Jul
11
DOSSIER JUSTICE ET MARSEILLE : NOUVELLES DU LUNDI

En choisissant ce titre, j'ai eu un instant d'hésitation. N'allais-je pas copier le grand Alphonse DAUDET, celui des Lettres de mon moulin, le père de Léon DAUDET, lui que je cite lui quelquefois, ce qui ne doit pas contribuer à me faire des amis politiques. Bon, je suis comme je suis, et je le demeure.

Et puis non, Alphonse DAUDET, ce sont les Contes du lundi. Moi ce sont des nouvelles, que du vrai, du vécu à 100 %.

Lundi matin ce jour au Tribunal de grande instance de MARSEILLE. Audience de référé dans une salle sans climatisation.

Comment s'appelle l'architecte connard qui a pu copier à MARSEILLE et en plus moche le Tribunal de LILLE, qui lui n'a sans doute pas besoin de clim.

Je m'accroche avec le juge des référés à qui j'apprends qu'elle est, en vertu de la circulaire des vacations d'été, le juge de l'exécution aussi. Veux pas le savoir, allez voir le président PION, qui a rédigé le document, il est dans son bureau.

Chiche, j'y vais.

Le bureau du président est au 5ème étage et la salle exiguë sans clim des référés au rez de chaussée.

L'autre crétin (je parle de l'architecte) a conçu quatre ascenseurs, deux au nord, deux au sud.

A MARSEILLE, même si on n'est pas marin, ce qui le cas de la presque unanimité des habitants, on n'a pas besoin de boussole : le mistral nous dit à tous où sont le nord et le sud, et aussi le plan monumental toujours en vigueur de Louis XIV, qui a conçu la ville neuve permet à chacun de le savoir.

Je tente donc la batterie d'ascenseurs du nord. Batterie c'est beaucoup pour deux. Mais, bon. Problème : les deux ascenseurs sont affichés « en panne ».

Je me rabats alors sur la batterie du sud. Deux autres ascenseurs. Enfin, un parce que l'autre est en panne.

Vous comptez bien, sur quatre machines trois sont donc en panne.

J'arrive au 5ème. Impossible d'entrer. Oui, parce qu'une partie du 5ème est zone interdite à cause de la juridiction interrégionale des grosses affaires financières.

Le super juge d'instruction Charles DUCHAINE, par ailleurs bien sympathique qui instruit l'affaire GUERRINI. Donc il me faut changer d'accès.

Suivez-moi S.V.P.

Je redescends par l'escalier sud au 4ème étage, je traverse tout l'étage, du sud au nord, puis je remonte par l'escalier nord au 5ème étage, pour accéder à la porte ouverte à ce niveau. Oui, parce que sur le même étage que les secrets financiers de la région est la cafeteria du Tribunal avec une vague cuisine. C'est de libre accès.

Bon, je suis au 5ème, mais pas encore face au bureau du président François PION. Il faut encore passer une porte fermée. J'ai beau sonner, pas de réponse. Heureusement la porte s'ouvre et quelqu'un du Tribunal qui passe par là m'ouvre et me salue aimablement « bonjour Maitre KUCHUKIAN ». Je suis ravi. Est-ce un magistrat ou un greffier, je ne sais pas. Encore merci à lui.

Je trouve enfin le bureau du président, sauf que l'intéressé est plus loin dans la bibliothèque en train de déplacer des tables pour une prochaine réunion.

Finalement, on finit par me voir (oui, je suis assez volumineux sur 1,80m) et la première vice-présidente du Tribunal vient vers moi.

Je lui explique mon affaire, et elle finit par me donner raison : merci Madame. Dites de ma part au juge des référés que ce matin, elle est aussi juge de l'exécution.

Le triomphe modeste, en suivant le chemin inverse, je redescends.

Dans le seul ascenseur encore en vie, je rencontre mon confrère et ami Ange TOSCANO, qui comme moi serre les fesses. Oui, parce qu'il me dit que le dernier engin dans lequel nous sommes depuis le 4ème étage, était en panne complète vendredi écoulé, et qu'il parait qu'il n'y a plus de budget au Tribunal pour l'entretien.

En plus, Ange et moi trouvons que l'ascenseur a un bruit très bizarre. Mais vraiment bizarre. De câbles pas bien vaillants.

De plus, il n'y a plus à bord de téléphone de secours.

Dieu merci, enfin de retour sur la terre ferme, la présidente des référés finit par reconnaitre que j'ai raison, mais c'était dur.

Sauf que le confrère adverse qui voulait le renvoi est parti, et que l'affaire est renvoyée.

Nouvelles du lundi de la justice à Marseille.

Commentaires

emmener le confrère avec vous dans les méandres...

C'est vrai qu'il n'est pas bien joli votre TGI (le TI - l'ancien TGI, j'imagine - est bien plus avenant).

il vaut mieux "grimper les marches" !

C'est une remarque générale et importante que celle qui consiste à noter les pannes très fréquentes des ascenseurs dans les palais modernes !

La justice se veut ouverte et transparente mais les voies d'accès sont souvent obstruées et/ou dissuasives !

On a toujours l'impression de déranger.

Nom: 
Denis Merlin
Site: 
http://

Non, non rien n'a changé !

J'admire votre patience. Il est vrai que comme l'écrit Me Giroud, "on a toujours l'impression de déranger" (pour moi, je l'écrirais au passé). Ce qui est un comble pour des gens qui vous doivent la justice et qui ne sont là que pour cela.

Me Kuchukian confirme que pour être avocat, surtout, aujourd'hui, il faut un moral d'acier. Tant et tant d'injustices ! Cela est d'autant plus lamentable que Me Kuchukian n'a plus vingt ans et qu'il est pas mal enveloppé comme il se plaît à l'écrire. Double dégueulasserie donc.

À propos des ascenseurs : la petite ville près de laquelle j'habite a un hôptial. L'hôpital a un scanner ou une machine sophistiquée du genre. La machine est tombée en panne. Malheureusement l'hôpital n'a pas les crédits pour la réparer. Donc, elle ne sert à rien. Mon médecin qui avait l'habitude de l'utiliser voit donc une partie de son activité subrepticement supprimée et les malades ne sont pas soignés, les cancers ne seront pas détectés... encore des économies...

Allez, encore un effort, on y arrivera à combler le trou de la Sécu et à rembourser la dette. Pendant ce temps là on envoie de coûteuses bombes sur les enfants libyens. Il faut savoir serrier les priorités, tout de même !

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