Apr
23
MISCELANEES : LE COMBLE DU MAUVAIS GOUT

Il existe à MARSEILLE deux quotidiens.

Un communiste, l'autre quotidien communiste de France, le premier étant l'HUMANITE. C'est LA MARSEILLAISE. Tirage réel quasiment secret. On se demande comment peut vivre le journal. On prétend qu'à la Libération, des amis à lui ont confisqué des immeubles de collaborateurs et que la vente successive de ceux -ci permet la survie. Je ne sais pas. Je sais que c'est très bien écrit, mais pour dire des choses que je désapprouve totalement, et que son directeur, Michel MONTANA, aux antipodes de mes idées politiques, est un monsieur charmant, avec qui il m'arrive même de déjeuner et d'amis communs.

Un deuxième, LA PROVENCE, issue de la fusion du PROVENCAL socialiste et du MERIDIONAL conservateur bien à droite. Propriété du groupe HERSANT. J'ai tout dit. Ce quotidien est malheureusement insipide dans son contenu général.

Mais hors la médiocrité ambiante, il n'y a pas grand-chose à raconter à MARSEILLE. Alors il recopie les dépêches et dossiers de l'A.F.P., parle de l'O.M., traite les décès, les petites annonces. Son seul intérêt est dans les faits divers et la rubrique judiciaire. On n'a que çà chez nous.

Comme, malgré tout, les tirages vont mal, on essaie de vendre des dossiers spéciaux et d'intéresser les lecteurs. Point ici de numéro hors-série sur l'art, l'histoire, ou l'économie, le lecteur ne saurait pas lire.

On en tire les conséquences, on imprime donc sur du mauvais papier « Faits divers en Provence ». Recueil en 74 pages de 45 affaires de 1610 à 2006, tous les journalistes du journal s'y sont mis. On a aussi invité le procureur de la République, à un coquetelle et tiré une belle photo, et on vend le cahier 2,70 €.

Car, c'est la crise, les livres de témoignages d'avocats pénalistes, c'est trop cher, on ne les vend plus. On a donc fait dans le pas cher. Bonjour les droits d'auteur pour les journalistes (qui n'en n'ont d'ailleurs pas). Bien qu'il ne m'ait pas informé de cette publication exceptionnelle, que je viens de découvrir comme tout le monde, je lui en veux, je demanderai au chef du service des faits-divers-justice, qui est mon neveu, de me la dédicacer.

Il fallait bien un support publicitaire à ce tirage-là. Où le trouver ? Décemment, on ne pouvait pas aller chercher la publicité chez WEATHERBY (fabricant du 257 Magnum), ni chez BERETTA, célèbre fabricant italien d'armes de poing, ni chez KALACHNIKOV, j'en passe et d'autres. On a donc trouvé de la publicité pour FR3 et la radio France bleue. Aussi pour LA PROVENCE, normal. C'est neutre.

Plus audacieux, on a trouvé la publicité d'une célèbre maison de recherches généalogiques, à qui on fait appel pour trouver les héritiers. Déjà, on est entré dans le sujet. Mieux, on a trouvé la publicité d'une société de pompes funèbres. En plein dans le sujet.

Aussi deux publicités étonnantes. Une pour l'université Paul Cézanne, sous le titre, j'allais écrire stupéfiant, mais je n'ose pas : « passeport pour l'emploi » : dois-je aussi imaginer un certificat de spécialisation, « règlement de compte à l'arme lourde ». Une autre pour les annales des loyers, comprenne qui pourra, avec mention spéciale d'un guide des troubles de voisinage. Ce qui pourrait être une piste d'explication.

Mais la grosse cerise sur le gâteau est tout de même la publicité pour les ordres d'avocats.

Aix-en-Provence en deuxième de couverture, Marseille en troisième, Avignon en quatrième. Et même Carpentras en page intérieure.

Dans le détail publicitaire, le barreau d'AIX loue la « force tranquille » de son bâtonnier (déjà vu, réchauffé, ridicule auto flatterie) ; celui de CARPENTRAS évoque les relations avec l'administration, les cessions de fonds de commerce, ou la création d'entreprises ; celui d'AVIGNON vante des diplômes de ses avocats, l'assurance de R.C.P. et le maniement des fonds. C'est finalement celui de MARSEILLE, pas compliqué « tous les compétences du droit », « plus la Juriscup », qui seul est dans le coup, et là on est dans le sujet : « les gardes à vue et la défense pénale ». C'est sans doute pourquoi on a invité notre nouveau bâtonnier au coquetelle. Salut Jérôme.

Il me semble cependant que nos ordres auraient pu éviter cette faute de grand mauvais gout.

Parce que finalement, à part la publicité pour les marchands d'armes, interdite, on a ici la chaîne complète de qui à qui profite le crime : la formation professionnelle des tueurs, les pompes funèbres, la recherche des héritiers, la publicité à la radio et à la télévision, et bien sûr dans la presse écrite. Enfin, au sommet, les avocats.

Commentaires

Tout intéressé par les publicités, c'est toujours ce que je lis en premier, je n'avais pas vu qu'on ne parlait pas du tout des avocats de ces crimes là. J'ai tout lu, rien du tout.

Cette publication est de la provocation.

J'invite mess confrères pénalistes au boycot de ces journalistes.

Pire, je demande à mon ordre combien a couté cette page de publicité collective.

Ajouter un commentaire

Image CAPTCHA