Apr
20
LETTRES DE MON BARREAU : A PARIS, SURTOUT PAS A MARSEILLE

 

 

Les « Confidences d’un ténor du barreau », celles de  Paul LOMBARD, écrites dans la réalité par Laurent BOSCHER,  recèlent quelques piques malheureusement si vraies. Qui s’expriment ainsi : la province du barreau, celle que Paul LOMBARD a connue, et que tant d’autres ont vécue aussi, vivent encore, est celle de la médiocrité. Spécialement à MARSEILLE, où la disproportion entre l’exceptionnel et la médiocrité est flagrante.

Et toutes celles et ceux qui ont pensé un temps pouvoir être au-dessus de la mêlée par talent ou volonté de talent sont restés plaqués au sol.

Lui avait tout compris. Comme avant lui, mais en une autre matière, Marcel PAGNOL.

Paul LOMBARD  évoque celui qui fut son maitre de stage, Olivier MAURIN, que j’ai parfaitement connu aussi, mais 20 ans plus tard.

De lui il écrit « Il n’était pas encore fripé comme un parchemin, mais possédait déjà le talent de clocher qui l’amarra à sa ville, privant ainsi la France de sa ruse et de son verbe élégant. Son erreur faillit être la mienne : il prit Marseille pour le centre de la planète et de monde pour un périmètre borné par l’Estaque, Saint-Giniez, la Canebière et la rue Paradis. »

Sur la grandeur du personnage, je n’ajouterai qu’une chose, parfaitement  personnelle.

Mes premiers contacts avec Olivier MAURIN avaient  été exécrables, de sa prétention hautaine. 

Et puis, nous avions été adversaires devant le Tribunal de commerce,  dans une affaire où il plaidait pour les Chantiers navals de LA CIOTAT, en un temps où ceux-ci  devaient construire l’un de leurs derniers bateaux.

De ce temps, il ne reste absolument  plus rien.  Le bâtiment du Tribunal de commerce.

J’étais moi,  l’avocat  d’un un sous-traitant local,  à qui on avait confié la réalisation,  en résine de synthèse armée,  de pièces de tuyauterie pour embarquer et résister à la corrosion.

Nous étions opposés sur une question technique très pointue, une histoire de couple de serrage un peu trop fort par les Chantiers navals,  qui ignoraient que la résine était plus cassante que l’acier.

Pour comprendre l'affaire, les clients m’avaient convaincu  et j’étais emballé de réaliser un film vidéo, collant,  page par page,  au rapport de l’expert judiciaire désigné. C’était en ce temps-là le début de la V.H.S. et j’avais donc demandé au Tribunal l’autorisation d’installer dans la salle d’audience un écran de télévision et un magnétoscope pour visionner le film, dont la copie avait été remise préalablement à Olivier MAURIN.

Nous avions donc plaidé devant la télévision, chacun pouvant avancer  ou reculer le film à son gré.

J’avais finalement gagné,  du moins dégagé ma cliente de l’accusation de mauvaise qualité du produit.

Je me souviens qu’en sortant de l’audience, Olivier MAURIN avait dit de moi : « on pourra dire ce qu’on voudra sur KUCHUKIAN, mais ça c’est un avocat ».

Nos rapports furent ensuite cordiaux, et même amicaux.

Après qu’il ait quitté la profession, en retraite,  je  le saluais et nous échangions régulièrement au restaurant du Vieux Port,  où souvent nous nous retrouvions,  lui à sa table avec son entrecôte frites et sa bière, moi avec la mienne et mes côtes du Rhône.

Je ne sais pas pour moi, ou d’autres,  mais je suis sûr pour Olivier MAURIN : Paul LOMBARD avait raison.

 

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