Jan
29
LETTRES DE MON BARREAU … ET ALORS, QUAND JE SERAI MORT ?

 

Je me suis réveillé brusquement la  nuit dernière, complètement horrifié.

Message de l’au-delà ?  

Je pensais  alors à un très vieil ami de la faculté, de sciences po,  et ensuite du barreau, catholique pratiquant,  emporté par une très grave maladie,  voici quelques années.  Qui je le sais  avait été en froid avec les bâtonniers du temps. Il n’exerçait plus depuis un certain temps.  Aussi en raison de sa maladie. Donc pas pour les mêmes raisons que moi.  Nous avions eu des mots, mais, nous, nous avions l’habitude depuis notre jeunesse et nous nous estimions.

Et je revoyais devant l’église son fils, la quarantaine,  venir vers moi, moi qui l’avait connu tout petit,   tant d’années après. Il se souvenait et me rappelait le gros camion  Tonka que je lui avais offert quand il était tout petit. Me rappeler ainsi sa confiance ou sa sympathie. Ou les deux. Et me dire,  Bernard, vous permettez que je vous appelle Bernard, vous êtes le seul à qui j’ai confiance,  je ne veux pas.

J’avais eu toutes les peines du monde à lui expliquer que le bâtonnier qui aurait dû venir ce jour-là était en déplacement professionnel  au-delà des mers,  pour défendre des clients dignes de considération, ce qui était parfaitement exact, et que son substitut du moment  serait digne. Ce qu’il avait été. Alors, le fils m’avait dit, Bernard, au nom de papa, je vous fais confiance, mais je veux aussi parler dans l’église. Ce qu’il fit. J’en suis encore bouleversé.

Donc, je  venais d’imaginer que j’étais mort,  et  que j’étais dans mon cercueil, à l’église. Oui, parce que je suis catholique romain et ma famille aussi : même si je suis loin d’approuver l’Eglise, je suis des leurs, il faudra  me donner ce à quoi j’ai droit depuis mon baptême. C’est comme ça chez les KUCHUKIAN.

Non, le problème n’est pas là.

Mort, je serai ancien avocat. Et j’aurai droit normalement au discours du bâtonnier.

Ah non, alors, non parce que ce bâtonnier-là, peut être que je me serais battu toute ma vie contre lui et ses copains,  qui se veulent tous solidaires, solidarité que je combats.

Et, ce serait trop fort,  il pourrait ainsi librement parler de moi, voire me critiquer, et moi ne pas pouvoir lui répondre depuis mon cercueil. Il pourrait même se moquer, s’amuser, faire de l’humour … mortuaire.  

C’est que les progrès de la technique n’ont pas encore permis la liaison entre le monde de l’au-delà et celui  des vivants.

Non, ça ne va pas.

Il me faut prévoir autre chose. Je ferai comme le fils de l’ami : je dirai à mes proches qui je  ne veux pas, et qui je veux. Et s’il ne veut pas, on s’en passera.

Après tout, le ministère d’avocat n’est pas plus obligatoire que l’assistance de l’avocat pour accéder à la vie éternelle, si elle existe. Et je dois pouvoir me débrouiller tout seul là-haut.

P.S. Les voies de la Providence sont ce qu’elles sont. Mystérieuses.

Les avis de la Faculté (la vraie, celle de médecine) sont formels. Eux. Mon problème de la nuit dernière ne sera pas d’actualité avant longtemps. Voilà qui laisse quelques futurs bâtonniers en sursis.

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