Apr
05
DOSSIER AVOCATS : LE BOKATO

Je n'ai malheureusement pas connu mon arrière grand père Antoine BéGUé qui avait fait une jolie petite fortune avec son entreprise de charriots à ALGER en un temps où l'automobile n'existait pas.

Il avait installé son entreprise dans un immeuble qu'il avait acheté avec d'autres au 38 de l'avenue Malakoff, à l'arrière du palais du Dey (devenu en Algérie française Hôpital Maillot, puis redevenu le C.H.U. Hôpital Maillot quelques années après la folie de l'indépendance), à Bab-el-Oued.

Il y avait eu la grande guerre, en 1914, et alors mon grand père Irénée, charron avec son père, était parti défendre la France (le pauvre...) en laissant sur place femme et trois jeunes enfants dont ma mère.

Et aussi un autre charron de l'entreprise aussi, un Kabyle, dont je n'ai toujours connu que le prénom, Kader.

Irénée et Kader avaient même fait la guerre ensemble, Verdun compris, et ils s'en étaient sortis.

Puis ils étaient revenus à Alger.

L'arrière grand-père, qui avait des principes (et oui, les Pieds-noirs ça a des principes) s'était choqué de ce que son Kader, qui avait aidé à sauver la France, n'ait pas un logement décent.

Alors, dans l'immeuble de l'avenue Malakoff, où habitaient aux différents étages tous les membres de la famille, ainsi mes grands parents au second, il avait installé Kader et sa famille au premier étage.

Situation assez exceptionnelle de cohabitation Européens -Arabes (enfin Kabyles) pour l'époque.

Du coup, j'ai toujours connu, petit - l'histoire m'a fait quitter mon pays natal à 15 ans- j'ai toujours connu Kader et les siens.

C'était un peu de la famille BéGUé.

Ce Kader là était venu du bled pour travailler à Alger, et au bled il avait laissé un cousin. Ce cousin des champs venait régulièrement à Alger voir le cousin des villes.

Le cousin des champs travaillait chez un avocat ou pour un avocat, au bled, dans une bourgade quelconque de Kabylie. Il devait lui servir de rabatteur de clients, voire d'interprète, car il parlait le français. Seulement voilà, pour Kader charron et les siens, même en ville, le cousin c'était déjà l'avocat. Le bokato qu'ils disaient, parce qu'ils parlaient mal le français.

Celui-là, je ne l'ai connu que sous son surnom, et quand il passait avenue Malakoff, c'était comme un ministre pour Kader. Le bokato est là, quel honneur il nous fait.

Vous allez vous demander ce qui vient faire cette histoire de famille sur ce blog. On zest pourtant en pleine actualité. Le décret du 3 avril fait avocat tous les gens qui ont été dans le sillage de la création de la loi. C'est tout juste si on ne va pas permettre aux huissiers du Sénat et de l'Assemblée nationale de demander leur intégration au barreau. C'est que eux, des lois ils ont en vu et revu passer. Des projets à distribuer, des textes à remuer. Personne qu'eux ne connaît mieux matériellement que le texte des lois. Et bien ils seront avocats mes confrères (j'ai bien fait attention saper à les syllabes).

Voilà pourquoi je pense ce matin au bokato de Kader. Lui aussi il méritait de devenir avocat, lui qui ne connaissait le droit que pour avoir peut être un jour apporter un Code civil à son patron. Finalement, mes grands parents et moi dans ma jeunesse avons été les témoins d'un futur incroyable qui est désormais le présent.

Salut Kader et bokato.

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