Nov
23
DU SERMENT DES AVOCATS, DES AVOUES, ET DES JUGES.

Alors que les anciens conseils juridiques devenus avocats n'ont jamais prêté le moindre serment, ni rien du tout d'ailleurs, il est intéressant de comparer le texte actuel imposé aux avocats : « exercer ses fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité » (art . 3 de la loi du 31 décembre 1971). J'espère qu'il n'est surtout pas prévu de modification de texte à l'occasion de l'arrivée des anciens avoués.

C'est qu'eux ont encore le texte de l'art. 31 de la loi du 22 ventôse an XII, un temps où on ne rigolait pas : « ne rien dire ou publier comme défenseurs ou conseils, de contraire aux lois, aux règlements aux bonnes moeurs, à la sureté de l'Etat, et à la paix publique, et ne jamais s'écarter du respect du aux tribunaux et aux autorités publiques. »

Ne cherchez plus pourquoi les avoués n'écrivaient plus de conclusions, et se contentaient de photocopier et signer les conclusions des avocats. Trop dangereux.

Maintenant qu'ils vont de devenir avocats, ils n'auront plus à subir des obligations aussi imbéciles. Rien que pour cela, on ne devrait pas les indemniser : c'est en effet un cadeau qu'on leur fait avec notre serment à nous.

Sauf erreur, lorsque j'ai prêté serment, il y aura 40 ans le 15 décembre prochain-, il me semble que le texte en vigueur à l'époque était une sottise du genre modèle des avoués. Qu'on a heureusement corrigée par la suite.

Sérieusement, vous voyez aujourd'hui un avocat prêter serment, sans rire, de toujours respecter des autorités quelquefois irrespectables. C'est bien chez nous qu'un excellent magistrat a déclaré l'autre jour qu'il ne respectait pas le prévenu avant de le condamner, tandis que le premier président de la Cour d'appel a considéré que ce n'était qu'un regrettable écart de langage. De toute façon, tout le monde se fout de tout. Dommages cependant qu'on ne change pas le serment des avocats en quatre mots et quatre seulement: "je jure d'etre impertinent".

Les magistrats ont eux un serment ahurissant : « bien et fidèlement remplir mes fonctions, et surtout garder religieusement le secret des délibérations et de me conduire en tout comme un digne et loyal magistrat. » (art . 6 de l'ordonnance du 23 décembre 1958). Quel dommage qu'ils ne prêtent pas serment aussi de bien rendre la justice. Et puis vous aurez noté que les avocats jurent d'être probes. Pas les juges.

Que dans un Etat laïc comme la France, on demande à des juges de suivre religieusement surtout le secret des délibérations a tout de même quelque chose d'inquiétant. Bon, la religion, on se débrouillera. Mais ce secret, qui permet de couvrir des tas de choses inavouables, ça vous plait à vous ?

Savez vous qu'à la Cour suprême des Etats-unis, les plus hauts juges de l'Union n'ont pas à respecter d'obligation de secret, et qu'ils peuvent expliquer publiquement leur jugement ou critiquer la décision commune ?

Mais nous sommes en France, terre des droits de l'homme des libertés et du camembert.

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