Sep
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REPENTANCE : LETTRE OUVERTE D’UNE VICTIME AVEC ELOGE HISTORIQUE DE LA TORTURE

Préalable.

Dans la Facel-Vega  que conduisait son éditeur Michel GALLIMARD,   et où il avait pris place,  celle  qui venait de se fracasser dans un terrible accident de la circulation, dans l’Yonne,  on trouva les feuillets épars d’un livre qu’Albert CAMUS finissait  d’écrire.    Il en avait commencé la rédaction à Alger en mars 1959.

C’était au tout début de l’année 1960, un peu plus de deux ans après la polémique de son  discours de Stockholm, au moment de la réception de son prix NOBEL de littérature : « je crois à  la justice, mais je défendrai ma mère  avant la justice». On était alors en pleine fin de guerre d’Algérie, ce qui avait réconcilié l’auteur avec les pieds-noirs.

Vingt quatre ans  après la mort de son père, sa fille Catherine CAMUS (alors avocat à Paris) pris la décision d’ l’éditer le manuscrit (Gallimard, 1994).

C’est « Le premier homme », autrement dit  la jeunesse d’Albert CAMUS,  entre Belcourt et Bab-el-Oued.  Je n’ai jamais rien lu de plus beau.

« Un enfant n’est rien par lui-même, ce sont ses parents qui le représentent. C’est par eux qu’il se définit, qu’il est défini aux yeux du monde. C’est à travers eux qu’il se sent jugé vraiment, c’est-à-dire jugé sans pouvoir faire appel ».(p.107).

Alors, si  CAMUS      était encore parmi nous, je crois bien qu’il commencerait  déjà ainsi :
 

 

Rappel sommaire.

A partir de la fin de la guerre d'Algérie, les autorités françaises ont promulgué toute une succession d'amnisties et de grâces.

Ce furent d'abord les décrets promulgués lors des accords d'Évian (les 20 mars et 14 avril 1962) qui effaçaient à la fois les "infractions commises avant le 20 mars 1962 en vue de participer ou d'apporter une aide directe ou indirecte à l'insurrection algérienne", et celles "commises dans le cadre des opérations de maintien de l'ordre dirigées contre l'insurrection algérienne". Puis vinrent quatre lois successives.

La première, du 17 décembre 1964, concernait les "événements" d'Algérie et fut suivie, le 21 décembre, d'une grâce présidentielle pour 173 anciens membres de l'OAS.

Celle du 17 juin 1966 amnistiait les "infractions contre la sûreté de l'État ou commises en relation avec les événements d'Algérie". Vint ensuite, en pleine crise de mai 68 et liée directement à elle, la grâce du 7 juin 68 concernant, cette fois, tous les membres de l'O.A.S. qui étaient encore détenus ; elle fut suivie de la loi du 24 juillet effaçant toutes les infractions liées aux "événements" y compris celles "commises par des militaires servant en Algérie pendant la période".

Cette loi, malgré le dépôt d'un amendement socialiste allant dans ce sens, ne stipulait pas encore la réintégration des intéressés dans leurs fonctions civiles ou militaires ni dans leurs droits à porter leurs décorations.

Ce fut chose faite après l'arrivée de la gauche au pouvoir.

Déjà, en 1965, l'extrême droite proche de l'O.A.S. avait été appelée à se rallier à la candidature de François MITTERRAND ; l'année suivante, un projet de loi déposé par Guy MOLLET, Gaston DEFFERRE et le même François MITTERRAND avait proposé le rétablissement des condamnés de l'O.A.S.  dans leurs grades et leurs fonctions ; et, en 1972, le programme commun de la gauche ne comportait aucune référence ou allusion aux suites de la guerre d'Algérie ni à la lutte pour la décolonisation.

Avant les élections présidentielles de 1981, des négociations menées par des proches du candidat François MITTERRAND aboutirent à l'appel du général SALAN à voter MITTERRAND et, entre les deux tours, à celui de l'organisation de rapatriés le RECOURS à " sanctionner " Valéry GISCARD D'ESTAING.

C'est donc bien dans la ligne de cette politique que fut votée le 3 décembre 1982 la dernière des lois d'amnistie réintégrant dans l'armée les officiers généraux putschistes et permettant même les "révisions de carrière" nécessaires à la perception de l'intégralité de leurs retraites.

Cela, au nom de l'argument formulé par François MITTERRAND :

"Il appartient à la nation de pardonner." Il y en avait pour tout le monde.

Et CAMUS approuverait sans doute alors ce qui suit:

Déclaration.

Alors voici qu’on vient maintenant larmoyer sur le sort d’un quidam  communiste de son état, qui a été certainement torturé pour dénoncer ceux qu’il soutenait et aidait, qui s’étaient rendus coupables de dizaines de milliers d’assassinats, sans compter les mutilations et les atteintes aux biens. Il n’a certainement pas été le seul.

Après avoir dit  le droit – la seule chose honorable de la vie de Gaston DEFFERRE, maire de Marseille, a été la loi de réhabilitation de l’O.A.S.- , et si on veut laisser parler les moralistes de gauche bien pensante et tiers-mondiste, il faudrait maintenant s’intéresser aux autres. Tous les pieds-noirs en général, et en particulier celles et ceux qui ont été tués, blessés, déshonorés, ruinés.

Si le président de la République est en mal d’excuses, qu’il fustige aussi l’armée française, celle  qui a tué les dizaines de malheureux de Français pieds noirs  qui venaient le 26 mars 1962,  devant la Grande Poste d’Alger,  manifester pacifiquement,  pour prêter soutien à leurs dizaines de milliers de compatriotes, plus loin dans la ville, dans le quartier de Bab-el-Oued.

L’armée française, au sol et avec hélicoptères, leur tirait dessus.  Ah, l’O.A.S.

J’y étais, j’avais 15 ans, et j’étais dans le cas assiégé des victimes potentielles. Qui soutenaient l’O.A.S.

Sans compter les centaines ou milliers de Français d’Oran massacrés par les Algériens devenus indépendants à Oran en juillet 1962, sous les yeux du général français KATZ qui,  informé,  a laissé faire.

La morale à la con, désormais celle de la présidence de la République, c’est assez comme ça.

Les tortionnaires – dont Jean-Marie LE PEN   parait-il aussi-  n’ont finalement pas été assez efficaces.

C’est la vraie morale de l’histoire, vue par les victimes. Dont je suis.

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