bernard.kuchukian

Par bernard.kuchukian le 21/12/10
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Il ne se faut jamais moquer des misérables :

Car qui peut s'assurer d'être toujours heureux?

Le sage Esope dans ses Fables

Nous en donne un exemple ou deux.

Celui qu'en ces Vers je propose,

Et les siens, ce sont même chose.

Le Lièvre et la Perdrix, concitoyens d'un champ,

Vivaient dans un état, ce semble, assez tranquille,

Quand une Meute s'approchant

Oblige le premier à chercher un asile.

Il s'enfuit dans son fort, met les chiens en défaut,

Sans même en excepter Briffaut.

Enfin il se trahit lui-même.

Par les esprits sortants de son corps échauffé.

Miraut sur leur odeur ayant philosophé

Conclut que c'est son Lièvre, et d'une ardeur extrême

Il le pousse, et Rustaut, qui n'a jamais menti,

Dit que le Lièvre est reparti.

Le pauvre malheureux vient mourir à son gîte.

La Perdrix le raille, et lui dit :

Tu te vantais d'être si vite :

Qu'as-tu fait de tes pieds? Au moment qu'elle rit,

Son tour vient; on la trouve. Elle croit que ses ailes

La sauront garantir à toute extrémité;

Mais la pauvrette avait compté

Sans l'Autour aux serres cruelles.

Par bernard.kuchukian le 21/12/10
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On conte qu'un serpent voisin d'un Horloger

(C'était pour l'Horloger un mauvais voisinage),

Entra dans sa boutique, et cherchant à manger

N'y rencontra pour tout potage

Qu'une Lime d'acier qu'il se mit à ronger.

Cette Lime lui dit, sans se mettre en colère :

Pauvre ignorant! et que prétends-tu faire?

Tu te prends à plus dur que toi.

Petit Serpent à tête folle,

Plutôt que d'emporter de moi

Seulement le quart d'une obole,

Tu te romprais toutes les dents.

Je ne crains que celles du temps.

Ceci s'adresse à vous, esprits du dernier ordre,

Qui n'étant bons à rien cherchez sur tout à mordre.

Vous vous tourmentez vainement.

Croyez-vous que vos dents impriment leurs outrages

Sur tant de beaux ouvrages?

Ils sont pour vous d'airain, d'acier, de diamant.

Par bernard.kuchukian le 21/12/10
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Un Cerf, à la faveur d'une Vigne fort haute

Et telle qu'on en voit en de certains climats,

S'étant mis à couvert et sauvé du trépas.

Les Veneurs pour ce coup croyaient leurs chiens en faute.

Ils les rappellent donc. Le Cerf hors de danger

Broute sa bienfaitrice, ingratitude extrême!

On l'entend, on retourne, on le fait déloger,

Il vient mourir en ce lieu même.

J'ai mérité, dit-il, ce juste châtiment :

Profitez-en, ingrats. Il tombe en ce moment.

La Meute en fait curée. Il lui fut inutile

De pleurer aux Veneurs à sa mort arrivés.

Vraie image de ceux qui profanent l'asile

Qui les a conservés.

Par bernard.kuchukian le 20/12/10
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Un Baudet, chargé de Reliques,

S'imagina qu'on l'adorait.

Dans ce penser il se carrait,

Recevant comme siens l'Encens et les Cantiques.

Quelqu'un vit l'erreur, et lui dit :

Maître Baudet, ôtez-vous de l'esprit

Une vanité si folle.

Ce n'est pas vous, c'est l'Idole

A qui cet honneur se rend,

Et que la gloire en est due.

D'un Magistrat ignorant

C'est la Robe qu'on salue.

Par bernard.kuchukian le 20/12/10
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L'avarice perd tout en voulant tout gagner.

Je ne veux, pour le témoigner,

Que celui dont la Poule, à ce que dit la Fable,

Pondait tous les jours un oeuf d'or.

Il crut que dans son corps elle avait un trésor.

Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable

A celles dont les oeufs ne lui rapportaient rien,

S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.

Belle leçon pour les gens chiches :

Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus

Qui du soir au matin sont pauvres devenus

Pour vouloir trop tôt être riches?

Par bernard.kuchukian le 20/12/10
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Le Médecin Tant-pis allait voir un malade

Que visitait aussi son confrère Tant-mieux;

Ce dernier espérait, quoique son camarade

Soutînt que le gisant irait voir ses aïeux.

