Apr
24
DOSSIER GENOCIDE ARMENIEN : IN MEMORIAM

Nous sommes le 24 avril, jour de Pâques et celui de la célébration du Christ ressuscité, pour tous les Chrétiens, cette année, par suite de coïncidence des calendriers. Y compris pour les Chrétiens d'Orient, les orthodoxes, et les apostoliques arméniens compris.

C'est aussi celui 96ème anniversaire du décret toujours impuni à ce jour de TALAT Pacha ordonnant le génocide des Arméniens. Parce qu'ils étaient des chrétiens et qu'en les exterminant, outre l'éradication de leur foi, on prenait aussi et surtout leurs biens.

C'est aujourd'hui la joie du christos anesti, le Christ est ressuscité, et la tristesse et la révolte des Arméniens. J'espère, mais ceux-là je m'en méfie comme de la peste, qu'il ne se trouvera pas des hommes d'église (certainement pas de celles apostolique, catholique et réformée des Arméniens) pour prêcher ce jour le pardon aux Turcs. Mais sait-on jamais.

Je suis désespéré, chaque année autour de cette date du 24 avril, de constater qu'il faille encore justifier jusqu'à l'existence même du génocide arménien, que certains nient encore de fait. « Ça ne nous intéresse pas ». « On en a bien assez comme ça avec les Juifs ».

Alors, on ressort les mêmes documents, les mêmes témoignages. Comme si les évidences de l'horreur avaient encore besoin de se justifier.

On a oublié les rapports de MORGENTHAU, l'ambassadeur (juif) des Etats-Unis à CONSTANTINOPLE, d'Arnold Joseph TOYNBEE, alors jeune conseiller de l'ambassade du Royaume uni dans la même ville, avant de devenir l'immense historien qu'il a été ensuite. Je ne continue pas.

Et chaque année, on fait et refait les comptes des Etats qui ont ou n'ont pas reconnu le génocide. Et on découvre que le premier d'entre eux a été ... l'Uruguay, et que des tas d'autres pays, presque insolites dans cette histoire s'y sont agrégés. Insolites parce là-bas, des Arméniens, il doit bien en avoir seulement une poignée au mieux et qu'ils sont loin de la Turquie. Parce que les grosses pièces, en rapport avec la puissance turque, trainent les pieds. Le Vatican (deux fois en 2000), dans le camp des champions toutes catégories qui dénoncent le génocide des Arméniens, mais surtout sans dire qui l'a fait. Comme la France en 2001. Israël c'est plus simple n'a elle jamais reconnu le génocide arménien. Evidemment, elle a besoin d'entrainer ses aviateurs dans le ciel de la Turquie.

Le summum, c'est tout de même les Etats-Unis.

La chaine de télévision ARTE a retrouvé récemment un discours de Monsieur Barack OBAMA, alors sénateur démocrate, dénonçant le génocide arménien et les Turcs refusant de le reconnaitre, et puis le même, devenu président, avec des déclarations plus subtiles. C'est que c'est puissant les Turcs. Et bien placés. Et pas bête.

Qui parle donc des grands principes, du droit des gens, des tribunaux internationaux ? Pas pour les Arméniens, çà.

Plus malins, les Turcs de l'époque que les Nazis, eux parfaits organisateurs par contre. Ils massacraient méthodiquement, mais administrativement : on a les listes. Les 200.000 Arméniens massacrés à la fin du XIXème siècle, les 1.500.000 à partir de 1915, ne sont pas même sur une liste. Ce sont des Arméniens massacrés anonymes.

Aujourd'hui, jour de Pâques, la zadig arménienne, la résurrection, faute de pouvoir saluer nommément la mémoire de ces martyrs inconnus, je veux saluer ici et inviter avec moi ceux qui me lisent à saluer la mémoire de quatre personnages.

Ce sont ceux que le parti Dachnak avait désignés en 1920.

Chez beaucoup d'Arméniens, paisibles et pacifiques, les gens du Dachnak ne sont pas toujours pas bien vus. Moi j'aime.

Le Dachnak, c'est un parti révolutionnaire, je dirais plutôt un parti d'activistes. Mais quels activistes mes amis !

Ils connaissaient à l'époque ceux qui avaient décidé du massacre, les têtes, les politiques. Lesquels, avant d'être condamnés à mort par un tribunal turc d'opportunité en 1920, avaient quitté le pays auparavant lorsque l'empire ottoman était tombé. Et s'étaient réfugiés ailleurs.

Alors, ils décidèrent, assez secrètement, en 1920 l'Opération NEMESIS, du nom de la déesse grecque de la vengeance. Et quelques têtes brulées partirent ainsi exécuter les penseurs du génocide. Se considérant aussi comme exécuteurs solitaires de la décision de justice de CONSTANTINOPLE, condamnée elle-même à rester lettre morte.

Du travail arménien, besogneux, mais bien fait :

* Soghomon TEHLIRIAN, à BERLIN, le 15 mars 1921, exécuta TALAT Pacha, ministre de l'intérieur, chef du gang. A la différence des autres vengeurs, TEHIRLIAN fut le seul à être poursuivi et jugé. Il fut acquitté par la Cour d'assises de BERLIN.

* Aram, ou Arshavir CHIRAGUIAN, ou SHIRAGUIAN, à ROME, le 5 décembre 1921, exécuta SAID HALIM Pacha, premier ministre.

* Le même CHIRAGUIAN, à BERLIN, le 17 avril 1922, exécuta DJEMAL AZMI, encore appelé le bourreau de TREBIZONDE. Oui, à BERLIN où il était retourné, parce qu'entretemps, c'est bien une romance arménienne, CHIRAGUIAN était allé se marier à CONSTANTINOPLE à sa chérie qui lui manquait.

* Aram YERGANIAN, compagnon de CHIRAGUIAN, à BERLIN, le 17 avril 1922, exécuta Behaeddin CHAKIR, le docteur CHAKIR, idéologue du génocide.

* Le même YERGANIAN, exécuta JEMAL Pacha, ministre de la marine, à TBILISSI, capitale de la Géorgie, le 25 juillet 1922.

* Agop MELKONIAN, qui s'était converti en MELKUMOV dans l'Armée rouge, exécuta ENVER Pacha, ministre de la guerre, passé lui chez les Russes blancs, à BOUKHARA, au Tadjikistan, le 4 aout 1922.

Alors qu'il existe à ISTANBOUL capitale de la Turquie, deux monuments en marbre, un très important à la gloire de TALAT Pacha, et l'autre moins important à celle d'ENVER Pacha, et qu'on donne encore leurs noms à des avenues, des rues, des écoles, je veux saluer comme je peux ceux-là :

TEHLIRIAN, CHIRAGUIAN, YERGANIAN, et MELKONIAN.

Ces quatre moururent ... de vieillesse, pratiquement inconnus.

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P.S. Pas de panique, je me suis relu plusieurs fois par rapport à l'art. 24 de la loi du 29 juillet 1881.

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