Par bernard.kuchukian le 24/02/19

Je suis l’actualité algérienne, c’est normal, je suis Algérois, donc Algérien de naissance, au temps où c’était là bas,  la France, comme la Bretagne ou la Provence en sont encore  une partie.

Je suis même de Bab el Oued, l’un des deux quartiers populaires de la ville, l’autre étant celui de Belcourt.

Ce dernier  d’où venait Albert Camus,  exactement  rue de Lyon, devenue  la  rue Belouizdad Mohamed, lui  qui fit ses études au Lycée Bugeaud, devenu émir Abdelkader, à l’entrée de Bab el Oued.  Et Belcourt est devenue Belouizdad.  

Frénésie des changements de noms. Dire qu’il n’y  a même pas une ruelle Camus à Alger. J’imagine même que la toute petite rue  Maxime Noiré, du nom de mon arrière grand père,  célèbre peintre orientaliste algérien, qui avait son atelier à Bab el Oued, a du elle aussi etre débaptisée. Pourtant, il avait été pensionnaire de la célèbre et superbe Villa Abdeltif, magnifique résidence ottomane, dont j’ai vu récemment à la télévision algérienne (dont les studios du boulevard Bru sont tout à coté) qu’elle a enfin été restaurée.

Même l’avenue des Consulats,  où je suis né, des consulats parce que du temps des Ottomans, elle accueillait quelques consuls  dans l’artère menant au palais d’été du dey d’         Alger, ce qui n’avait donc rien à voir avec la conquête française, a changé de nom aussi.

Frénésie des changements de noms. Au bout de ma rue, l’hôpital Maillot, installé dans les jardins de l’ancien palais du dey turc, où il m’est arrivé de jouer quand j’étais gamin, Maillot du nom de ce grand médecin qui allait, par ses travaux,  éradiquer le choléra en Algérie. Plus tard c’est Laveran qui reçut le prix Nobel, a été changé en je ne sais plus trop quoi. Finalement, quelques uns sont restés lucides, et on a transigé. L’hôpital Maillot est devenu le Centre hospitalier universitaire de Bab el Oued. Le pendant de celui de Mustapha. Tiens, justement à l’opposé de la ville, à coté de Belcourt.   C’est demi-mal.

Je reste meurtri,  comme tous les pieds noirs, de la fin de l’Algérie française.  On me  regarde d’ailleurs  bizarrement, avec mépris, condescendance, ignorance, haine.

Mais bientôt nous ne serons plus qu’une poignée, plus personne n’en parlera.  Vous serez tranquilles.

Je lis quelquefois des commentaires d’Arabes ou de Kabyles, dont celui-ci : sans les pieds noirs, le pays ne serait guère plus évolué que le Yémen. Et c’est vrai.

J’ai aussi  peur de la masse algérienne, et de son déferlement sur la France.

Je ne suis pas le premier : Charles de Gaulle, lui-même, qu’à onze ans par mes cris d’enfant,   joints à ceux de mes parents et de tous les pieds noirs sur le forum d’Alger le 13 mai 1958, je fus l’imbécile complice du retour au pouvoir,  lui qui a trahi les pieds noirs,  l’avait parfaitement vu  et apprécié à l’avance. On sait ses entretiens sur le sujet avec notre idole du temps, Jacques Soustelle. Son seul reproche est celui de ne pas nous l’avoir dit franchement, honnêtement, en avançant la vérité. L’argument de la race et de la religion. Le ventre des femmes et l’islam.

Je suis l’actualité de l’élection présidentielle algérienne. Les constitutionnalistes algériens ont réussi l’exploit de présenter une momie à l’élection. Une momie dont tout le monde sait et voit bien  ce qu’elle est et que le pouvoir n’est pas entre ses mains.

Alors, je lis avec gourmandise que les Algériens descendent maintenant dans les rues pour protester.  Je ne sais pas où ça va aller. Ils me font penser d’abord à nos  gilets jaunes.

Oui, mais, au niveau de l’Algérie, les gilets jaunes ont été les pieds noirs quand ils manifestaient,  mais en vain pour rester sur la terre forgée par leurs ancêtres, les miens. 

