Feb
28
LETTRES DE MON BARREAU : SUR LA ROUTE DES PARTITIONS

Il parait que ma  vieille copine Maryse,  qui y fut avocat, et qui est le maire actuel  d’AIX EN PROVENCE, veut très sérieusement faire quitter sa ville et sa proche banlieue de la nébuleuse métropolitaine marseillaise. Celle qu’on vient pourtant (péniblement) de mettre en place, tandis que très sérieusement le gouvernement envisage pour les grands métropoles un système de fonctionnement équivalent au périmètre du département.

C’est étonnant,  cet écart total de conception des choses.

A la vérité, ce n’est pas tout à fait nouveau.

Déjà, lorsque nous étions  ensemble sur les bancs de la faculté,  je ne sais plus quel publiciste (FABRE ou DEBBASCH) nous disait envisager déjà  de couper le département des Bouches-du-Rhône en deux, dans sens de la largueur, avec une préfecture au nord, à AIX, et une au sud, à MARSEILLE.

On avait du piquer cette idée dans quelques obscurs travaux de la Convention nationale, laquelleavait connu le contentieux de 30 km entre les deux villes, avec une période où la préfecture était une semaine à AIX et l’autre à MARSEILLE…

Ce qui est étonnant est que le retour de ces idées séparatistes intervient dans un cadre général où tout le monde veut se séparer des autres, les Ecossais, les Catalans, les Padaniens en Italie (le mot est inventé),  et je ne parle pas des Corses, tout en demeurant,  c’est inouï,  dans un cadre communautaire européen, du  fédéralisme.

On a ainsi le sentiment qu’on vogue tranquillement vers un  Moyen-âge  des temps modernes avec la constitution d’indépendances régionales ou locales,  au moins théoriquement incluses  dans des ensembles infiniment plus grands,  ici l’Union européenne.

Alors, Maryse est-elle folle ?

Point du tout, bien au contraire, elle est dans l’air du temps.  Et même en avance sur son temps.

Pourquoi ? Tout simplement par la  disparition de la notion de fraternité.

Il n’y a plus de fraternité et il ne peut plus y avoir de fraternité ici et ailleurs en raison de l’invasion de groupes et d’idées qui ne s’assimilent pas et ne pourront jamais s’assimiler. Vous voyez très bien ce que je veux dire.

Au fond d’elle-même, Maryse imagine bien aussi  la partition en deux de la ville de Marseille sa voisine  dans 20 ans environ, avec un morceau islamiste au nord, et un morceau non islamiste à l’est et au sud.

Je ne sais pas si elle est déjà passée  à Chypre,   seulement à pied  à Nicosie,  du coté grec au coté turc, avec une frontière en plein milieu de l’artère principale de la ville et une chicane à pièces d’identité. Les tombeaux des Lusignan, mes suzerains du temps,  chez les Turcs.

C’est en tout cas  sans aucun doute son cauchemar, et elle a raison.

Je dis à Maryse qu’il y a peut être une autre solution, qui s’appelle Marion. Mais c’est une autre affaire, que je ne verrai peut être pas. Je suis trop vieux.

En attendant, je dis aussi que nous marchons  aussi tranquillement et heureusement vers la partition des barreaux.

Il n’y       a plus aucune raison de tous ces barreaux. Soit un seul, si on veut une organisation nationale unitaire, soit autant qu’en voudront les confrères qui s’y associeront volontairement.

Non, ce n’est pas une vue de l’esprit.

Pas plus tard que par un avis de ce matin,  l’Autorité de la concurrence a ouvert la voie à l’officialisation d’une scission en deux de la profession de géomètre.

Cette idée de partition est aussi la conséquence de la fin de la fraternité celle ici professionnelle.

Vu notre nombre,

Les pénalistes n’ont rien en commun avec les civilistes, même au niveau de la pensée, les pratiquants de l’A.J. rien à voir avec les autres, les rédacteurs d’actes  qui lorgnent ou devraient lorgner vers l’abatage du scandaleux monopole des notaires en matière immobilière, rien à voir avec les autres.

Et dans la dégringolade générale, les tenants des caisses de règlements pécuniaires livrent désormais un combat imbécile et désespéré  de vieilles lunes contre les libéraux qui veulent aller à la Caisse des dépôts et consignations.  Et s’affranchir d’une socialisation rampante,  désormais faillie.

Evidemment, plus le barreau est important, plus l’écart se creuse.

Il faudra bien un jour se décider à donner des statuts aux barreaux actuels, et alors  faire choix d’un modèle juridique.

Face aux normes européennes et à l’Autorité de la concurrence, il faudra bien aussi que chacun s’exprime quant à son appartenance.

Et alors,  il sera impossible de continuer d’imposer un modèle unique.

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