Feb
03
JUSTICE : A PROPOS DE LA JUSTICE PROFANE

 

Je plaidais hier matin devant le juge des référés d’un tribunal de grande instance à propos d’une décision d’exclusion du grand Orient de France,  prise par ce que cette association de la loi de 1901, appelle pompeusement Chambre de justice maçonnique, sous la direction rien moins que d’un garde des sceaux (et du timbre : pourquoi le timbre ?)

Alors, il a été écrit et dit, pas par moi, que la justice du Tribunal est profane.

Paul ROBERT,  qui n’était peut-être pas franc-maçon,  donne comme synonyme du mot profane en « ignorant ».

Le magistrat n’a pas bronché.

Il a eu tort, car il aurait fallu se poser la question de savoir si l’emploi du terme en audience publique ne ressort pas de l’art. 434-25 du Code pénal, le discrédit par paroles dans des conditions de nature à porter atteinte à l’autorité de la justice.

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Pierre DOYEN

Le mot profane signifie ignorant. Dire de personnes qu'elles sont profanes en droit, signifie qu'elles sont non-juristes ou étrangères à la science du droit. Il n'y a là, aucune connotation péjorative. Chacun de nous, membre d'une profession, n'est point habile en une autre et de celle-ci, est un profane en son art. La chose est entendue.

 

Au Grand Orient, ses sociétaires quoique citoyens de la République, avec un rien condescendant qualifient de profane la justice de l’Etat.

 

Et là, il va nous falloir faire un peu de philologie et revenir à l'histoire. Le substantif latin « fanum » signifie ce qui est sacré ou consacré, duquel dérive l'adjectif « fanus ». Parler du sacré ou du consacré place son locuteur parmi l'humanité religieuse. A « fanum » correspond l'antonyme « profanum », signifiant étranger au sacré, vocable usité pour impiété. Et nous avons l'adjectif « profanus ».

 

De par la religion, le classement de l'humanité est d'une simplicité biblique, si toutefois il nous est permis de nous exprimer ainsi !

 

Il y a pour la religion, ses religionnaires qui sont par nature de la meilleure humanité qui soit, et tous les autres à qui on ne peut guère assigner d'autre place que parmi le bétail, ou avec un zeste de charité, peut -on à la rigueur les ranger parmi les rustres corrigibles. Voilà une jolie perspective pour l'humanité amendable !

 

Les premiers chrétiens de l'empire romain qualifiaient de païens(1) leurs concitoyens demeurés fidèles aux dieux capitolins. Aujourd'hui plus personne ne vous classe de païen, si vous n'êtes chrétien, ni le non-chrétien à la question à lui posée ne répond : « Non, je suis païen » !

 

Cependant vous pouvez voir surgir à nouveau ce terme dépréciatif de « païen » dans un manuel d'histoire du droit, en lequel son auteur présente l'empire romain en deux sections :

A-L'empire païen B- l'empire chrétien.

 

Pourquoi l'universitaire ne qualifie-t-il pas sa section A - empire jovien ? Ces deux empires sont bien fondés sur une religion. Ce n'est pas très didactique ni scientifique de qualifier une société d'un slogan, fût-il historique.

 

La franc-maçonnerie est une religion, qui comme toute religion, affiche un certain dédain envers qui ne hante pas son temple. On ne dit plus païen, mais avec un atome de distinction le temps aidant, est jugée adéquate la qualification de non-initié ou de profane.

 

En voulant par ce dernier terme, accréditer l'idée qu'il s'agit de qualifier la personne non versée en la matière. Et la matière dont s'agit, serait la science maçonnique comme il y a la science mathématique.

 

Par l'appellation justice profane, le franc-maçon entend qu'il y a une justice savante : la sienne. C'est à dire la maçonnique. Alors qu'est-ce la justice de la République ? Eh bien ! Par déduction imparable un consortium d'ignorants. Ce qualificatif de justice profane est faire injure au service public de la justice de la République.

 

Le mahométan qui lui, voue un mépris d'une profondeur abyssale pour tout ce qui n'est pas musulman, considère in petto que seule a le nom de justice la charia, la justice de l’Etat n'est qu'une délibération de kafirun(2). S'il ne dit rien, contrairement au franc-maçon, c'est parce qu'il pratique la muruna. Il est dans l'attente d'un jour favorable pour pouvoir sortir de son mutisme calculé et proclamer la loi de Dieu, aux fins d'assujettissement de tous à la loi coranique, seule loi qui vaille.

 

Que peut-on espérer ? Que la République ne soit régie par aucune religion, ni mahométane ni maçonnique.

 

  1. Vient du latin paganus, signifiant habitant du pagi(nominatif pagus). Le pagus est le pays par opposition à la cité, la ville. Les premiers chrétiens étaient en effet des personnes venant des milieux urbains. Les villageois, les paysans, se sont convertis beaucoup plus tardivement au christianisme.

  2. Les mécréants.

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