Dec
28
MARSEILLE : LES RUES MAUDITES

 

L’habitat   a toujours été un sujet important du droit. Partout. C’est normal dans une société urbaine. Or nous vivons dans une telle société. Parce que les campagnes se sont vidées et que leur  population est venue dans les villes. Et qu’il faut du temps pour ceux,  désormais  venus aujourd’hui  des bidonvilles  du tiers monde,  s’adaptent ou soient adaptés. L’affaire de la rue d’Aubagne n’est donc et jamais qu’un épiphénomène dramatique d’une immigration non contrôlée, non régulée et surtout couteuse,  inutile en terme d’économie politique.

Car, l’habitat, la construction, c’est de l’argent, rien que de l’argent. Avec une longue accession à la propriété diversifiée, contre  jadis celle des seuls puissants, au profit des autres. Les bourgeois des villes. D’Europe, pas du Proche-Orient ou d’Afrique.

Le cours de doctorat  qu’enseignait jadis le professeur Edmond BERTRAND,  dont j’ai été par ailleurs  le collaborateur,  était  bien celui du sujet.

Là-dessus, la  notion de copropriété est née voici quelques siècles  à BATH en Angleterre, avec la construction d’un  ensemble appelée Crescent Road. Elle fut importée en France, et on considère que la copropriété française est née à RENNES, après l’incendie qui ravageât une partie importante de son centre, sous le règne de Louis XVI. Les aristocrates bretons,  dont les maisons avaient brulé,  n’avaient plus les moyens de les reconstruire seuls. Ils durent donc partager la reconstruction avec les bourgeois,  qui devinrent,  à l’étage au dessus, leurs copropriétaires.

MARSEILLE est à part ici, car elle n’a jamais été une ville d’aristocrates. Ceux-ci vivaient à  30 km à peine à AIX EN PROVENCE.  Soit en proximité de la cathédrale, soit plus tard dans le somptueux quartier Mazarine.

Les bourgeois marseillais  n’héritèrent donc pas de patrimoine  foncier de qualité, et firent avec leurs moyens, du moins dans la ville, tandis que les plus riches d’entre eux s’installèrent dans les collines, au vert, y construisant des bastides, grosses et belles maisons de campagne.

Le 12ème arrondissement de la ville, où j’ai le plaisir d’habiter,  dans ce qui n’est pas une bastide d’époque, mais dans une grande maison construite plus tard,   exactement comme une bastide, est ainsi le poumon vert de MARSEILLE.

Du coup, beaucoup du reste a été laissé à l’abandon. Abandon physique, c’est aujourd’hui  l’affaire de la rue d’Aubagne, mais aussi abandon économique.

La province, c’est différent de PARIS. Bien sur, il existe des villes magnifiques comme BORDEAUX, magnifiques parce que riches du commerce du vin. Le palais consulaire de la ville, où siège le Tribunal de commerce, a tout de même été construit par GABRIEL, venu de PARIS : on avait en ce temps et en cette province la possibilité de « s’offrir » un tel architecte.

A PARIS, NAPOLEON III avait  bien vu que de larges parties de la ville étaient insalubres. Il confia au baron  HAUSSMANN la tache de refaire la ville. Lui  avait à sa  disposition des gens aisés,  qui produisaient sur place,  créaient la richesse et l’  investissaient. Ils ne venaient pas mendier de l’aide.  Le résultat a été magnifique.

L’empereur  aimait MARSEILLE, on n’a jamais bien su pourquoi. C’était en tout cas la porte de son empire colonial, l’Algérie en tète, qui a disparu aujourd’hui. Fini le monopole du pavillon.

On  doit en tout  cas  NAPOLEON III les  quelques monuments de qualité construits dans la ville, la préfecture, le palais du Pharo,  et puis la rue Impériale. HAUSSMANN là encore a détruit de quantités de taudis,  épargnant au passage une très ancienne  église catholique de crainte de faire montrer du doigt qu’il était protestant. Il les a remplacés  par des immeubles bourgeois de qualité, dans un axe sud – nord, du vieux port vers la Joliette, les quais du nouveau port (Euro-méditerranée aujourd’hui). 

C’est la rue de la République (jadis Impériale). Qui fut pourtant en son temps une faillite retentissante. Oui, retentissante, car les promoteurs qui avaient vu grand et beau – les sanitaires partout sont apparus pour la première fois dans cette opération-, ne furent pas suivis. Pas d’acheteurs avec des moyens.  La ville était déjà pauvre et ses bourgeois intéressés par autre chose.

Je lis maintenant  dans « La Marseillaise » un billet sur l’interminable échec de la rue de la République. Son  journaliste n’a aucune culture historico-juridique. C’est dommage. Cette artère paupérisée ensuite de la faillite du Second empire, a été réhabilitée par des fonds américains. Qui ont tout refait, comme à l’origine.

Et c’est à nouveau la même faillite, du moins économique. Les locaux sont vides ou se vident, les appartements devenus  luxueux ne sont pas dans les moyens des pauvres, et ne présentent aucun intérêt pour les riches, qui se sont installés ailleurs. Au surplus, le quartier est malsain, car plus on se rapproche de la Marseille arabe et noire, plus tous les risques existent.

C’est à ce demander jusqu’à quand va durer cet aveuglement devant la seule réalité du sujet.

Car immigration est synonyme de  pauvreté.  Notamment par transfert de la pauvreté des autres qu’on ne veut  (si on est nationaliste),  ou  ne peut (si on est plein de bons principes sans un sou pour les assumer) prendre en charge.

Telle est la véritable équation. Il faut avoir le courage de l’écrire.

Mots-clés: 

Ajouter un commentaire

Image CAPTCHA