Nov
11
MARSEILLE: NON LIEU POUR LOUIS XIV

 

Je veux apporter ici une contribution à l’enquête pénale,  ensuite de l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne, et ce n’est pas terminé. C’est à Marseille une très vieille histoire.

Dans l’ouvrage collectif sur celle  de la ville,  paru voici quelques années chez PRIVAT, parmi ses auteurs le professeur Pierre GUIRAL,  aujourd’hui décédé,  que j’ai un peu connu,  on explique qu’au XVIIème siècle, les rues  sont encore  étroites et tortueuses, en pente irrégulière, les ouvertures des constructions petites,  pour protéger l’intérieur des variations de température, le tout  n’a                aucune recherche architecturale. Il n’y a jamais de cours internes. On n’a pas beaucoup d’autres détails.

Ce qu’on sait mieux,  c’est l’arrivée de LOUIS XIV, les rapports de la ville, qui avait été la dernière cité à manifester quelque sursaut d’indépendance,  placés sous le signe de l’orage, après écrasement de ses troupes, le traité des Pyrénées signé (en ce temps, Marseille avait  regardé en vain vers l’Espagne).

Le monarque pénétra brusquement dans la ville, par une brèche qu’il avait fait ouvrir dans les remparts, imposa au port ses deux forts de surveillance qui y sont toujours (Saint-Jean et Saint-Nicolas), et installât  son arsenal des galères.

Il essaya aussi d’imposer son plan monumental, dont l’esprit général seul subsiste encore. En raison du vent, l’axe de la ville devait etre en larges avenues,  appelées cours,  du nord au sud, tandis que les habitations devaient etre dans les rues plus petites,  perpendiculaires,  orientées est-ouest, pour casser le vent.

Il installa d’ailleurs son gouverneur de Provence, le comte de GRIGNAN (dont l’épouse était la fille de Madame de SéVIGNé), justement dans l’une de ces rues, aujourd’hui la rue Grignan, volontairement loin de l’hôtel de ville, plus petit au demeurant. Dont il se méfiant des occupants.

Car LOUIS XIV n’aimait pas  du tout les dirigeants de la ville, dont il avait  imposé le changement de statut en le rendant plus contraignant à l’égard de sa couronne.

Le plan d’agrandissement fut d’ailleurs imposé, sans aucune consultation ; il prévoyait la  percée fondamentale, prenant de ce qui est aujourd’hui  la porte d’Aix,  jadis porte royale, vers le sud.

Un cours large devait etre établi par la destruction des taudis de part et d’autre.

Même LOUIS XIV  ne put parvenir à vaincre  la ladrerie minable  des  riches élus municipaux, grands bourgeois. Ceux-là même qui se faisaient transporter en chaise à porteur,  aux frais de la collectivité  pour aller juger au tribunal de commerce.

Il parait qu’il avait eu des mots très vifs contre eux. Les prédécesseurs lointains de Monsieur GAUDIN et de son équipe.

Qu’est devenu le grand cours du roi ?  Les immeubles de la rue d’Aix ne furent pas détruits, ils se sont pourris peu à peu, sauf quelques travaux de rénovation bricolée au cours des dernières années (je signale au passage, à l’angle de la rue Nationale, de la rue d’Aix et du cours Belsunce,  une façade en ruine de  style gourbi,  qui a du etre de toute beauté au XVIIème).

Ce qui est aujourd’hui le cours Belsunce fut bien élargi, en conservant des immeubles quelconques, de part et d’autre, un coté détruit par bombardements au cours de la dernière guerre mondiale, et remplacés par des tours hideuses d’H.L.M. 

De l’autre coté de La Canebière un cours Saint-Louis,  enfin conforme par les constructions au souhait du monarque,  sauf qu’il n’est bien  large que sur quelques centaines de mètres. Enfin ce qui est aujourd’hui la rue de Rome  jusqu’à la préfecture construite    sous  NAPOLEON III, sans autre circulation qu’un tramway.

A l’activité et aux  commerces  désertés, sauf le moche y compris nord africain. Derrière cette longue rue là, vous avez compris, accessible par des diagonales, qui vont à la rue d’Aubagne, il y a  toujours les bâtisses pourries,  du type haut Moyen âge,  qui correspondaient aux banlieues d’étrangers du temps, hors la muraille (l’actuel cours Lieutaud).

Le temps n’a rien arrangé à la chose, puisque la ville s’est développée ailleurs, surtout grâce à la conquête de l’Algérie française (ce que Marseillais et Français ont oublié, trop facilement), la ville devenant  alors un grand port colonial, et le baron HAUSSMANN,  appelé au secours faisant détruire d’autres taudis,  sur le parcours qui va à la Joliette (aujourd’hui la rue de la République  appelée tout d’abord rue Impériale).

Puis en développements divers et variés, de noyaux villageois avec quelquefois de belles bastides,  toujours aux noms de paroisses.

MARSEILLE est certainement la seule ville au monde à avoir autant de saints dans ses quartiers.

Leur citation,   sans compter tout ce qui est religieux,  affecté à des congrégations ou couvents,  prendrait ici  cinq ou six lignes,   à raison de trois ou quatre par ligne.

Dès qu’ils ont eu trois sous par leur travail et leur talent,  sans jamais ni aide ni assistance  aucune, quand les Arméniens sont arrivés, ils se sont installés sur les  hauts de la ville.

Sur   les quelques  terrains dont les bourgeois ne voulaient pas, parce que la terre n’y était pas bonne, ils ont construit de petites  maisons, puis de beaucoup plus belles.

C’était  entre Saint-Barnabé, et Saint-Julien. Ca s’appelle aussi Beaumont, et j’y habite. C’est le cœur du poumon vert de la ville, le 12ème arrondissement.

Finalement,  revenons au grand siècle.

Sans doute écœuré, LOUIS XIV renonça  à imposer son génie et il parait que COLBERT accepta de signer pour lui avec les échevins une paix de reconstruction.

L’un et l’autre ne savaient pas qu’ils passaient trois cents ans plus tard le fardeau à d’autres, mais ils n’imaginaient pas non plus les immigrés d’Afrique du nord et d’Afrique tout court.

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