'époque. Ce modèle a laissé croire que la déraison du plus barbare finissait toujours par s'imposer. Faut-il s'y résigner ?

 

Car le problème est bien là. Cent ans après, " le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde ", comme l'a dit Brecht. On le voit à travers le sort des minorités du Moyen-Orient, on le voit moins quand il s'agit des menaces qui pèsent sur l'Arménie et le Haut-Karabagh. Et pourtant ! Il n'y a pas eu une semaine depuis le début de l'année sans qu'un jeune de 20  ans ne meure sur la ligne de contact entre le Haut-Karabagh et l'Azerbaïdjan.

Alors que la présence des Arméniens s'est réduite comme peau de chagrin dans ces terres qui furent le berceau de leur histoire.

La mort continue donc de rôder autour du peuple arménien. Jusqu'à quand ?

Puisse ce triste anniversaire –- c'est la première fois dans l'histoire que l'on commémore les cent ans d'un génocide- laisser désormais la parole aux avocats, et non plus aux historiens. Et à tous ceux qui se contentent de témoigner ou de pleurer.

Car oui, il faut laisser l’action aux avocats pour qu’ils combattent et obtiennent réparation matérielle aux noms des descendants des crimes et des spoliations restés impunis. C’est le message que nous autres les avocats devons donner aux descendants.

Ce serait trop facile sinon.

Mots-clés: 

Ajouter un commentaire

Image CAPTCHA