On espère tout au plus que l’armée algérienne ne va pas tirer sur les manifestants, Algériens par définition,  comme l’avait fait l’armée française en 1962 d’abord sur  les Français de Bab el Oued (j’y étais) et ensuite à la tuerie du 26 mars de la Grande Poste.

Gourmandise, nostalgie,  révolte et peur.

Par bernard.kuchukian le 14/10/18

Ce billet est,  entre autres,  dédié,  à  Jean-Claude COHADE, industriel algérois, qui a présidé,  un temps,  le Tribunal de commerce de Marseille, un des derniers à comprendre de quoi on parle ici.

J’ai du faire des courses ce matin dans un super marché  Casino de Marseille.

Goguenard,  en me disant qu’ils seront bientôt repris par Carrefour, désabusé comme actionnaire de cette dernière, qui n’en finit pas d’essayer de  redresser surtout les comptes de ses dirigeants, pas ceux de ses actionnaires. Le sujet n’est pas là. Encore que, peut etre.

J’avais passé le rayon d’Orangina, née en Algérie française dans la famille Monserrat, désormais internationale en d’autres mains.

 Ca commençait bien. Ensuite, comme là bas, je suis tombé sur des mounas. Les mounas,  c’est espagnol, mallorquin aussi. Les Baléares, ma famille aussi, quoi. J’ai acheté bien sur.

Et puis un grand rayon hallal, en tète de gondole duquel il y avait des bouteilles de la  limonade Hamoud Boualem, et de ce soda à base de pommes, le Sélecto.

Voici qui ravivait mes souvenirs  et papilles d’enfance à Bab el Oued. Parce que j’y buvais déjà outre Orangina,  Hamoud Boualem, je n’aimais pas le Sélecto.

D’un peu plus près, je me suis aperçu que ces deux derniers produits étaient désormais fabriqués  dans la Loire, sous autorisation de la société  de famille algérienne (créée en 1878,  S.V.P.).

La famille,  parce qu’elle avait un peu fricoté avec le F.L.N.,  pas comme celle de Mustapha Tamzali, les producteurs d’huile d’olive, a  pu garder ses usines en Algérie.

Simplement  son siège social est passé du quartier d’Alger appelé  Belcourt à Belouizdad, c’est exactement  pareil, car le second étant le nom désormais arabe du premier

Moi,  né à Bab el Oued, dont le nom était déjà arabe (la porte de la rivière). Albert CAMUS, non,  lui de Belcourt, celle-ci à qui on aurait peut etre pu donner le nom d’un prix Nobel de littérature, et   qui a désormais  pris le nom de famille arabe d’un fellagha célèbre. Bref, c’était déjà moins bien, sauf que j’ai évidemment acheté Hamoud Boualem.

La suite du rayon,  c’était tout hallal, y compris des aliments bébé hallal. Et puis quoi encore ?

Là, je me suis dit qu’on n’était plus dans la limonade, mais dans l’histoire future de la France algérienne. Qu’heureusement, je ne verrai pas.

En attendant, sauf à trouver un super marché arménien avec du soudjouk (je déteste),  des beureks (j’adore), et des moules farcies aux pignons (un régal), je vais changer de supermarché, et vérifier chez Carrefour et  aussi l’allemand Lidl. Dans ce dernier,  je risque d’avoir du turc. Pas mieux.

 

Par bernard.kuchukian le 05/09/18

Voici que les évènements  se sont apparemment calmés dans l’épidémie de choléra en Algérie ; les journalistes ont été priés de la fermer, on est passé à autre chose, et on ne nous a pas même dit que désormais,  le président algérien ne se fait plus soigner en France. Il est passé de Paris à Grenoble,  puis maintenant en Suisse (information d’un journal congolais en ligne sur  Internet).

Voici,  j’ouvre à nouveau certainement le plus beau livre écrit sur les Pieds-noirs,  par finalement le plus grand d’entre nous, Albert CAMUS. 

