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IDENTITE NATIONALE : LA GUYANE COMME LABORATOIRE DE GUERRE CIVILE

 

Je retrouve une étude sociologique vieille d’une dizaine d’années, par Madame HIDAIR, on a  l’impression que ce qui se passe actUellement n’est que  son aboutissement dramatique.

« « Jeux identitaires

En fonction des contextes, les populations immigrées sont tantôt qualifiées « d’envahisseurs » qu’il faut expulser ou de « frères noirs » avec lesquels il faut collaborer. Tout dépendra du contexte de la rencontre. En effet, le rapport aux Blancs est central dans la relation que les Créoles guyanais entretiennent avec les autres Noirs. Ainsi, le racisme dont ils sont la cible en France (Taguieff, 1991 : 131 ; Michel Giraud, 2002 : 40), comme en Guyane, de la part des Blancs va favoriser l’union autour de ce que j’appelle « l’idéologie des racines ». Cette valorisation s’inscrit dans une stratégie politique de récupération. Les Créoles, trop peu nombreux pour se présenter comme les seuls Guyanais, sont contraints d’englober les populations amérindiennes et noires marronnes afin de bénéficier de plus de poids politique et culturel. Du fait de l’intensification des flux migratoires à partir de 1965, la proportion de Créoles guyanais ne cesse de décroître. Il faudra donc attendre les années 1970 pour que ce discours trouve un auditoire créole guyanais attentif et pour voir la place des Noirs marrons valorisée lors des commémorations de l’abolition de l’esclavage. Dès lors, les nationalistes créoles guyanais reconnaissent les Amérindiens et les Noirs marrons « comme d’authentiques Guyanais » (Mam-Lam-Fouck, 1992 : 382).

L’idéologie de la couleur noire fédère les Noirs face aux Blancs afin de créer la « fraternité noire ». Cette idéologie permet l’union des Créoles et des Africains face aux Européens. Ces attitudes « afro-militantes » consistent à résister à l’idéologie de l’assimilation de la culture française chrétienne, apparue dès le début de la colonisation, et puise son inspiration dans l’idéologie des racines. Cette dernière s’appuie sur l’éloge de « l’africanité », c’est-à-dire que les racines communes des cultures créoles sont recherchées en Afrique. Tous les éléments culturels identifiés comme preuves d’une origine africaine, les symboles de ce que les Créoles croient être la culture africaine sont valorisés. La pratique des percussions, la valorisation des cheveux crépus, des tresses et des mots de la langue créole supposés d’origine africaine, le port de tenues vestimentaires s’inspirant des modèles africains, des tissus aux motifs et couleurs des drapeaux africains en sont quelques exemples. De ce fait, la « créolité » est « africanité ». À ce propos, dans un article intitulé « Comprendre le mot "immigré" », le journal indépendantiste Rot Kozé (1990) mettait en évidence le fait que les Européens ne sont pas vus comme immigrés en Guyane alors que « les travailleurs de notre région (Brésiliens, Haïtiens et Surinamiens) [sont considérés] comme des étrangers même s’ils sont en voie de Guyanisation ou s’ils sont Guyanais ! ». Ainsi, les auteurs de l’article entendent rendre aux travailleurs immigrés haïtiens la place qu’ils méritent, celle de Guyanais à part entière. Dans le même temps, des groupes de soutien -à l’instar d’ « Éducation sans frontière »- vont défendre les étrangers en situation irrégulière lorsque les enfants sont expulsés des écoles.

La peur du pouvoir invisible fait naître ces réactions de rejet. Toutefois, cette force magique supposée attire aussi. Les guérisseurs haïtiens et marabout africains sont réputés pour résoudre des problèmes graves comme l’infertilité ou la séropositivité au VIH. Ainsi, conformément à la stratégie de récupération, c’est pour cette raison même, que les Créoles ont recours à leurs services. Des conseils pourront être échangés entre ces femmes afin d’améliorer leurs conditions de vie.

Au sujet de l’esclavage, la question des réparations permet d’unir les Créoles guyanais aux autres Noirs. Ainsi, sur le sol métropolitain, les Africains avec lesquels ils partagent quelques malheurs dans la société française, sont des adhérents bienvenus des associations d’antillais, réunionnais et guyanais. Ainsi, dans le cadre du cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage, « la marche du 23 mai 1998 » rassemble « 40 000 Guadeloupéens, Guyanais, Martiniquais, Réunionnais, entourés d’amis Africains, Haïtiens et Français métropolitains » pour rendre un hommage « au calvaire de leurs aïeux déportés et réduits en esclavage » (Comité marche du 23 mai 1998).

De même, depuis 2005, l’association le Cercle d’Action pour la Promotion de la Diversité en France (CAPDIV) vise entre autre à « améliorer la connaissance ou la reconnaissance des citoyens français et résidents du territoire français originaires d’Afrique ou d’outremer » (capdiv.org).

Toute opposition à cette fraternité et solidarité noire est vivement contestée. À ce propos, en décembre 2005, Patrick Karam, le président du collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais et Mahorais, était accusé par d’autres associations, mais aussi des élus et des intellectuels d’outre-mer de diviser les populations noires « après ses annonces tonitruantes sur les discriminations, en prenant le soin de dissocier noirs d’Outre Mer et noirs d’ailleurs (comme si les négrophobes faisaient cette distinction...) » (africamaat.com).

CONCLUSION

La réflexion de Barth [(1969) 1996] montre qu’un groupe se définit moins par le contenu de sa culture que par son interaction avec un Autre significatif. Il apparaît indispensable de s’attacher au rôle de la frontière socioculturelle comme processus « continu d’expression de validation » (op.cit : 15). Ainsi, dans cette stratégie « rejet-intégration », les Créoles guyanais opèrent un va-et-vient entre la xénophobie et l’accueil vis-à-vis des groupes qualifiés d’étrangers. Les idéologies s’affrontent et les stratégies, adaptées en fonction des intérêts du moment, peuvent apparaître contradictoires et ces réactions de défense peuvent surprendre par leur violence. Mais il s’agit de stratégies qui permettent de transformer des adversaires en alliés en fonction des contextes. Ainsi, la négritude et le statut de pays indépendant des Africains et des Créoles haïtiens peuvent aussi être présentés comme des exemples de résistance au pouvoir colonial français. « « 

Traduit du langage ésotérique de la sociologie, ça donne ceci : bénéficiant  à l’extérieur, l’effet aspirateur de la France  est mortel pour celle-ci. Comme disait meme Michel ROCARD jadis , la France ne peut soulager toute la misère du monde. Il faut penser avec sa tete, pas avec son cœur.

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