bernard.kuchukian

Par bernard.kuchukian le 30/12/10
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De par le Roi des Animaux,

Qui dans son antre était malade,

Fut fait savoir à ses vassaux

Que chaque espèce en ambassade

Envoyât gens le visiter,

Sous promesse de bien traiter

Les Députés, eux et leur suite,

Foi de Lion très bien écrite.

Bon passe-port contre la dent;

Contre la griffe tout autant.

L'Edit du Prince s'exécute.

De chaque espèce on lui députe.

Les Renards gardant la maison,

Un d'eux en dit cette raison :

Les pas empreints sur la poussière

Par ceux qui s'en vont faire au malade leur cour,

Tous, sans exception, regardent sa tanière;

Pas un ne marque de retour.

Cela nous met en méfiance.

Que Sa Majesté nous dispense.

Grand merci de son passe-port.

Je le crois bon; mais dans cet antre

Je vois fort bien comme l'on entre,

Et ne vois pas comme on en sort.

Par bernard.kuchukian le 29/12/10
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Voici en avance l'épilogue du livre VI des fables. Il sera rappelé plus tard.

C'est clair non ?

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Bornons ici cette carrière.

Les longs Ouvrages me font peur.

Loin d'épuiser une matière,

On en doit prendre que la fleur.

Il s'en va temps que je reprenne

Un peu de forces et d'haleine

Pour fournir à d'autres projets.

Amour, ce tyran de ma vie,

Veut que je change de sujets :

Il faut contenter son envie.

Retournons à Psyché : Damon, vous m'exhortez

A peindre ses malheurs et ses félicités :

J'y consens : peut-être ma veine

En sa faveur s'échauffera.

Heureux si ce travail est la dernière peine

Que son époux me causera!

Par bernard.kuchukian le 29/12/10
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Paris lâche les Arméniens

Le Monde 28 décembre 2010

La dernière livraison des câbles diplomatiques révélés par WikiLeaks nous apprend qu'il n'aura même pas fallu deux mois à Nicolas Sarkozy pour trahir ses engagements envers la communauté arménienne de France à propos de la loi incriminant le négationnisme du génocide arménien. Le 24 avril 2007, le candidat de l'UMP promettait d'appuyer la ratification par le Sénat de ce texte déjà voté par l'Assemblée nationale.

Or selon un télégramme rendu public par WikiLeaks, Jean-David Levitte (conseiller diplomatique de l'Elysée), en visite à Ankara le 29 mai 2007, a confié à ses interlocuteurs que "Sarkozy s'assurera que le projet de loi du génocide arménien (pénalisant le négationnisme) meure au Sénat français." On comprend mieux l'arrogance de ce négationnisme, qui se développe notamment sur la Toile française à travers des sites sponsorisés par le gouvernement d'Ankara. Ainsi ce fléau, qui fait office de volet politique du génocide, qui constitue sa continuation par d'autres moyens, ne sera non seulement pas combattu par les responsables de l'ordre public, mais il bénéficiera de la neutralité bienveillante du chef de l'Etat.

INTÉRÊTS DU PANTURQUISME

Que peuvent bien valoir les belles paroles prononcées à l'endroit de la communauté arménienne de France, mais également toute la rhétorique de Nicolas Sarkozy sur l'histoire, et les leçons qu'il convient d'en tirer ? Etait-il nécessaire de gratifier Ankara de ce type de signal, au moment même où à l'intérieur du pays, enfin, un mouvement d'intellectuels turcs se dessine pour demander pardon aux Arméniens ? Il ne faudra pas s'étonner ensuite qu'éclairées par de tels exemples les autorités turques fassent des sourires à l'Occident tout en signant, comme elles l'ont fait, en mai, des accords pour la livraison d'uranium à l'Iran. Qu'elles combattent le blocus de Gaza tout en pérennisant, depuis seize ans, celui sur l'Arménie. Qu'elles exigent des excuses d'Israël pour les neuf morts turcs de la flottille, en juin, sans jamais avoir prononcé un mot de regret pour le million et demi d'Arméniens exterminés, en 1915, et en outrageant tous les jours leur mémoire.