Et son  prix Nobel de littérature en 1957 ne l’a pas empêché de dire dans sa déclaration d’Oslo qu’entre la justice et sa mère, il choisissait sa mère.

Il est mort trop tôt pour éviter la honte de 1962.

Dans la Facel-Vega tombeau  de son éditeur Michel GALLIMARD,  qui a dérapé en 1960,  il a été,  lui,  tué sur le coup, l’éditeur le lendemain ou le surlendemain.

On alors trouvé dans l’automobile  accidentée les feuillets d’un  manuscrit inachevé, « Le premier homme »,  dont il était en train de terminer la rédaction. C'est le recit de sa naissance et de sa jeunesse à ALGER, entre Belcourt où il demeurait, et,  Bab-el-Oued où  je suis né et où était le Lycée Bugeaud, les deux quartiers les plus populaires  de la ville.

Longtemps, il sera resté avant comme après sa mort le seul prix Nobel produit de ce lycée. Qui en aura un autre plus tard, COHEN-TANUGI.

Il faudra bien savoir pourquoi, un jour ou l’autre,   on a tant tardé à  publier, voici à peine quelques années,  à l’initiative de sa fille Catherine CAMUS (qui a été avocat à Paris, sauf erreur).

Voici quelques notes éparses qu’il avait écrites,  sur sa mère,  non encore directement  intégrées à l’ouvrage,  et qsuiy sont annexées par l’éditeur.

Feuillet  V:

« O mère, o tendre, enfant chéri, plus grande que le temps, plus grande que l’histoire qui te soumettait à elle, plus vraie que tout ce que j’ai aimé en ce monde, o mère, pardonne son fils d’avoir fuit la nuit de ta vérité ».

Et feuillet II,   

« « Un colon écrivait en 1869 à un avocat : »pour que l’Algérie résiste aux traitements de ses médecins, il faut qu’elle ait l’âme chevillée au corps » « ».

« « Sur 600 colons envoyés en 1831, 150 meurent sous les tentes. Le grand nombre d’orphelinats en Algérie tient à ça. » »

« A Boukarik, ils labourent avec le fusil à l’épaule et la quinine dans la poche. Il y a une figure de Boufarik. 19 %  de morts en 1839. La quinine est venue dans les cafés comme une consommation. » »

Et sur les Mahonnais (moi, je le suis pour  3/8èmes) :

« « Les Mahonnais qui débarquent en petites troupes avec la malle et les enfants. Leur parole vaut un écrit. (…) . Ils ont fait la richesse du littoral algérien ».

 

Et dire  que l’actuel président de la République a accusé les Pieds-noirs de crime contre l’humanité dans l’histoire de l’Algérie française

 

 

Par bernard.kuchukian le 29/08/18

Voici que le choléra est réapparu en Algérie, pour cause de saleté  et de désorganisation générale.

Souhaitons qu’elle ne nous soit pas exportée.

Le cœur de l’affaire est à BOUFARIK.

En est-on revenu à l’époque des premiers colons qui ont défriché et  assaini  la région il y a plus de 150 ans ? Et donc l’œuvre est désormais anéantie.

Je pense à la grand-mère maternelle de ma mère, Jeanne BOYER, cantinière,  justement à BOUFARIK,  originaire de Boulogne sur Gesse, épouse  d’un Irénée BéGUé, premier sapeur du génie, médaille militaire, originaire lui  de Gimont.

Elle avait eu le choléra, s’en était sortie, et était décédée à près de 80 ans.

Mais c’était au temps de l’Algérie française.

Par bernard.kuchukian le 23/06/18

J’ignorais que José CASTAGNO avait déjà écrit le billet qui suit. Je le reproduis sans rien y changer, tant tout y est vrai.

 

J’ajoute que j’avais alors 15 ans, et que j’habitais avec mes parents  au 5 avenue des Consulats, au cœur du quartier, dans l’artère qui desservait l’hôpital militaire MAILLOT. J’ai vécu cela. Tout cela. La honte de la France.

 

 

 

« Rien n’est jamais acquis. Tout est bataille. On nous le fait bien voir. Nous sommes gênants.

