Apr
20
LETTRES DE MON BARREAU : EDMOND BERTRAND, LE MAITRE DE PAUL LOMBARD

 

Dans les  « Confidences d’un ténor du barreau », celles de  Paul LOMBARD, tout récemment décédé, on lui demande de donner les noms des professeurs de droit dont il a gardé le souvenir intact.

Il en cite deux,  Henri CREMIEUX, en second, et subsidiairement. Je n’en parle pas, je ne l’ai pas connu.  

Et surtout un en premier, Edmond BERTRAND. Je l’ai admirablement connu, lui.

Edmond BERTRAND fut aussi mon professeur, en doctorat, et j’eus même l’honneur d’être son collaborateur chercheur, avec quelques autres,  dont certains finirent avec l’agrégation,  lorsque nous avons tenté,  sur son idée et sa direction,  le traitement des abstracts pour créer  l’informatique juridique à l’Institut d’études judiciaires d’AIX EN PROVENCE  dans les années 1970. Quelque part, c’est devenu un jour Légifrance…

C’est d’ailleurs sur sa recommandation, donnée et reçue  comme un sésame,  que la porte de Paul  LOMBARD me fut ouverte, sans la moindre difficulté lorsque je me suis présenté à lui comme stagiaire.

En voici la description par Paul LOMBARD,  qui avait  été aussi son étudiant,   mais vingt  ans avant moi : rien n’avait changé.

« « Edmond BERTRAND, brillant et cruel à la fois, m’enseigna la procédure.  Sa chevelure de virtuose où jamais un peigne ne se risquait, posée le désordre de son large front, le faisait ressembler à BERLIOZ vieillissant. Aux hasards de son inspiration, des rosseries vénéneuses s’échappaient de ses lèvres minces où une éternelle cigarette épongeait, vaille que vaille, une salive généreuse. Son humeur ravissait ses auditeurs et crucifiait ses victimes. Il transformait la procédure, protection des libertés et tourment des tribunaux, en théorèmes arides, poétiques et drôles. Je lui dois bon nombre d’acquittements de repris de justice sauvés par l’inattention d’un magistrat ou la gaucherie d’un greffier. Quand je gratte les cordes de cette lyre bien accordée, l’ombre d’Edmond BERTRAND s’assied à mes côtés sur le banc de la défense.

Je me dandinais debout derrière ma chaise le jour où il m’interrogea sur les mérites de la subrogation imparfaite, matière peu familière. Pour trouver une contenance, je m’appuyais sur le dossier ? « Monsieur (il appelait tous ses élèves, Monsieur), je vous suggère, quand vous répondez à mes interrogatoires, de ne vous appuyer que sur vos textes… Interrogatoire ? Le mot était bien chois, car le professeur BERTRAND aurait fait un beau parcours chez le général MASSU. J’étais en perdition. Il en profita pour me porter le coup de grâce : « Sur quel ouvrage, Monsieur, avez-vous travaillé ? » Croyant me tirer d’un mauvais pas, je répondis sans réfléchir : « J’ai emprunté à un camarade de l’autre section le traité de procédure de votre collègue Monsieur CREMIEUX. » Une grimace glissa sur son visage. Les deux hommes se détestaient. « J’espère que vous avez complété la lecture de cet opuscule par celle de CHAPRAT. « Un frisson parcourut mon échine. Le CHAPRAT était le résumé en vingt  pages de la procédure, à l’usage de la capacité, la sous licence de l’époque, le trophée des cancres. » »

Si une chose, CREMIEUX et CHAPRAT étaient passés ad patres.

 

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