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AVOCATS : STRESS, INGRATITUDE, EPUISEMENT : L’AMERTUME DES JEUNES AVOCATS

 

Voici que Le Monde intervient dans un long billet du 27 janvier courant. Il y a des années que des avocats comme moi le disent et moi je l’écris sans arrêt.

L’école du barreau est l’un des débouchés naturels des masters de droit. Mais à la sortie de ces écoles, alors que la profession connaît divers bouleversements, beaucoup de jeunes avocats tombent de haut.

 « La profession d’avocat a doublé ses effectifs en quinze ans et est aujourd’hui confrontée à un problème identitaire. Elle ressemble à un adolescent mal à l’aise dans un corps qui a grandi trop vite », constate Pierre Berlioz, directeur de l’Ecole de formation du barreau. La France comptait près de 40 000 avocats en 2004, ils sont plus de 68 000 aujourd’hui. En même temps, près d’un tiers des avocats quittent la robe avant dix ans de carrière.

Certains secteurs sont particulièrement concurrentiels : alors que la plupart des élèves se rêvent en ténor du barreau ou en intrépide professionnel naviguant dans le monde des grandes entreprises, « deux tiers des effectifs ne feront ni du pénal ni du droit des affaires, et beaucoup ne porteront la robe que lors de leur prestation de serment », constate M. Berlioz.

La profession est par ailleurs chamboulée par l’intelligence artificielle. Ross, le robot d’IBM qui, depuis 2016, analyse des milliers de documents pour un prestigieux cabinet d’avocats américain, est désormais en phase de test à Paris. Sans oublier les plates-formes juridiques : leurs prix modiques et leurs documents standardisés donnent déjà du fil à retordre aux avocats.

 « J’ai demandé à mes élèves de troisième année s’ils avaient entendu parler des legal tech [technologies au service du droit]. Sur un amphithéâtre de trois cents personnes, une seule a levé la main », relate Bruno Dondero. Ce professeur à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne invite les étudiants à s’interroger sur la viabilité du métier auquel ils aspirent : « On ne se pose pas de questions alors qu’on lutte avec ses cours de droit civil. Les études sont prenantes, certes, mais il faut absolument dépasser la formation purement technique pour avoir une vision plus globale de la profession. Si on part tête baissée dans ses études, la sortie peut s’avérer difficile. »

D’après l’enquête menée en 2018 par l’Union des jeunes avocats de Paris (UJA) et HEC Junior Conseil, « plus de 60 % des avocats qui exercent depuis moins de deux ans n’envisagent pas d’être avocats toute leur vie à cause du stress, de l’ingratitude du métier, de l’épuisement », révèle le président de l’UJA, Frédéric Perrin. Justine a ainsi quitté la profession après un an de collaboration et plusieurs mois en statut précaire.

« Le cabinet que je souhaitais intégrer comptait trop de collaborateurs, on m’a proposé d’obtenir une fausse convention de stage, via un site, en attendant que quelqu’un se fasse virer », témoigne la trentenaire, qui souhaite rester anonyme. En mai 2017, elle décroche finalement un véritable contrat, non sans remous : « J’ai pris la place d’un collaborateur qui s’est fait licencier. Les associés n’ont pas mis les formes, ils ne sont pas formés au management, j’étais mal à l’aise. »

Développer sa propre clientèle

Si, intellectuellement, elle s’épanouit dans son travail, Justine est très sollicitée. Elle s’affaire au bureau de 9 heures à 22 heures, plus quelques heures le week-end, et ne quitte jamais son portable. « Lorsque j’ai finalement pris une semaine de vacances, j’ai demandé d’avoir un routeur en voiture pour pouvoir me connecter du fin fond de l’Ethiopie ! »

Mais ce sont les contraintes financières qui poussent la jeune avocate, tenue de facturer 15 000 euros tous les mois, vers la porte de sortie. « Je travaillais essentiellement avec des associations et des particuliers, je faisais des gestes commerciaux en proposant des forfaits qui ne correspondaient pas au temps passé sur leur dossier, explique-t-elle. J’ai démissionné. Je veux bien être sous pression, mais pas pour des raisons financières. Avocate, plus jamais. »

Dans une profession souvent portée par des engagements forts, l’âpreté des conditions en cabinet peut donner lieu à de véritables conflits de valeurs. « J’ai fait du droit du travail parce que j’ai une certaine fibre, et je me suis rendu compte que toutes les batailles que je menais pour mes clients étaient en totale contradiction avec mon quotidien : je luttais pour que les salariés aient des horaires décents, et j’étais, moi, au bureau de 9 heures à 20 heures ! », s’insurge Boris Cardineaud. A 28 ans, il rompt sa collaboration pour ouvrir son propre cabinet.

Rien de plus normal, en théorie : « La première collaboration permet d’avoir une carte de visite pour développer sa propre clientèle. Si on reste collaborateur trop longtemps, on finit par se retrouver sur le carreau quand on est devenu trop cher pour le cabinet. Sauf que la culture du présentéisme ne permet plus aux jeunes collaborateurs de prendre leur envol », déplore Aminata Niakate, présidente de la Fédération nationale des unions des jeunes avocats (Fnuja).

Boris Cardineaud n’a ainsi pas eu le temps de se constituer un carnet d’adresses suffisamment étoffé pour s’assurer des revenus stables. « Le statut de collaborateur libéral est censé être provisoire : dans le règlement intérieur des avocats, on nous explique qu’il doit apporter au dossier du cabinet le même soin que ce qu’il apporte à ses dossiers personnels. C’est hypocrite ! Le collaborateur est considéré comme de la main d’œuvre, on ne lui permet pas de développer sa propre clientèle », regrette-t-il.

Des jeunes avocats malmenés

Autre nerf de la guerre : la rémunération. Le « tarif UJA », un minimum de rétrocession d’honoraires déterminé par l’Union des jeunes avocats, est rarement appliqué. « Et le “tarif ordre”, qui est encore plus bas, ne l’est pas toujours non plus, souligne Carole Painblanc, responsable de SOS-Collaborateurs à l’UJA. C’est dramatique. En raison de la concurrence, les jeunes avocats acceptent n’importe quoi : je me souviens d’une collaboratrice qui a signé un contrat de collaboration à temps partiel, alors qu’elle travaillait à temps plein. »

J’arrête là ma citation.

Je dis et je redis : la profession court à sa ruine.

En raison de la démagogie de ses dirigeants, tandis que tout le monde bien pensant  se voile la face devant la question du numerus clausus.

Nous sommes trop nombreux et incapables de trouver des matières de complément ou de remplacement, notamment le foncier.

Tout crétin qui soutient le contraire de mon raisonnement est un meurtrier de la profession.

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