 

On nous efface. On a bâti une théorie du monde où nous n’avons pas de place. On nous verse dans le néant avec nos morts, nos espérances et nos souvenirs. » (Jean Brune)

 

Bab el Oued, mon paradis perdu (Gabriel Conessa).

     ___________________________________________________

 

« « Vendredi 23 Mars 1962, le général de Gaulle écrit à son premier ministre, Michel Debré, une brève missive :

 

"Mon cher Premier Ministre,

 

Tout doit être fait sur-le-champ pour briser et châtier l'action criminelle des bandes terroristes d'Alger et d'Oran. Pour cela, j'ai, sachez-le, entièrement confiance dans le gouvernement, dans le haut-commissaire de la République et dans les forces de l'ordre.

 

Veuillez le dire aux intéressés.

 

Bien cordialement. Charles de Gaulle."

 

Le jour même, la transmission et l'exécution de cet ordre sera chose faite.

 

Ce matin là, un camion militaire pénétra, à Alger, dans le quartier de Bab-el-Oued. Un commando de l'OAS arrêta le véhicule et demanda aux soldats de leur remettre leurs armes.

 

Soudain, parmi eux, un appelé musulman fit claquer sa culasse en armant son pistoletmitrailleur... et ce fut le drame. La fusillade éclata et pour la première fois dans cette guerre d'Algérie, des militaires et des civils allaient s'affronter directement.

 

L'irréparable était commis annihilant par là même tous les espoirs de voir l'armée se soulever à nouveau...

 

Aussitôt -et durant toute la journée- les forces militaires et de police affluèrent. Des milliers de soldats, gendarmes et C.R.S. encerclèrent le quartier. Des barrages de fils de fer barbelés furent dressés. Bab-el-Oued était isolée du reste du monde...

 

La Délégation Générale était en liesse. Le quartier serait privé de renforts et de ravitaillements. Enfin! le règlement de compte allait pouvoir avoir lieu! Bab-el-Oued, le symbole de la résistance en Algérie, allait recevoir le châtiment qu'elle méritait depuis longtemps déjà!...

 

Très vite cependant, les visages des responsables allaient changer d'expression. Loin d'être impressionnés par ce gigantesque déploiement de force, les commandos de l'OAS réagirent énergiquement. Ils se savaient pris au piège et leur résistance allait être farouche...

 

Face à 20.000 hommes, décidés à mettre au pas ce noyau rebelle, 150 hommes munis d'un armement hétéroclite mais connaissant admirablement chaque pouce de terrain et sachant pouvoir compter sur la complicité de l'habitant, allaient faire mieux que se défendre, à tel

point qu'ils allaient prendre l'initiative des opérations et faire reculer sous leurs coups de boutoir les forces de l'ordre.

 

Ailleret -qui depuis Juillet 1961, avait été nommé en remplacement de Gambiez fulminait.

 

Pour l'encourager dans sa fermeté, l'Elysée lui avait offert sa quatrième étoile. Son prestige était en jeu ainsi que celui de tous ses acolytes :

 

Fouchet -haut commissaire en Algérie, Morin -délégué général-, Vitalis Cros -préfet d'Alger-, Debrosse -commandant la gendarmerie mobile- et l'on décida alors de faire appel aux blindés et à l'aviation. Cette fois c'était l'engagement total.

 

Bab-el-Oued, la citadelle du patahouët, le quartier de la joie méditerranéenne et de la douceur de vivre, allait subir un terrible châtiment par le fer et par le feu.

 

Les premiers chars qui se présentèrent, tirèrent sans discontinuer sur les façades tandis que deux hélicoptères et quatre chasseurs T6 menèrent une vie d'enfer aux tireurs retranchés sur les toits.

 

La puissance de feu était telle que les quelques officiers aguerris qui se trouvaient là, se croyaient revenus à la seconde guerre mondiale. Les habitants se jetaient sous les lits alors que leurs vitres volaient en éclats et que les balles de mitrailleuses 12/7 et les obus occasionnaient dans les murs des trous énormes.

