Jul
25
DOSSIER JUSTICE et DOSSIER AVOCATS : LES COLLEGUES ET LA LIBERTE

Voilà qu'on agite à nouveau la fausse question de l'indépendance du parquet, à travers la volonté, nous dit-on de la chancellerie de nommer Monsieur COURROYE, procureur de la République à NANTERRE, en qualité d'avocat général à la Cour d'appel de PARIS.

Certains vont me dire, mais de quoi se mêle encore KUCHUKIAN ?

Je leur répondrai, « de ce qui me regarde et de ce qui devrait vous regarder aussi tous vous autres les citoyens de ce pays ».

Dès lors,

Ma première observation est d'être dans la ligne de ce qu'écrit notre ami blogueur BILGER (1), lequel conseille à son collègue d'accepter cette nomination, qui selon lui n'a rien d'une sanction.

Techniquement, ce doit être vrai. Si je comprends bien l'avocat général BILGER, la mesure en question, c'est comme le Canada dry pour l'alcool, ça a le gout d'une sanction, ça y ressemble, mais ça n'en n'est pas une.

Je note avec intérêt que cette pseudo-sanction suit une convocation disciplinaire devant le Conseil supérieur de la magistrature. Rien de bien méchant de ce côté-là, donc. J'imagine que le procureur a expliqué qu'il avait exécuté les ordres de la chancellerie.

Deuxièmement, c'est une fois encore la question de l'indépendance du parquet qui est en cause. Les magistrats du parquet sont-ils de véritables magistrats indépendants du pouvoir? Je crains que la réponse soit négative.

On sait tout ce qui a été dit, écrit, en France nationale et à Strasbourg des droits de l'homme sur le sujet. Depuis que j'ai appris un peu de droit à, la faculté, il me semble que quand on est au parquet, on n'a pas la liberté du siège. On doit faire avec.

Plus exactement, sans. On a beau tourner et virer. Point.

Troisièmement, je constate avec bonheur que dans sa colère actuelle, le procureur en question menace de quitter la magistrature et de devenir avocat à PARIS.

Quel fantastique hommage de liberté et d'indépendance il rend là à notre profession.

Enfin soyons plus précis : seulement au barreau de PARIS. Et aux principes que je défends dans cette profession, pas à leur conception étriquée par certains adeptes de la liberté sous contrôle des copains du conseil de l'ordre contrôlant eux-mêmes le bâtonnier du moment. Que je sache, moi, on ne me propose aucune promotion (2).

Car, quatrièmement, cette affaire COURROYE ressemble aussi furieusement à un règlement de comptes entre magistrats d'un tribunal, si ce qu'on lit dans la presse est exact.

Et alors il se pose une autre question, la plus importante en définitive, que n'aura peut-être pas finalement à supporter en principe notre futur confrère, s'il le devient, qui est celle générale et constante du regard des autres. Ici, du regard désapprobateur des collègues. Le pouvoir des collègues, quoi.

Heureusement plus est grande la cellule dans laquelle on exerce, plus est petit le risque du regard complot des autres qui n'aiment pas celui qui est différent d'eux, surtout s'il est plus fort, plus intelligent, plus en avance sur les évènements qu'eux le sont à rapetasser leurs prérogatives électorales.

Ou beaucoup plus simplement, si comme procureur, il n'a fait qu'exécuter les ordres du pouvoir en place à l'époque.

En tout cas ici, les comptes sont vite faits. Il y a plus d'avocats à PARIS que de magistrats ... ailleurs.

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(1) Amusé, je viens de découvrir que nous sommes nés le même jour du même mois, mais pas la même année.

(2) Mes amis, mais oui, mais oui, j'en ai encore, comprendront.

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