Jan
09
MARSEILLE : ET D'UN BIDE DE PLUS, UN

Je suis l’avocat d’un des créanciers de la société civile propriétaire de la station Alexandre à Marseille.  C’est un ancien bâtiment industriel, beau bâtiment,  transformé en bureaux et centre d’activités en plein cœur d’une zone des H.L.M. les plus pouilleux de la ville, grand fournisseurs de clients des tribunaux pour enfants et correctionnels.

Les quartiers d’arrière port de la ville, comme celui du Canet (ce sont partie des quartiers nord de la ville) avaient à l’époque accueilli  sur ce site, à la charnière des XIXème et XXème siècles, de nombreuses industries huileries, savonneries, tuileries, qui ont fait la richesse et la réputation de Marseille.

Je tombe à l’instant sur le n° 219 de la revue « Marseille » éditée par la municipalité,  sur beau papier glacé, numéro de décembre 2007. Voici 10 ans.

On y parle en termes dithyrambiques de la réhabilitation du bâtiment.

On exalte,  c’était dans l’air du temps,  la personne qui a mené cette affaire. On parle de « reconstruction ambitieuse et respectueuse de l’histoire et du passé ».

On évoque le tour de table financier avec la Caisse des dépôts et consignations, et des travaux commencés en 2004.

Et l’exalté(e ) qui a rédigé à l’époque  l’article,  avec force photos,  en couleurs d’écrire que : « « Réhabilitation en centre urbain, Station Alexandre représente un véritable enjeu d’aménagement. C’est aussi par la notoriété que le bâtiment véhicule l’opportunité de changer l’image des quartiers nord. Les collectivités locales en ont bien conscience, qui ont soutenu le projet depuis le début.

Associer dans un même lieu centre d’affaires et espace culturel, mais aussi centre médical, crèche et boutiques relevait de la gageure. Le pari est tenu. Si les élus font de Station Alexandre le porte drapeau de la Z.F.U., les habitants du Canet se réjouissent, qu’en lieu et place d’un, vieil hangar, renaisse un joyau architectural sur la bute du boulevard Charles Moretti. Et cela grâce à une femme consciente de la valeur humaine du patrimoine urbain » ».

Ouf …

 

Alors voilà, revenons sur terre.

La  société  propriétaire du site,  dont 50 % du capital est détenu par la Caisse des dépôts et consignations,  a déposé le bilan l’an dernier,  avec un passif supérieur à 11 millions d’euros. Et rien en caisse. L’associé public ne veut plus mettre un sou dans l’affaire.

Le passif, ce sont les   travaux et crédits que la société civile  ne peut pas payer, et ne pourra plus payer, car ses seules recettes en loyers sont largement insuffisantes, tandis qu’au surplus les premiers locataires ont quitté et continuent de quitter le site.

Parce qu’il est  commercialement et sécuritairement devenu mauvais.

On devrait déjà être en liquidation judiciaire, et essayer de vendre ce site, qui est évidemment invendable au montant des dettes.

Et moi, avocat du contrôleur, quand j’explique cela au Tribunal, on me regarde méchamment, parce que je dis la vérité, la vérité des chiffres qui ne sont que la conséquence de la réalité sociologique.  Qu’on ne veut pas voir.

Si vous voyez ce que je veux dire dans les quartiers nord de Marseille.

Tant que ma cliente,  importante créancière de travaux réalisés voici dix ans et encore impayés à ce jour,  restera contrôleur et moi son avocat, je continuerai à dire ce qu’il faut, même s’il s’agit de déranger. Non, je défends.

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