bernard.kuchukian

Par bernard.kuchukian le 19/12/10
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Les Grands, pour la plupart, sont masques de théâtre;

Leur apparence impose au vulgaire idolâtre.

L'Ane n'en sait juger que par ce qu'il en voit.

Le Renard au contraire à fond les examine,

Les tourne de tout sens; et quand il s'aperçoit

Que leur fait n'est que bonne mine,

Il leur applique un mot qu'un Buste de Héros

Lui fit dire fort à propos.

C'était un Buste creux, et plus grand que nature.

Le Renard, en louant l'effort de la sculpture :

Belle tête, dit-il; mais de cervelle point.

Combien de grands Seigneurs sont Bustes en ce point?

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Mon commentaire. Celle-ci me fait immanquablement penser à une véritable histoire ordinale.

Je la tiens de témoins directs, et son auteur, mon ami, devenu plus tard un grand batonnier (1), me l'a confirmée.

On rapporte ainsi qu'à la fin du batonnat d'un mauvais batonnier, mais présentant admirablement, on aurait fait un tour de table pour commenter les deux ans passés. Et n'ayant rien trouvé de mieux, il a été dit: "bon, il était bien coiffé". Ou "bon, il a un bon coiffeur". Les deux sont exacts et se valent.

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(1) Vu ce qui lui reste sur la tete, il aurait eu du mal.

Ce qui compte, c'est ce qu'on a dans la tete, pas sur la tete.

Par bernard.kuchukian le 19/12/10
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De tout temps les Chevaux ne sont nés pour les hommes.

Lorsque le genre humain de gland se contentait,

Ane, Cheval, et Mule, aux forêts habitait;

Et l'on ne voyait point, comme au siècle où nous sommes,

Tant de selles et tant de bâts,

Tant de harnois pour les combats,

Tant de chaises, tant de carrosses,

Comme aussi ne voyait-on pas

Tant de festins et tant de noces.

Or un Cheval eut alors différent

Avec un Cerf plein de vitesse,

Et ne pouvant l'attraper en courant,

Il eut recours à l'Homme, implora son adresse.

L'Homme lui mit un frein, lui sauta sur le dos,

Ne lui donna point de repos

Que le Cerf ne fût pris, et n'y laissât la vie;

Et cela fait, le Cheval remercie

L'Homme son bienfaiteur, disant : Je suis à vous;

Adieu. Je m'en retourne en mon séjour sauvage.

- Non pas cela, dit l'Homme; il fait meilleur chez nous :

Je vois trop quel est votre usage.

Demeurez donc; vous serez bien traité.

Et jusqu'au ventre en la litière.

Hélas! que sert la bonne chère

Quand on n'a pas la liberté?

Le Cheval s'aperçut qu'il avait fait folie;

Mais il n'était plus temps : déjà son écurie

Etait prête et toute bâtie.

Il y mourut en traînant son lien.

Sage s'il eût remis une légère offense.

Quel que soit le plaisir que cause la vengeance,

C'est l'acheter trop cher, que l'acheter d'un bien

Sans qui les autres ne sont rien.

Par bernard.kuchukian le 19/12/10
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De tout temps les Chevaux ne sont nés pour les hommes.

Lorsque le genre humain de gland se contentait,

Ane, Cheval, et Mule, aux forêts habitait;

Et l'on ne voyait point, comme au siècle où nous sommes,

Tant de selles et tant de bâts,

Tant de harnois pour les combats,

Tant de chaises, tant de carrosses,

Comme aussi ne voyait-on pas

Tant de festins et tant de noces.

Or un Cheval eut alors différent

Avec un Cerf plein de vitesse,

Et ne pouvant l'attraper en courant,

Il eut recours à l'Homme, implora son adresse.

L'Homme lui mit un frein, lui sauta sur le dos,

Ne lui donna point de repos

Que le Cerf ne fût pris, et n'y laissât la vie;

Et cela fait, le Cheval remercie

L'Homme son bienfaiteur, disant : Je suis à vous;

Adieu. Je m'en retourne en mon séjour sauvage.

- Non pas cela, dit l'Homme; il fait meilleur chez nous :

Je vois trop quel est votre usage.

Demeurez donc; vous serez bien traité.

Et jusqu'au ventre en la litière.

