Jan
28
DOSSIER ARMENORUM JUSQU’A LA LIMITE ABSOLUE DE L’ABJECT

 

Le président turc, Recep ERDOGAN, a convié son homologue arménien, Serge SARGSIAN, à la célébration du centenaire de la bataille de GALLIPOLI, le 24 avril, jour de la commémoration du centenaire du génocide arménien. Le président arménien s'en est offusqué dans une lettre.

 

Extraits.

 

"Monsieur le président, j'ai bien reçu votre invitation à participer à la commémoration du centenaire de la bataille de GALLIPOLI [qui s'inscrit dans la campagne des Dardanelles, 1915-1916]. Il est vrai que la Première Guerre mondiale est l'une des pages les plus terribles de l'histoire de l'humanité, qui a fait des millions de victimes innocentes et brisé autant de destinées.

Parmi les acteurs de la bataille de Gallipoli, l'artilleur arménien Sarkis TOROSSIAN, capitaine de l'armée impériale ottomane, fut un officier dévoué qui défendit la sécurité de l'empire et reçut les honneurs militaires en reconnaissance de son service et de ses exploits.

Pendant ce temps, le massacre et la déportation forcée des Arméniens, planifiés et exécutés par l'empire ottoman, étaient à leur comble et le capitaine TOROSSIAN ne fut pas épargné. Ses parents, massacrés sauvagement, se trouvaient parmi les 1,5 million d'Arméniens victimes du génocide, tandis que sa sœur mourut dans le désert de Syrie.

C'est en référence à ce massacre sans précédent que Raphael LEMKIN proposa [en 1943] le terme de "génocide". Quant à l'impunité des auteurs, c'est justement elle qui ouvrit la voie à l'holocauste et aux génocides perpétrés depuis au Rwanda, au Cambodge et au Darfour.

Selon vous, la bataille de GALLIPOLI serait un exemple unique, pour la Turquie et pour le monde entier, de la naissance d'une amitié dans la guerre, le champ de bataille étant devenu un monument à la paix et à l'amitié, nous rappelant le lourd héritage de la guerre.

Laissant de côté la portée symbolique de la bataille de GALLIPOLI ou la question du rôle discutable de la Turquie durant la première et la seconde guerre mondiale, il est important de ne pas oublier que la paix et l'amitié doivent avant tout se fonder sur le courage de regarder en face son propre passé, sur la justice historique, ainsi que sur la mémoire de l'humanité, en se référant à une reconnaissance non pas partielle, mais universelle.

Malheureusement, la Turquie continue d'appliquer sa traditionnelle politique de dénégation, "perfectionnant" d'année en année ses outils pour déformer l'histoire. Cette année, pour la première fois, le 24 avril a été choisi pour la célébration de la bataille de GALLIPOLI, alors même que la campagne a débuté le 18 mars 1915 et s'est prolongée jusqu'à la fin janvier 1916, tandis que le débarquement des alliés et la bataille terrestre ont commencé le 25 avril.

Quelle peut être la raison de ce choix si ce n'est l'intention grossière de détourner l'attention de la communauté internationale de la commémoration du centenaire du génocide arménien ?

C'est pourquoi je vous invite à ne pas oublier, dans vos appels à la communauté internationale, l'appel à la reconnaissance du génocide arménien, en rendant un hommage aux 1,5 million de victimes. Chacun de nous a le devoir de transmettre aux générations futures le récit véritable de notre histoire, sans déformations, afin d'éviter que ces crimes se reproduisent et pour ouvrir la voie à un rapprochement et à une collaboration future entre les nations, et plus particulièrement entre deux peuples voisins.

P.S. Votre excellence, il y a quelques mois déjà, vous avez été invité à EREVAN le 24 avril pour rendre hommage à la mémoire des victimes innocentes du génocide arménien. Il n'est pas coutume, chez nous, de se rendre chez des hôtes qui ont dédaigné de répondre à notre propre invitation.

Serge SARGSIAN

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