Jul
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LETTRES DE MON BARREAU : LE BATONNIER EDOUARD ALEXANDER, 1977-1978

 

J’en ai connu des bâtonniers à Marseille. Et alors qu’on va prochainement passer à une bâtonnière, je puis faire le bilan.

Le plus grand fut indiscutablement Edouard ALEXANDER, disparu en 2004.

Son fils Raymond ALEXANDER, qui fut mon camarade d’amphithéâtre à la Faculté de droit,  puis devenu avocat, mon ami, et qui termine comme moi la carrière,  tous les deux en prenant notre temps, a eu l’idée de recueillir  sur lui.

Voici ce que j’y ai écrit.

 

De ton père, je conserve le souvenir à la fois autoritaire et autoritaire, et surtout juste et courageux.

Deux évènements précis.

Le premier, en 1970, je commençais mal dans la profession. Mon père avait été la victime d’un grès grave accident de la circulation. Michel PEZET le défendait.

Le chèque bancaire de règlement des indemnités revenant à mon père avait été détourné par l’avocat de la compagnie d’assurance adverse. Il n’y avait pas à l’époque le formalisme de la CARPA. L’avocat de l’assureur avait joué le montant au casino, et il avait perdu.

Je me souviens encore de ma mère allant dire son fait au bâtonnier  M.  (1) de l’époque. Lequel,  superbe menteur prétentieux,  lui faisait la morale et qui l’assurait  que le chèque de remplacement était payé : or, c’est elle qui l’avait en mains, il lui a avait été rendu par la SOCIETE GENERALE, la banque de mes parents, avec la mention « sans provision ».

J’en avais parlé en désespoir de cause à ton père, alors membre du conseil de l’ordre. Je sais qu’il y avait fait un scandale : le confrère avait été radié, et le montant payé par son frère, qui était avoué à Aix en Provence.

 

La seconde fois, je commençais à faire mon trou, ton père était devenu bâtonnier, un confrère aixois avait porté plainte contre moi au prétexte que dans la constitution d’une S.A.R.L., je n’avais pas accompli je ne sais plus quelle formalité.

Le con ne savait pas qu’il existait sur le sujet une réponse écrite du garde des sceaux à la question précise, et qu’on y disait comme exactement moi.

J’avais rencontré ton père.

Il m’avait dit : » petit, ce n’est rien, je vais arranger çà ».

Quatre jours plus tard, il m’avait appelé et m’avait copieusement engueulé : « dis-donc, tu crois que c’est moi qui vais écrire la lettre ? ».

J’avais répondu que je n’osais pas, je n’étais pas le bâtonnier.

« Et bien tu vas me préparer la réponse, que je recopierai.  Mais attention, je te connais, c’est moi qui suis censé avoir rédigé la lettre,  mets les formes en lui expliquant que c’est un con ».

Ce qui fut fait.

Dans mon message à Raymond ALEXANDER, j’ajoute : reçois mon meilleur souvenir pour ton père, personnage exceptionnel, et pour toi mon amitié fidèle.

 

 

  1. Il s’appelait MILANI.

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