Mar
06
DOSSIER NUMERIQUE: EDITION SPECIALE : MESSAGE AUX CANDIDATS A LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE

* Monsieur François BAYROU, 133 bis rue de l'Université, 75007 PARIS

* Monsieur François HOLLANDE, 59 avenue de Ségur, 75007 PARIS

* Madame Marine LE PEN, 78 rue des Suisses, 92000 NANTERRE

* Monsieur Jean-Luc MELENCHON, 8 rue Chassagnole, 93260 LES LILAS

* Monsieur Nicolas SARKOZY, 17 rue de la Convention, 75015 PARIS

Madame, Messieurs,

Ceci est une lettre commune destinée aux cinq plus importants candidats à la prochaine élection présidentielle, la notion d'importance ainsi déterminée l'étant par le pourcentage généralement reconnu dans la majorité des sondages.

C'est aussi, j'en ai la parfaite conscience, une démarche dérisoire, par la gravité des temps actuels et pourtant quelque part la plus révélatrice de l'état général bloqué des mentalités. Dire que celle ou celui de vous qui sera élu peut en un clic régler une odieuse situation. Ce sera au moins une chose facile. Et si c'était avant l'élection, ce serait encore mieux.

Alors voilà, c'est un avocat qui vous écrit, lequel va donc être déjà lu par trois avocats, le président sortant, Monsieur SARKOZY, aussi Madame LE PEN, et même Monsieur HOLLANDE, dont je viens de découvrir qu'il a été inscrit au barreau. Voici donc trois confrères que je salue. Mais je n'ai aucun ostracisme envers les deux autres. On peut parfaitement être président sans être ou avoir été avocat.

La France s'est engagée voici quelques années dans la voie du numérique : comme le monde entier, et nous plutôt en trainant les pieds.

On a même décidé de faire passer la justice au numérique avec un nom de services : « e-justice ».

Je suis avocat à Marseille, et avec quelques confrères, disons activistes, je me bats depuis des années pour que les avocats de province, dont je suis, aient quelque chose de tout simple, de tout bête. Les mêmes avantages techniques que leurs confrères parisiens, pour pouvoir accéder à la plateforme appelée « e-justice » du ministère de la justice. Laquelle exige déjà pour tous une clé d'identification. Mais, là n'est pas le problème.

Car, et c'est aussi extraordinaire qu'incompréhensible, avec leur clé, les avocats parisiens ont un libre accès à la plateforme » e-justice » par l'intermédiaire du Conseil national des barreaux, notre organe suprême de représentation.

Avec exactement la même clé, les avocats non parisiens, au-delà des 20 arrondissements de la capitale, ont l'impératif besoin, eux d'utiliser, en plus, un boitier dit de sécurité produit par une obscure société catalane du nom de NAVISTA.

Les conséquences sont simples.

D'abord, c'est plus cher, parce que NAVISTA, c'est payant.

Ensuite et surtout, les bienheureux Parisiens peuvent travailler de n'importe où sur la planète avec n'importe quel ordinateur.

Les autres malheureux, dont je suis, sont confinés à l'utilisation exclusive depuis un point fixe incommutable déterminé à l'avance.

Les Parisiens sont nomades. Les autres non.

Une discussion aux allures byzantines, alors que la question posée est toute simple, remue la profession toute entière depuis trois bonnes années sur ce thème : il existe même un rapport établi par un expert national près la Cour de cassation, haut spécialiste de la question de la sécurité des communications électroniques. Ce rapport dit quelque chose de tout simple : on n'a pas besoin du boitier, c'est moins pratique et ça coute inutilement cher.

Les avocats parisiens sont bien contents de leur situation, et un peu gênés de constater qu'ils sont avantagés par rapport aux autres confrères.

L'organe national de la profession le Conseil national des barreaux, se drape dans sa dignité offensée de prude vieille fille dès qu'on lui fait remarquer qu'il y a quelque chose qui cloche au pays de la raison, et de l'intelligence.

Quant à la chancellerie, qui a imposé apparemment le boitier NAVISTA, donc la discrimination, elle campe sur ses positions.

Comment expliquer pourtant que ce qui est sûr à PARIS sans le boitier, perdrait sa sécurité, dès le passage du périphérique et exigerait alors celui-ci ?

Pire encore, pendant quelques mois, voici une année passée, le barreau de Marseille a pu librement communiquer sans boitiers individuels chez les avocats, avec la plateforme « e-barreau ». Mais cette libre communication lui a été coupée.

Au moment où les Français attendent de vous des miracles à des situations d'une gravité exceptionnelle, il me semble que chacun des candidats pourrait s'exprimer sobrement sur cette petite question facile à résoudre.

Ma requête n'est ni de droite ni de gauche, ni capitaliste ni collectiviste, elle est d'une bêtise crasse, qui me rend ridicule à vous la soumettre.

Remarquez que la situation actuelle est également ridicule. Alors, comme le ridicule ne tue plus personne, je vous invite à passer outre et à décider de virer le boitier à la casse, dans les douves du château fort de la justice. Même les crapauds ne sauront pas quoi en faire

.

Je m'essaie maintenant à vous adresser mes salutations républicaines.

BERNARD KUCHUKIAN

Avocat au barreau de MARSEILLE

P.S. Vous constaterez que ce message vous arrive par la Poste, alors qu'il aurait pu donner lieu à l'envoi d'un courriel de ma part.

C'est fait exprès : je ne veux en effet que personne ne puisse prétendre à la sécurité, dès fois que mon message non sécurisé viendrait lui apporter autre chose que le virus de la vérité en révolte.

Ajouter un commentaire

Image CAPTCHA