Tous deux s'étant trouvés différents pour la cure,

Leur malade paya le tribut à Nature,

Après qu'en ses conseils Tant-pis eut été cru.

Ils triomphaient encor sur cette maladie.

L'un disait : il est mort, je l'avais bien prévu.

- S'il m'eût cru, disait l'autre, il serait plein de vie

Par bernard.kuchukian le 20/12/10
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Sur le bord d'un puits très profond

Dormait étendu de son long

Un Enfant alors dans ses classes.

Tout est aux Ecoliers couchette et matelas.

Un honnête homme en pareil cas

Aurait fait un saut de vingt brasses.

Près de là tout heureusement

La Fortune passa, l'éveilla doucement,

Lui disant : Mon mignon, je vous sauve la vie.

Soyez une autre fois plus sage, je vous prie.

Si vous fussiez tombé, l'on s'en fût pris à moi;

Cependant c'était votre faute.

Je vous demande, en bonne foi,

Si cette imprudence si haute

Provient de mon caprice. Elle part à ces mots.

Pour moi, j'approuve son propos.

Il n'arrive rien dans le monde

Qu'il ne faille qu'elle en réponde.

Nous la faisons de tous Echos.

Elle est prise à garant de toutes aventures.

Est-on sot, étourdi, prend-on mal ses mesures;

On pense en être quitte en accusant son sort :

Bref la Fortune a toujours tort.

Par bernard.kuchukian le 20/12/10
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Une Montagne en mal d'enfant

Jetait une clameur si haute,

Que chacun au bruit accourant

Crut qu'elle accoucherait, sans faute,

D'une Cité plus grosse que Paris :

Elle accoucha d'une Souris.

Quand je songe à cette Fable

Dont le récit est menteur

Et le sens est véritable,

Je me figure un Auteur

Qui dit : Je chanterai la guerre

Que firent les Titans au Maître du tonnerre.

C'est promettre beaucoup : mais qu'en sort-il souvent?

Du vent.

Par bernard.kuchukian le 20/12/10
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Travaillez, prenez de la peine :

C'est le fonds qui manque le moins.

Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine,

Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.

Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage

Que nous ont laissé nos parents.

Un trésor est caché dedans.

Je ne sais pas l'endroit; mais un peu de courage

Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout.

Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'Oût.

Creusez, fouiller, bêchez; ne laissez nulle place

Où la main ne passe et repasse.

Le père mort, les fils vous retournent le champ

Deçà, delà, partout; si bien qu'au bout de l'an

Il en rapporta davantage.

D'argent, point de caché. Mais le père fut sage

De leur montrer avant sa mort

Que le travail est un trésor.

Par bernard.kuchukian le 20/12/10
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Un certain Loup, dans la saison

Que les tièdes Zéphyrs ont l'herbe rajeunie,

Et que les animaux quittent tous la maison,

Pour s'en aller chercher leur vie;

Un loup, dis-je, au sortir des rigueurs de l'Hiver,

Aperçut un Cheval qu'on avait mis au vert.

Je laisse à penser quelle joie!

Bonne chasse, dit-il, qui l'aurait à son croc.

Eh! que n'es-tu Mouton? car tu me serais hoc :

Au lieu qu'il faut ruser pour avoir cette proie.

Rusons donc. Ainsi dit, il vient à pas comptés,

Se dit Ecolier d'Hippocrate;

Qu'il connaît les vertus et les propriétés

De tous les Simples de ces prés,

Qu'il sait guérir, sans qu'il se flatte,

Toutes sortes de maux. Si Dom Coursier voulait

Ne point celer sa maladie,

Lui Loup gratis le guérirait.

Car le voir en cette prairie

Paître ainsi sans être lié

Témoignait quelque mal, selon la Médecine.

J'ai, dit la Bête chevaline,

Une apostume sous le pied.

- Mon fils, dit le docteur, il n'est point de partie

Susceptible de tant de maux.

J'ai l'honneur de servir Nosseigneurs les Chevaux,

Et fais aussi la Chirurgie.

Mon galand ne songeait qu'à bien prendre son temps,

Afin de happer son malade.

L'autre qui s'en doutait lui lâche une ruade,

Qui vous lui met en marmelade

Les mandibules et les dents.

C'est bien fait, dit le Loup en soi-même fort triste;

Chacun à son métier doit toujours s'attacher.

Tu veux faire ici l'Arboriste,

Et ne fus jamais que Boucher.