Un malheur n'arrivant jamais seul, cette information de WikiLeaks vient une semaine après une autre dépêche diplomatique rendue publique par le même site, selon laquelle M. Roland Galharague, haut fonctionnaire au Quai d'Orsay, explique à William Burns, secrétaire américain à la défense, que l'existence d'une forte communauté arménienne, en France, entraverait les propositions susceptibles d'apporter la paix au Haut-Karabakh, une enclave arménienne indépendantiste en butte à l'hostilité et aux menaces de guerre du couple turco-azerbaïdjanais.

La question se pose donc de savoir quelles sont ces belles propositions de paix du Quai d'Orsay qui pourraient bien contrarier à ce point les Français d'origine arménienne. Tout semble hélas indiquer que la tradition qu'on croyait révolue du lâchage des Arméniens au profit des intérêts du panturquisme est en train de reprendre ses droits dans la République. Nous ne ferons pas ici le compte de victimes qu'une telle attitude a déjà provoquées. Mais comment ne pas s'indigner que ce type de pratique soit toujours en vigueur après tant de malheurs accumulés ?

Par bernard.kuchukian le 29/12/10
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Mon Cher Maitre,

Dans vos contes et légendes de Provence, ce jour , sur votre blogosphère, vous me parodiez un peu, en prose libre, mais avec talent, sauf que votre lièvre et votre tortue sont des postiers.

Soyez félicitée.

Jean de la FONTAINE

P.O. Bernard KUCHUKIAN

Par bernard.kuchukian le 28/12/10
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Que ce villageois est sympathique. Le barreau manque de villageois.

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Esope conte qu'un Manant,

Charitable autant que peu sage,

Un jour d'Hiver se promenant

A l'entour de son héritage,

Aperçut un Serpent sur la neige étendu,

Transi, gelé, perclus, immobile rendu,

N'ayant pas à vivre un quart d'heure.

Le Villageois le prend, l'emporte en sa demeure,

Et sans considérer quel sera le loyer

D'une action de ce mérite,

Il l'étend le long du foyer,

Le réchauffe, le ressuscite.

L'Animal engourdi sent à peine le chaud,

Que l'âme lui revient avecque la colère.

Il lève un peu la tête, et puis siffle aussitôt,

Puis fait un long repli, puis tâche à faire un saut

Contre son bienfaiteur, son sauveur et son père.

Ingrat, dit le Manant, voilà donc mon salaire?

Tu mourras. A ces mots, plein de juste courroux,

Il vous prend sa cognée, il vous tranche la Bête,

Il fait trois Serpents de deux coups,

Un tronçon, la queue, et la tête.

L'insecte sautillant cherche à se réunir,

Mais il ne put y parvenir.

Il est bon d'être charitable;

Mais envers qui? c'est là le point.

Quant aux ingrats, il n'en est point

Qui ne meure enfin misérable.

Par bernard.kuchukian le 28/12/10
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Aux noces d'un Tyran tout le Peuple en liesse

Noyait son souci dans les pots.

Esope seul trouvait que les gens étaient sots

De témoigner tant d'allégresse.

Le Soleil, disait-il, eut dessein autrefois

De songer à l'Hyménée.

Aussitôt on ouït d'une commune voix

Se plaindre de leur destinée

Les Citoyennes des Etangs.

Que ferons-nous, s'il lui vient des enfants?

Dirent-elles au Sort, un seul Soleil à peine

Se peut souffrir. Une demi-douzaine

Mettra la Mer à sec et tous ses habitants.

Adieu joncs et marais : notre race est détruite.

Bientôt on la verra réduite

A l'eau du Styx. Pour un pauvre Animal,

Grenouilles, à mon sens, ne raisonnaient pas mal.

Par bernard.kuchukian le 28/12/10
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La préférée du C.N.B. avec un gout d'envie.

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L'Ane d'un Jardinier se plaignait au destin

De ce qu'on le faisait lever devant l'Aurore.

Les Coqs, lui disait-il, ont beau chanter matin;

Je suis plus matineux encor.

Et pourquoi? Pour porter des herbes au marché.

Belle nécessité d'interrompre mon somme!

Le sort de sa plainte touché

Lui donne un autre Maître; et l'Animal de somme

Passe du Jardinier aux mains d'un Corroyeur.

La pesanteur des peaux, et leur mauvaise odeur

Eurent bientôt choqué l'impertinente Bête.

J'ai regret, disait-il, à mon premier Seigneur.

Encor quand il tournait la tête,

J'attrapais, s'il m'en souvient bien,

Quelque morceau de chou qui ne me coûtait rien.