Hélas! que sert la bonne chère

Quand on n'a pas la liberté?

Le Cheval s'aperçut qu'il avait fait folie;

Mais il n'était plus temps : déjà son écurie

Etait prête et toute bâtie.

Il y mourut en traînant son lien.

Sage s'il eût remis une légère offense.

Quel que soit le plaisir que cause la vengeance,

C'est l'acheter trop cher, que l'acheter d'un bien

Sans qui les autres ne sont rien.

Par bernard.kuchukian le 19/12/10
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Une Fable avait cours parmi l'antiquité,

Et la raison ne m'en est pas connue.

Que le Lecteur en tire une moralité.

Voici la Fable toute nue.

La Renommée ayant dit en cent lieux

Qu'un fils de Jupiter, un certain Alexandre,

Ne voulant rien laisser de libre sous les Cieux,

Commandait que sans plus attendre,

Tout peuple à ses pieds s'allât rendre,

Quadrupèdes, Humains, Eléphants, Vermisseaux,

Les Républiques des Oiseaux;

La Déesse aux cent bouches, dis-je,

Ayant mis partout la terreur

En publiant l'Edit du nouvel Empereur,

Les Animaux, et toute espèce lige

De son seul appétit, crurent que cette fois

Il fallait subir d'autres lois.

On s'assemble au désert. Tous quittent leur tanière.

Après divers avis, on résout, on conclut

D'envoyer hommage et tribut.

Pour l'hommage et pour la manière,

Le Singe en fut chargé : l'on lui mit par écrit

Ce que l'on voulait qui fût dit.

Le seul tribut les tint en peine.

Car que donner? il fallait de l'argent.

On en prit d'un Prince obligeant,

Qui possédant dans son domaine

Des mines d'or fournit ce qu'on voulut.

Comme il fut question de porter ce tribut,

Le Mulet et l'Ane s'offrirent,

Assistés du Cheval ainsi que du Chameau.

Tous quatre en chemin ils se mirent,

Avec le Singe, Ambassadeur nouveau.

La Caravane enfin rencontre en un passage

Monseigneur le Lion. Cela ne leur plut point.

Nous nous rencontrons tout à point,

Dit-il, et nous voici compagnons de voyage.

J'allais offrir mon fait à part;

Mais bien qu'il soit léger, tout fardeau m'embarrasse.

Obligez-moi de me faire la grâce

Que d'en porter chacun un quart.

Ce ne vous sera pas une charge trop grande,

Et j'en serai plus libre, et bien plus en état,

En cas que les Voleurs attaquent notre bande,

Et que l'on en vienne au combat.

Econduire un Lion rarement se pratique.

Le voilà donc admis, soulagé, bien reçu,

Et, malgré le Héros de Jupiter issu,

Faisant chère et vivant sur la bourse publique.

Ils arrivèrent dans un pré

Tout bordé de ruisseaux, de fleurs tout diapré,

Où maint Mouton cherchait sa vie :

Séjour du frais, véritable partie

Des Zéphirs. Le Lion n'y fut pas, qu'à ces gens

Il se plaignit d'être malade.

Continuez votre Ambassade,

Dit-il; je sens un feu qui me brûle au dedans,

Et veux chercher ici quelque herbe salutaire.

Pour vous, ne perdez point de temps :

Rendez-moi mon argent, j'en puis avoir affaire.

On déballe ; et d'abord le Lion s'écria,

D'un ton qui témoignait sa joie :

Que de filles, ô Dieux, mes pièces de monnoie

Ont produites! Voyez ; la plupart sont déjà

Aussi grandes que leurs mères.

Le croît m'en appartient. Il prit tout là-dessus;

Ou bien s'il ne prit tout, il n'en demeura guères.

Le Singe et les sommiers confus,

Sans oser répliquer, en chemin se remirent.

Au fils de Jupiter on dit qu'ils se plaignirent,

Et n'en eurent point de raison.

Qu'eût-il fait? C'eût été Lion contre Lion;

Et le proverbe dit : Corsaires à Corsaires,

L'un l'autre s'attaquant, ne font pas leurs affaires.

Par bernard.kuchukian le 19/12/10
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Tel, comme dit Merlin, cuide engeigner autrui,

Qui souvent s'engeigne soi-même.

