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MARSEILLE : LES TERRIBLES COINCIDENCES

La rue Grignan de Marseille, à un angle de laquelle est mon cabinet, se poursuit plus haut,  par la rue Estelle. J’y passe en moto tous les jours. L’habitude fait trop souvent oublier de réfléchir aux choses. C’est que le haut de la rue Estelle est tout simplement perpendiculaire au haut de la rue d’Aubagne, désormais tristement célèbre ici par ses immeubles pourris.

Qui était donc Estelle ?

Jean-Baptiste Estelle fut au début du XVIIIème siècle l’échevin (on dirait aujourd’hui le maire) de Marseille.

Il était issu d’une grande famille de négociants, eux-mêmes membres de la puissante chambre de commerce de la ville, elle qui inventât littéralement la notion de consulat à l’étranger (Pierre Estelle, le père, était consul à Alger puis à Tanger). Il connaissait bien  le monde arabe et oriental.

On aurait beau essayer de continuer à le disculper, compte tenu de sa courageuse conduite par la suite, c’est à cause de lui  et lui seul que la dernière grande peste de Marseille eut lieu en 1720. La cargaison pourrie et infestée du Grand Saint Antoine, c’était bien la sienne, et les archives, qui n’ont pas disparu, ont bien révélé que celle-ci,  en provenance de Syrie,  avait été signalée comme très dangereuse aux escales italiennes et de Toulon, avant le port de Marseille. Et que  c’est sur ses ordres que les intendants sanitaires  de Marseille, pourtant alertés,  ont autorisé le débarquement, qui a conduit par la grande peste  à la quasi  destruction de la ville, et d’une immense partie de sa population,  sans compter les alentours.

On dit que la peste révélée, il aurait eu une attitude très courageuse ensuite. Peut etre. Il mourut trois ans plus tard.

L’histoire a de ces  vacheries qui placent aujourd’hui dans une rue pourrie d’un certain Orient  le descendant d’Estelle,   importateur de peste,  à la mairie de Marseille à l’angle de la rue,   elle  désormais pourrie,   qui porte son nom.

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