 

De toute part les blindés affluaient vomissant leurs nappes de feu et d'acier. Ils écrasaient les voitures en stationnement, montaient sur les trottoirs et éventraient les devantures des magasins. Derrière eux, suivaient les forces de l'ordre qui, aussitôt, investissaient maison après maison, se livrant à de sauvages perquisitions : meubles brisés, matelas éventrés et à l'arrestation systématique de tous les hommes en âge de porter une arme.

 

Des milliers d'Européens étaient ainsi arrêtés et regroupés dans les quartiers musulmans, sous les quolibets et les insultes.

 

Pour compléter l'isolement, on coupa les 8000 téléphones qui reliaient encore les assiégés au reste du monde, ainsi que la lumière. Les habitants furent privés de ravitaillement et le couvre-feu permanent établi sur le champ. Les forces de l'ordre reçurent la consigne de tirer à vue sur "tout ce qui bougeait » et on interdit l'accès du quartier aux médecins.

 

A 20h, il ne restait plus que 20 hommes qui menaient un héroïque combat d'arrière garde pour permettre à leurs camarades rescapés de prendre la fuite par les égouts. A 21h, des ambulances quittèrent le ghetto avec, à leur bord, les derniers résistants. La bataille était finie.

Comme la légion à Camerone, l'OAS venait d'écrire là sa plus belle page d'histoire.

 

Dans les appartements dévastés, on pleurait les morts et on s'efforçait de soigner les blessés. Qui saura jamais le nombre des victimes? Car à Bab-el-Oued, on soigne ses blessés et on enterre ses cadavres soi-même...

 

Beaucoup de ces victimes n’avaient en rien participé au combat. Un gamin de quinze ans, Serge Garcia, fut tué dans son appartement ; une enfant de dix ans, Ghislaine Grès, fut abattue

d’une rafale à l’intérieur de sa maison… C’était la litanie du désespoir : Blessés et malades manquant de soins, jeunes enfants saisis de convulsion, femmes enceintes prises par les douleurs… et puis, ce bébé de quarante-cinq jours intoxiqué par la fumée dans son berceau en flammes et cette petite fille blessée à la jambe que la gangrène menace…

 

Nicolas Loffredo, Maire de Bab-el-Oued témoignera à ce sujet : « Nous sommes intervenus auprès des autorités en faisant remarquer que des bébés étaient en train de mourir.

 

Un officier de gendarmerie me répondit : « Tant mieux ! Plus il en crèvera, mieux ça vaudra !

 

Il y en aura moins pour nous tirer dessus ». Et comme nous demandions qu’on enlève au moins les morts, il a éclaté : « Vos cadavres, mangez-les ! »

 

Un goût âcre persistait au fond des gorges, l'odeur de la poudre et du sang stagnait dans les ruelles, des débris de toute sorte donnaient aux ombres habituelles de la rue des contours mystérieux, c'était un monde inconnu qui s'étendait sur chacun. Mais pour autant, le calvaire des habitants européens n'était pas fini et la fouille systématique se poursuivait avec une hargne et une haine inqualifiable. Après le passage des "forces de l'ordre", il ne restait plus rien d'utilisable : à la place des écrans de téléviseur, apparaissait un grand trou noir comme une image fixe de la mort. Les divans, les fauteuils et les matelas étaient crevés comme des sacs de son. Les meubles n'avaient plus de porte, plus de tiroirs, les gravures et les photographies familiales étaient arrachées des murs et piétinées, les bibelots s'entassaient, le linge traînait de-ci de-là, les réfrigérateurs étaient renversés et le ravitaillement détruit. Les familles étaient abattues, toutes leurs "richesses" étaient là, réduites en détritus et en poussières. Tout le sacrifice d'une vie!...

 

En Métropole cependant, on ignorait ce qu'était réellement Bab-el-Oued.

 

On ignorait que ses habitants étaient tous des ouvriers et de surcroît, les plus pauvres de la terre algérienne. On ignorait que quatre vingt pour cent d'entre eux étaient communistes inscrits au parti et, qu'écœurés par l'attitude du P.C.F, ils avaient tous déchiré leur carte.