J'ai regret que ce mot soit trop vieux aujourd'hui :

Il m'a toujours semblé d'une énergie extrême.

Mais afin d'en venir au dessein que j'ai pris,

Un rat plein d'embonpoint, gras, et des mieux nourris,

Et qui ne connaissait l'Avent ni le Carême,

Sur le bord d'un marais égayait ses esprits.

Une Grenouille approche, et lui dit en sa langue :

Venez me voir chez moi, je vous ferai festin.

Messire Rat promit soudain :

Il n'était pas besoin de plus longue harangue.

Elle allégua pourtant les délices du bain,

La curiosité, le plaisir du voyage,

Cent raretés à voir le long du marécage :

Un jour il conterait à ses petits-enfants

Les beautés de ces lieux, les moeurs des habitants,

Et le gouvernement de la chose publique

Aquatique.

Un point sans plus tenait le galand empêché :

Il nageait quelque peu; mais il fallait de l'aide.

La Grenouille à cela trouve un très bon remède :

Le Rat fut à son pied par la patte attaché;

Un brinc de jonc en fit l'affaire.

Dans le marais entrés, notre bonne commère

S'efforce de tirer son hôte au fond de l'eau,

Contre le droit des gens, contre la foi jurée;

Prétend qu'elle en fera gorge-chaude et curée;

(C'était, à son avis, un excellent morceau.)

Déjà dans son esprit la galande le croque.

Il atteste les Dieux; la perfide s'en moque.

Il résiste; elle tire. En ce combat nouveau,

Un Milan qui dans l'air planait, faisait la ronde,

Voit d'en haut le pauvret se débattant sur l'onde.

Il fond dessus, l'enlève, et, par même moyen

La Grenouille et le lien.

Tout en fut; tant et si bien,

Que de cette double proie

L'oiseau se donne au coeur joie,

Ayant de cette façon

A souper chair et poisson.

La ruse la mieux ourdie

Peut nuire à son inventeur;

Et souvent la perfidie

Retourne sur son auteur.

Par bernard.kuchukian le 19/12/10
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Le premier qui vit un Chameau

S'enfuit à cet objet nouveau;

Le second approcha; le troisième osa faire

Un licou pour le Dromadaire.

L'accoutumance ainsi nous rend tout familier.

Ce qui nous paraissait terrible et singulier

S'apprivoise avec notre vue,

Quand ce vient à la continue.

Et puisque nous voici tombés sur ce sujet,

On avait mis des gens au guet,

Qui voyant sur les eaux de loin certain objet,

Ne purent s'empêcher de dire

Que c'était un puissant navire.

Quelques moments après, l'objet devient brûlot,

Et puis nacelle, et puis ballot,

Enfin bâtons flottants sur l'onde.

J'en sais beaucoup de par le monde

A qui ceci conviendrait bien :

De loin c'est quelque chose, et de près ce n'est rien.

Par bernard.kuchukian le 19/12/10
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Un Paon muait; un Geai prit son plumage;

Puis après se l'accommoda;

Puis parmi d'autres Paons tout fier se panada,

Croyant être un beau personnage.

Quelqu'un le reconnut : il se vit bafoué,

Berné, sifflé, moqué, joué,

Et par Messieurs les Paons plumé d'étrange sorte;

Même vers ses pareils s'étant réfugié,

Il fut par eux mis à la porte.

Il est assez de geais à deux pieds comme lui,

Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui,

Et que l'on nomme plagiaires.

Je m'en tais; et ne veux leur causer nul ennui :

Ce ne sont pas là mes affaires.

Par bernard.kuchukian le 19/12/10
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Certain Païen chez lui gardait un Dieu de bois,

De ces Dieux qui sont sourds, bien qu'ayants des oreilles.

Le païen cependant s'en promettait merveilles.

Il lui coûtait autant que trois.

Ce n'étaient que voeux et qu'offrandes,

Sacrifices de boeufs couronnés de guirlandes.

Jamais Idole, quel qu'il fût,

N'avait eu cuisine si grasse,

Sans que pour tout ce culte à son hôte il échût

Succession, trésor, gain au jeu, nulle grâce.

Bien plus, si pour un sou d'orage en quelque endroit

S'amassait d'une ou d'autre sorte,

L'homme en avait sa part, et sa bourse en souffrait.

La pitance du Dieu n'en était pas moins forte.

