Apr
30
DOSSIER JUSTICE : PREMIERES REFLEXIONS SUR UN STAGE A POINTS

Bien que sans accident ni meme danger objectif, le malheureux passage en voiture d'un feu à l'orange, relevé par un radar flash nouveau, du style honteusement placé dans une grande artère de la ville, ayant cruellement réduit mon stock de points à six sur douze, je me suis résolu à suivre un stage pour en récupérer quatre d'un coup.

Un ami du Grand Orient, qui y était passé avant moi, m'avait suggéré d'y aller. Expérience de vie aussi, disait-il. J'étais réticent, compte tenu de la personnalité du conseilleur : deux jours de palabres comme dans une tenue, non. Et puis, je me suis décidé, j'y suis allé, et en 48 heures, j'en reviens, avec mes quatre points. Finalement ravi. Superbe expérience. L'ami avait eu raison.

Dans une salle de réunion d'un grand hôtel (enfin...) de la ville, une douzaine de personnes, réunies là par le plus grand hasard de composition, qui fait finalement bien les choses.

A part un seul, tous là pour la première fois. Un chirurgien orthodontiste, un syndicaliste de la Poste (pourquoi les postiers sont-ils si bons individuellement alors que la Poste marche si mal ?), un restaurateur de tableaux anciens, une infirmière, un conducteur de travaux qui, malheureusement pour lui connaissait trop bien le sujet, c'était son troisième stage, une représentante, une jeune coiffeuse, des employés plus ou moins petits ou grands, et un avocat, moi, tous bien sympathiques.

De 64 ans à 21 ans. Des jeunes, des moins jeunes. A un bout, des permis de conduire vieux de 46 ans comme le mien et celui de l'orthodontiste, à l'autre bout, d'autres vieux de quelques mois.

Des capitaux résiduels de un point restant (c'était le plus souvent) à six points (comme moi). Plus ou moins urgent donc, avec déjà un conseil, n'attendez pas le dernier moment : dès que vous êtes à six, allez-y.

Des mordus de la vitesse le plus souvent, certainement pas des gens dangereux. Des gens civiques et responsables en tout cas. Quand on connait la statistique effarante de ceux qui conduisent sans permis de conduire, soit qu'ils ne l'aient jamais eu, soit qu'ils ne l'aient plus et n'aient rien fait pour le retrouver. Sans compter les accidents de la circulation et leur cout pris en charge, non pas par les assureurs (pas de permis pas d'assurance), mais par le Fonds de garantie, autrement dit par le complément des primes autos que nous payons tous, gens sérieux. Si nombreux sinistres que le Fonds ne poursuit plus pour se faire rembourser. Encore une socialisation des mauvais pour les bons.

Une constatation aussi : une moitié de jeunes. Comme si leur formation avait été mal faite, car les plus anciens affichent à stage égal un kilométrage record.

Nos stagiaires, donc des gens sérieux, respectables dans leur démarche.

On ne le dit pas assez. Je l'ai dit ici.

Je m'attendais à du grand soporifique. Et bien non, parfaitement non, mais peut-être ai-je eu la chance de tomber sur un conférencier exceptionnel, comme sont souvent de remarquables pédagogues les moniteurs d'auto-école. Celui-ci l'était absolument. Une psychologue, aussi, désolé pour elle, nettement moins intéressante. Pardon, mais je n'aime pas la psychologie. Et il parait meme que j'en manque.

Echanges tendus au départ, plus libres ensuite. Je crois avoir aidé à la liberté, et à la vérité. Mais on était là pour récupérer des points.

C'est vrai la sécurité ceci, la sécurité cela. Peut-être. On a appris des choses, on a dit des choses. Les modestes accrocs de la vitesse qu'ils sont, feront désormais plus attention, et on ouvrira encore plus les yeux devant les feux tricolores. En tout cas depuis le 15 mars 2011, on devrait pouvoir faire un tel stage tous les ans, si besoin était, au lieu d'attendre deux comme auparavant. Merci le Sénat.

Mais au juste, pourquoi cette communication sur un site juridique ?

Mon témoignage n'a rien d'exceptionnel. La réflexion correspondante est plus intéressante.

Car, j'ai en effet vécu pendant deux jours un aspect de la déjudiciarisation. Ainsi appelée maintenant car à l'époque de la création de ces stages, le mot n'existait pas.

En réalité, que sont ces stages ? Ce sont des palliatifs au traitement de certaines infractions routières par la justice. Le juge voire la police ou la gendarmerie, sont remplacés par la mécanique spécialement celle du radar, par la photo. Et complétés en tant que de besoin par la carotte des réunions organisées par d'autres que les magistrats et les policiers, pour sensibiliser aux choses de sécurité routière, contre reconstitution de quatre points perdus.

En amont, l'humain de la justice a totalement disparu. En aval, il est à peine réapparu par conférencier ou la psychologue, qui ne sont pas les juges, qui suivent un programme préétabli du mieux qu'ils pleuvent (c'était le cas ici). Pas de notion de droit à la défense, à la discussion, à la modulation. Sans pouvoir faire autre chose que délivrer un bon de quatre points. On a déjudiciarisé une partie du Code de la route comme on l'a fait aussi par ailleurs en matière de chèques sans provision. Toujours parce que, débordée par l'afflux des infractions, la justice ne suit plus. Et question circulation ça ne va pas s'arranger avec un trafic en augmentation disproportionnée à l'état du réseau français.

Question argent, je vais traiter à part, car, coïncidence des évènements, je vais faire un rapport avec le cout de la défense pénale aux gardes à vue.

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