 

 

 

Pourtant ce sont eux qui fourniront la majeure partie des commandos Delta de l'OAS et c'est parmi eux que se trouveront les plus courageux et les plus tenaces. Pouvait-on, sans faire sourire, les qualifier de nantis et de fascistes?...

 

Pendant quatre jours, Bab-el-Oued allait vivre un véritable cauchemar. Pendant quatre jours elle sera isolée du reste du monde, sans ravitaillement et sans soin. Alors, la foule algéroise se pressa devant les fils de fer barbelés qui ceinturaient le quartier et implora le service d'ordre de mettre fin au blocus. Devant le refus systématique des autorités qui tenaient à aller jusqu'au bout de leur vengeance, la solidarité Pied-noir allait prendre un acte bien méridional.

 

On collecta des vivres pour les assiégés qui les hissaient à l'aide de couffins tirés par des cordes jusqu'aux étages. Mais bien vite, la préfecture de police interdira les collectes, le couvre-feu intégral sera maintenu et Christian Fouchet, la voix hautaine, auto satisfaite, adjura sur les ondes de la télévision les Français d'Algérie, de faire confiance à la France (!) et de refuser de suivre les assassins de l'OAS!!!...

 

Lundi 26 mars. Bab-el-Oued avait pris le tragique visage de Budapest. Mais, le blocus était maintenu ; la faim tenaillait les ventres, les perquisitions et les arrestations se poursuivaient et lorsqu'un blessé était découvert, on le traînait par les pieds jusqu'aux camions et là, on le "balançait" par dessus bord.

*

Tout autour du réduit, la population était toujours amassée tentant l'ultime offensive du cœur :

 

"Nous voulons rester Français... Vous n'avez pas le droit de nous combattre et de nous livrer...

 

Notre crime le plus grave c'est de trop aimer notre pays..."

 

Alors des tracts firent leur apparition conviant la population du Grand Alger à se rendre, dès 15h, drapeaux en tête et sans armes à Bab-el-Oued dans le but de tenter d'infléchir le traitement inhumain infligé aux 50.000 habitants de ce quartier. Le drame couvait… » »

 

J’ajoute que ce fut alors la fin, avec la fusillade de la rue d’Isly, hors Bab-el-Oued, et l’armée française exécutant A VUE les manifestants pacifiques.

 

Je ne chante jamais La Marseillaise.

Par bernard.kuchukian le 08/06/18

 

L’Algérie algérienne a conservé du temps de l’Algérie française et de la France tout court  le bon temps du sport national du non paiement de l’impot.

On apprend ainsi ces jours-ci que le montant des impôts que l’Etat algérien ne parvient pas à recouvrer est impressionnant. Le ministre de la Justice a évalué le manque à gagner pour l’Etat à 7000 milliards de dinars, soit plus de 60 milliards de dollars.

Le Garde des Sceau a indiqué hier à Alger et très loyalement que l’administration fiscale a été incapable de récupérer des recettes pouvant aller jusqu’à ce chiffre.

Il  est jugé par le ministre lui-même « d’astronomique ». Pour lui, cette incapacité de l’Etat à récupérer l’argent est liée au manque d’instruments adéquats pour cela. Pour pallier à cette défaillance, « le gouvernement a confié la gestion de ce problème à la justice », a indiqué le ministre qui n’a pas précisé, cependant, la période durant laquelle ces sommes se sont accumulées.

Le secteur informel représente près de 45% de l’économie nationale, de l’aveu même des autorités qui ne parviennent pas à juguler le problème. Le ministère des Finances évalue à près de 100 milliards de dollars le montant des impôts non-récupérés durant les dix dernières années !

Par bernard.kuchukian le 07/06/18

 

Je confesse regarder quelquefois la télévision algérienne,  sur je ne sais plus quel bouquet.  C’est en arabe, en français, avec quelquefois des téléfilms minables.

La publicité est évidemment toujours un vecteur révélateur des choses vraies.

