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DOSSIER AVOCATS : LES DECORATIONS SUR LES ROBES ET LES JUIFS

 

Dans le Journal de Maurice GARCON, le 10 octobre 1941 :

« « Au Palais, les quelques rares avocats juifs qui demeurent viennent d’être avisés par le bâtonnier qu’ils doivent porter l’étoile jaune sur la robe. L’ordre est venu du procureur de la République.

« « Le conseil de l’ordre n’a pas fait d’observation et a transmis purement et simplement.

« « La robe de l’avocat est noire, pareille pour tous et, jusqu’à présent, on n’avait jamais admis qu’il y eut entre nous des distinctions. Elle créait l’égalité. En Belgique, on n’admet  même pas qu’on attache de décoration. Chez nous qui aimons les hochets, on a vu fleurir des rubans. J’avais  toujours pensé que c’était un tort. Je le pense davantage aujourd’hui. Si nous avions maintenu la tradition, nous aurions le droit maintenant de dire que la nouvelle prescription est contrainte à la constitution même de notre ordre. » »

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Commentaires

Nom: 
Pierre DOYEN

Le génie de Napoléon   est d'avoir créé une institution dont la mission est de produire de l'illégalité.

La promulgation du code pénal  le 12 février 1810 ne permettait pas de poursuivre un citoyen ad libitum. Il faut que le fait à lui reproché soit décrit de manière très précise par la loi. Il faut que ladite loi prévoie la sanction encourue par l'auteur du fait reprochable. Si ces deux conditions ne sont pas cumulativement réunies, il n'y a ni crime ni délit, et nulle poursuite n'est possible.

Napolèon voulait qu'il fût techniquement possible de poursuite un avocat, sans être lié  par le principe de la légalité des délits et des peines,tel que rappelé dans l'article 4 du code pénal susdit.

Pour cela, il fallait créer une juridiction spéciale, qui ne parût  pas prima facie pénale. On pensa à l'Ancien Régime par la restauration de  l'Ordre des avocats que la Révolution avait aboli. A la différence de l'Ancien Régime  au cours duquel l'Ordre  des avocats était indépendant du pouvoir central, l'Ordre napoléonien, lui, est un instrument dans les mains de l'empereur pour pouvoir couper la langue à un avocat qui s'en sert contre le gouvernement.

L'Ordre restauré par le décret du 14 décembre 1810 est un sabre impérial! Bâtonnier et conseil de l'Ordre  sont une police politique. Pour qu'une police politique  fût efficiente, il faut la rémunérer. Or en la rémunérant directement, son caractère répressif serait évident pour tout le monde. Aussi l'Etat ferme-t-il les yeux, quand l'oligarchie ordinale utilise le pouvoir répressif  à elle confié, aux fins de satisfaction  de ses privés intérêts.  C'est en quelque sorte le coût de la maintenance du sabre impérial. Car le jour où  le pouvoir central veuille qu'un avocat ait la langue coupée, le sabre  se doit être opérationnel. Il le fut en effet en deux cents sous tous les régimes, quels qu'ils fussent.

La  République est sans ambiguité aucune, laïque depuis la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat.

Entre les deux guerres mondiales, l'Ordre avait découvert une coutume. Est-ce en examinant le vol des corbeaux, les entrailles de poulet, on ne sait. Toujours est-il que chaque avocat demandant son inscription au barreau, devait décliner son appartenance religieuse. Le policier ordinal mentionnait la religion de l'impétrant dans le dossier administratif. De ce fait les juifs furent fichés avec pour mention au dossier"religion  israélite".  

Dans un Etat laïc  la religion ou l'absence de religion, sont affaires purement privées. Quiconque  vous interroge sur votre culte, vous ête pleinement  en droit de refuser de répondre à la question posée.

Quand Vichy a décidé d'aryaniser le barreau  pour complaire au Zeitgeist(l'esprit du temps), le travail de la police politique des lieux, fut un  vrai jeu d'enfant. Il a suffi d'aller ouvrir les dossiers de chaque avocat.

C'est vrai que les avocats auraient pu dire que selon la tradition et  au nom de l'égalité, nulle  décoration, nul signe distinctif ne sont portés sur la robe.  Mais l'Ordre des avocats  en bonne police politique fait toujours du zèle.

 

 

 

Nom: 
Bâtonnier GIROUD

"Chez nous qui aimons les hochets, on a vu fleurir des rubans."

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