Mais ici point d'aubaine ; ou, si j'en ai quelqu'une,

C'est de coups. Il obtint changement de fortune,

Et sur l'état d'un Charbonnier

Il fut couché tout le dernier.

Autre plainte. Quoi donc! dit le Sort en colère,

Ce Baudet-ci m'occupe autant

Que cent Monarques pourraient faire.

Croit-il être le seul qui ne soit pas content?

N'ai-je en l'esprit que son affaire?

Le Sort avait raison; tous gens sont ainsi faits :

Notre condition jamais ne nous contente :

La pire est toujours la présente.

Nous fatiguons le Ciel à force de placets.

Qu'à chacun Jupiter accorde sa requête,

Nous lui romprons encor la tête.

Par bernard.kuchukian le 28/12/10
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Est-on sur que cette fable soit toujours d'actualité, par exemple dans notre profession ? C'est en tout cas le point d'orgue des mises en ligne de celles de l'immense fabuliste. Je ne sais pas.

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Rien ne sert de courir; il faut partir à point.

Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.

Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point

Sitôt que moi ce but. - Sitôt? Etes-vous sage?

Repartit l'animal léger.

Ma commère, il vous faut purger

Avec quatre grains d'ellébore.

- Sage ou non, je parie encore.

Ainsi fut fait : et de tous deux

On mit près du but les enjeux :

Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,

Ni de quel juge l'on convint.

Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire;

J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint

Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes,

Et leur fait arpenter les landes.

Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,

Pour dormir, et pour écouter

D'où vient le vent, il laisse la Tortue

Aller son train de Sénateur.

Elle part, elle s'évertue;

Elle se hâte avec lenteur.

Lui cependant méprise une telle victoire,

Tient la gageure à peu de gloire,

Croit qu'il y va de son honneur

De partir tard. Il broute, il se repose,

Il s'amuse à toute autre chose

Qu'à la gageure. A la fin quand il vit

Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,

Il partit comme un trait; mais les élans qu'il fit

Furent vains : la Tortue arriva la première.

Eh bien! lui cria-t-elle, avais-je pas raison?

De quoi vous sert votre vitesse?

Moi, l'emporter! et que serait-ce

Si vous portiez une maison?

Par bernard.kuchukian le 28/12/10
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Mon préféré, celui qu'on ne connait pas, l'homme d'affaires, pas toujours bien honnetes:

Lettre d'Aden, aux siens, du 30 décembre 1884, par l'intermédiaire de ses agents maritimes à Marseille, Mazeran, Viannay et Bardey:

Je crois qu'aucune nation n'a une politique coloniale aussi inepte que la France. Si l'Angleterre commet des fautes et fait des frais, elle a au moins des intérets sérieux et des perpectives importantes. Mais nul pouvoir ne sait gacher son argent, en pure perte, dans des endroits impossibles, comme le fait la France.

Mais aussi le poète maudit, une jambe en moins, un cancer généralisé, sur son lit de mort à l'hopital de la Conception à Marseille.

Extrait d'Illuminations:

J'ai tendu des cordes de clocher à clocher; des guirlandes de fenetre à fenetre; des chaines d'or d'étoile à étoile, et je danse.

Par bernard.kuchukian le 28/12/10
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Petite fable à l'attention de cette grande partie de notre profession qui cultive l'immodestie ...

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Dans le cristal d'une fontaine

Un Cerf se mirant autrefois

Louait la beauté de son bois,

Et ne pouvait qu'avecque peine

Souffrir ses jambes de fuseaux,

Dont il voyait l'objet se perdre dans les eaux.

Quelle proportion de mes pieds à ma tête!

Disait-il en voyant leur ombre avec douleur :

Des taillis les plus hauts mon front atteint le faîte;

Mes pieds ne me font point d'honneur.

Tout en parlant de la sorte,

Un Limier le fait partir;

Il tâche à se garantir;

Dans les forêts il s'emporte.

Son bois, dommageable ornement,

L'arrêtant à chaque moment,

Nuit à l'office que lui rendent

Ses pieds, de qui ses jours dépendent.

Il se dédit alors, et maudit les présents

Que le Ciel lui fait tous les ans.

Nous faisons cas du beau, nous méprisons l'utile;

Et le beau souvent nous détruit.

Ce Cerf blâme ses pieds qui le rendent agile;

Il estime un bois qui lui nuit.