Voici que des spots sont passés désormais pour les « Meubles de France » une  société qui fabrique et/ou vend en banlieue d’Alger des meubles apparemment de belle facture. Aux images, c’est  entre du « Roche et Bobois » et de l’ »Alinéa ». Evidemment on vante la qualité « France ».

Ils sont bizarres ces Algériens.  

Dire que tout de suite après l’indépendance, le mot France avait été banni de partout.

On s’en était même pris  au boulevard Anatole France d’Alger qu’un crétin avait rebaptisé illico boulevard Anatole Algérie.

Et même l’équivalent,   sous forme de filiale,  des « Nouvelles Galeries » d’Alger, qui s’appelait les « Galeries de France », rue d’Isly,   fort beau magasin de style mauresque  dans ses menuiseries intérieures. Il  avait été débaptisé en « Galeries algériennes », je crois qu’on en a fait maintenant un musée.

Mon billet va plus loin que cette affaire partiellement de menuiseries.

Voici qu’hier,  on apprend qu’une organisation d’anciens combattants, d’anciens fellaghas quoi,  fait des reproches au premier ministre algérien, Monsieur OUYAHIA (66 ans) qui, le 31 mai,  a appelé les entrepreneurs algériens à s’appuyer sur la communauté algérienne mais aussi sur les anciens d’Algérie ou les pieds noirs pour exporter.

Pour l’ONM (les fellaghas), ces déclarations « portent atteinte à la dignité du peuple algérien et à l’histoire de sa révolution », déplorant qu’elles proviennent « de hauts responsables ignorant les crimes commis par les pieds noirs contre le peuple algérien durant la colonisation ».

Ces responsables auraient oublié les « tragédies provoquées par les pieds noirs et les colons « .

L’ONM estime également que ces déclarations démontrent une « erreur de jugement » et une « sous-estimation » des « sacrifices consentis par les fidèles parmi les enfants du peuple algérien ».  Ces déclarations sont « contradictoires avec les constantes nationales et les principes de sa révolution », a-t-elle insisté.

Morale : au moins le premier ministre algérien reconnait-il la valeur et l’honneur des pieds noirs. Quant à l’O.N.M., ses anciens combattants doivent tous avoir au moins 80 ans et donc n’être plus très nombreux.

C’est donc avec plaisir que j’irai  remercier sur place le premier algérien, du moins  dès qu’on m’aura dispensé de produire un visa sur mon passeport pour aller à Alger.

Moi qui y suis né,  et qui peux justifier  de parents coté maternel  qui y sont nés depuis 1832, vous ne voulez tout de même pas m’imposer un visa pour aller promener  chez moi.

J’ajoute que, c’est un comble, au moment où le président turc se rapproche de l’Algérie, les Français ont chassé justement les Ottomans en 1830,  j’y serais doublement chez moi, puisqu’avant d’être génocidés, les Arméniens  étaient,  comme tant d’autres peuples chrétiens d’aujourd’hui (Grecs et Bulgares par exemple) sujets du sultan de Constantinople. C’est quelquefois cocasse l’histoire.

Par bernard.kuchukian le 17/04/18

 

Chronique musicale, historique et émouvante. Il y a bien les communiqués de l’excellent Palais musical de Paris pour les avocats. Alors moi aussi.

Je viens d’entendre  Radio classique  annoncer  que l’Opéra comique de Paris  va accueillir prochainement le grand orchestre de Bordeaux dans une pièce « Marouf, le savetier du Caire ».  Ce ne devrait pas être un chef d’œuvre.  La musique qu’on en rapporte est pour partie surtout bien connue des plus vieux Pieds noirs encore en vie,  c’est celle écrite  dans les années 40, par Jacques IBERT,  « voyage vers Tunis ».

Les premières phrases ont été l’indicatif de Radio Alger au temps de la Radiodiffusion française, avant l’arrivée de la télévision à Alger en 1956 ou 1957. C’est un thème arabisant oriental, très langoureux, qu’on jouait après La Marseillaise, depuis le studio de la rue Hoche.

Je m’en souviens d’autant plus que j’y étais  allé tout jeune parler dans   des émissions pour enfants. 