A la fin, se fâchant de n'en obtenir rien,

Il vous prend un levier, met en pièces l'Idole,

Le trouve rempli d'or : Quand je t'ai fait du bien,

M'as-tu valu, dit-il, seulement une obole?

Va, sors de mon logis : cherche d'autres autels.

Tu ressembles aux naturels

Malheureux, grossiers et stupides :

On n'en peut rien tirer qu'avecque le bâton.

Plus je te remplissais, plus mes mains étaient vides :

J'ai bien fait de changer de ton.

Par bernard.kuchukian le 19/12/10
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C'était chez les Grecs un usage

Que sur la mer tous voyageurs

Menaient avec eux en voyage

Singes et Chiens de Bateleurs.

Un Navire en cet équipage

Non loin d'Athènes fit naufrage,

Sans les Dauphins tout eût péri.

Cet animal est fort ami

De notre espèce : en son histoire

Pline le dit, il le faut croire.

Il sauva donc tout ce qu'il put.

Même un Singe en cette occurrence,

Profitant de la ressemblance,

Lui pensa devoir son salut.

Un Dauphin le prit pour un homme,

Et sur son dos le fit asseoir

Si gravement qu'on eût cru voir

Ce chanteur que tant on renomme.

Le Dauphin l'allait mettre à bord,

Quand, par hasard, il lui demande :

Etes-vous d'Athènes la grande?

- Oui, dit l'autre, on m'y connaît fort;

S'il vous y survient quelque affaire,

Employez-moi; car mes parents

Y tiennent tous les premiers rangs :

Un mien cousin est Juge-Maire.

Le Dauphin dit : Bien grand merci :

Et le Pirée a part aussi

A l'honneur de votre présence?

Vous le voyez souvent? je pense.

- Tous les jours : il est mon ami,

C'est une vieille connaissance.

Notre Magot prit, pour ce coup,

Le nom d'un port pour un nom d'homme.

De telles gens il est beaucoup

Qui prendraient Vaugirard pour Rome,

Et qui, caquetants au plus dru,

Parlent de tout, et n'ont rien vu.

Le Dauphin rit, tourne la tête,

Et, le Magot considéré,

Il s'aperçoit qu'il n'a tiré

Du fond des eaux rien qu'une bête.

Il l'y replonge, et va trouver

Quelque homme afin de le sauver.

Par bernard.kuchukian le 19/12/10
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La nation des Belettes,

Non plus que celle des Chats,

Ne veut aucun bien aux Rats;

Et sans les portes étrètes

De leurs habitations,

L'animal à longue échine

En ferait, je m'imagine,

De grandes destructions.

Or une certaine année

Qu'il en était à foison

Leur Roi, nommé Ratapon,

Mit en campagne une armée.

Les Belettes, de leur part

Déployèrent l'étendard.

Si l'on croit la renommée,

La Victoire balança :

Plus d'un guéret s'engraissa

Du sang de plus d'une bande.

Mais la perte la plus grande

Tomba presque en tous endroits

Sur le peuple Souriquois.

Sa déroute fut entière,

Quoi que pût faire Artarpax,

Psicarpax, Méridarpax,

Qui, tout couverts de poussière,

Soutinrent assez longtemps

Les efforts des combattants.

Leur résistance fut vaine :

Il fallut céder au sort :

Chacun s'enfuit au plus fort,

Tant Soldat que Capitaine.

Les Princes périrent tous.

La racaille, dans des trous

Trouvant sa retraite prête,

Se sauva sans grand travail.

Mais les Seigneurs sur leur tête

Ayant chacun un plumail,

Des cornes ou des aigrettes,

Soit comme marques d'honneur,

Soit afin que les Belettes

En conçussent plus de peur :

Cela causa leur malheur.

Trou, ni fente, ni crevasse

Ne fut large assez pour eux,

Au lieu que la populace

Entrait dans les moindres creux.

La principale jonchée

Fut donc des principaux Rats.

Une tête empanachée

N'est pas petit embarras.

Le trop superbe équipage

Peut souvent en un passage

Causer du retardement.

Les petits, en toute affaire

Esquivent fort aisément;

Les grands ne le peuvent faire.

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Question: cherchez qui pourraient etre les rats, d'une part, les belettes, de l'autre, dans les profession du droit ?