Feb
16
CRIMES CONTRE L’HUMANITE : A LA RECHERCHE DE L’ORIGINE DE LA NOTION

 

Dans son pamphlet au « Mercure de France »  (1896) sur les massacres d’Arménie, témoignages de victimes (reprint chez « Hachette Livre » d’une édition trouvée  à la Bibliothèque nationale de France,  Georges CLEMENCEAU n’a certes  pas inventé l’expression « crimes contre l’humanité ».

Pourtant, la démonstration y était : « troubles dans les vilayets d’Arménie, on sait ce que signifie ce mot, c’est l’euphémisme officiel pour désigner le massacre méthodique des Arméniens » « Qui parlera d’humanité au peuple souffrant d’un gouvernement inhumain ? » « Que faisons-nous aujourd’hui ? »

Le « méthodique » est l’adjectif essentiel.

Emile ZOLA a semble-t-il lu CLEMENCEAU,   qui en parle mais à propos d’un évènement infiniment moins grave en nombre de mots, dans « J’accuse » en 1898 en dénonçant dans l’affaire DREYFUS  « un crime de lèse humanité ».

C’est finalement le génocide de 1915 des Arméniens qui, on s’en serait bien passés,  le premier,  a créé la notion et les mots. Dans la déclaration commune du 24 mai 1915, « Les gouvernements de France, d’Angleterre, et de Russie ont décidé en commun accord de faire les déclarations suivantes.

""Depuis un mois, les populations turque et kurde, de concert avec les agents du gouvernement turc, et souvent avec leur aide, sont en train de massacrer les Arménien.  En particulier des massacres ont eu lieu vers la vi avril à Erzerum, Terdjan, Bitlis, Mouch, Sassoun, Zeitoun, et dans toute la Cilicie.

""Dans les environs de Van, la population de plus de cent villages a été massacrée en masse . Le gouvernement turc est aussi en train de persécuter la population arménienne inoffensive de la capitale. En présence de ces nouveaux crimes de la Turquie contre l’humanité et la civilisation, les gouvernements alliés font savoir publiquement à la Sublime Porte qu’ils tiendront personnellement responsables les membres du gouvernement ottoman (…)""

Pour la première fois de l’histoire, l’expression « crime contre l’humanité » a fait son apparition. La suite est connue et ceux qui veulent faire la distinction du politique du juridique – les victimes massacrées n’ont pas eu le plaisir de faire la différence – lire avec intérêt le petit opuscule de très grande qualité sur le sujet « Le génocide des Arméniens, origine et permanence du crime contre l’humanité » chez DALLOZ,  écrit par le professeur Jean-Baptiste RACINE (université de Sophia Antipolis),  dont l’immense avantage est de n’être pas Arménien.

Notez aussi que le mot "civilisation" était légitimement ajouté. Pour dénoncer les actes méthodiques de barbarie.

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