Avant que Radio Alger ne devienne France cinq, dans des studios nettement plus grands boulevard Bru (où j’avais été  aussi pour un concours d’adolescents).

Après  l’indépendance, c’est devenu la télévision algérienne.

Par bernard.kuchukian le 01/04/18

Les goûts et les couleurs, les bruits et les odeurs

DELACROIX,  qu’on célèbre actuellement à PARIS, ils en ont de la chance les Parisiens,  issu d'une grande famille bourgeoise de la banlieue parisienne, est un fervent bonapartiste. En 1830, quand la France s'empare de l'Algérie, il est déjà un peintre confirmé et reconnu.

Comme tout bon journaliste moderne, il ne passera que 10 jours en Algérie, au début de l’été 1832, au passage la même année que l’arrivée dans la ville,  du plus ancien de mes ancêtres pieds-noirs,  mais  y fera l'un de ses tableaux les plus célèbres, femmes d’Alger dans leur appartement,  qui lui vaudra, avec la liberté éclairant le monde,  la célébrité éternelle.

C’est une huile peinte dans la casbah d’Alger,  où des femmes soumises et recluses dans un harem attendent leur destin, là où des spécialistes avancent qu'il ne s'agissait en fait que de prostituées dans un bordel.

Plus tard, PICASSO est déjà un maître, celui du dessin et de la dislocation des formes, quand il redécouvre l'héritage des peintres.

Anti-franquiste et militant pour la paix, à 20 ans déjà,  et surtout communiste convaincu, il est influencé par l'art africain, congolais tout particulièrement.

Installé en France, il suit le 1er novembre 1954 le déclenchement de la révolution algérienne et dès décembre de la même année, se met à revisiter Delacroix et ses «Femmes dans leurs appartements».

Il en tire quinze toiles et deux lithographies qu'il intitule «Femmes d'Alger», montrant jeunesse et émancipation, tout le contraire.

PICASSO était surtout un homme d’affaires. Le fric avant tout.

Plus tard,  quelque crétine écrira :  

«En les peignant nues et inondées de lumière», écrit-elle, «Picasso a libéré les Femmes d’Alger de la posture de belles de harem chez Delacroix.»

Quant on sait le statut de la femme dans l’islam y compris et surtout de l’Algérie contemporaine, on met le doigt sur le mensonge d’Etat.

Par bernard.kuchukian le 20/12/17

Encore sur le procès d’Hélie  DENOIX DE SAINT MARC.

 

Le point de vue de Paul LOMBARD dans son livre « Ma vérité sur le mensonge ». En 1997.

 

« « Après le mensonge de Vichy, le mensonge algérien a traumatisé une génération, contraint un million de pieds noirs à devenir des émules de Jean sans terre, et condamné 50.000 harkis abandonnés dans des conditions déshonorantes, au supplice et à la mort.

 

« « Cette guerre, puisqu’il faut l’appeler par son nom, commençât par un mensonge : « l’Algérie française », se poursuivit par un mensonge « je vous ai compris », se termina en eau de boudin par un dernier message « les accords d’Evian ».

 

« « Dans cette guerre là, tout le monde a menti : les ministres et les généraux qui transformèrent des soldats en policiers ; le général qui compris trop tard qu’il fallait détacher la France de ce terrible boulet ; les politiques Guy MOLLET et François MITTERRAND en tète, qui prirent pour une révolte coloniale une révolution pas encore islamique. » »

 

 

Rien à changer dans cette analyse.

 

C’est celle d’un ami de Gaston DEFFERRE, alors maire de MARSEILLE, qui souhaitait mettre les pieds noirs à la mer en 1962, et  avait du bien revoir son analyse de la question, lui qui reçut ensuite au moins deux collaborateurs avocats, qui devaient  refaire leur carrière, venus l’un d’ALGER, Louis BOZZO, l’autre de Tunis, Roger HAYAT.

 

Ils  lui expliquèrent que finalement, les victimes n’étaient pas celles qu’on croyait.

 

J’étais le troisième. Plus jeune, sans le traumatisme du tout à refaire. J’ai confirmé.