Par bernard.kuchukian le 11/08/18

Une des innombrables causes de la dégringolade la monnaie turque, on est ce soir à 7,34 livres contre un euro, on était à un peu moins de  4 livres contre un euro,  il y a trois ans à peine,  lors de mon dernier voyage en Turquie, est nous dit-on dans l’obstination de son président à libérer un pasteur américain.

Il doit y avoir d’autres raisons, dont une,  historique.

De l’empire ottoman à la Turquie moderne, la principale culture de ce pays est certes la dévaluation monétaire.

Le président turc  actuel la commente ainsi : » ils ont le dollar fort, nous avons Allah. » Pourquoi pas ?

Je reviens sur le pasteur. On a beaucoup écrit sur le génocide arménien de 1915, un peu moins sur les mouvements identiques,  mais moins meurtriers,  qui ont précédé.

Une des explications données par des historiens très sérieux était qu’à la fin du XIXème siècle, les Américains avaient envoyé des pasteurs protestants dans l’empire ottoman pour prêcher la bonne parole.

Certains soutiennent que ces pasteurs ont converti et en tout cas influencé les Arméniens, au point que 10 % d’entre eux sont protestants aujourd’hui. Ils ajoutent qu’ils poussaient les Arméniens au soulèvement, à la légitime révolte. On connait la suite.

L’histoire bégaie c’est bien connu. Cette affaire de pasteur américain, c’est donc un  bégaiement dans un pays qui n’a plus de chrétiens.

Par bernard.kuchukian le 19/07/18

 

La décision d’hier de la Knesset,  créant une loi fondamentale de plus, celle de la constitution de l’Etat-nation du peuple juif,  fait couler beaucoup d’encre pour rien.

En effet, qu’Israël soit historiquement la terre des Juifs, voila une évidence digne de la défonce d’une porte  déjà bien ouverte.

Alors les beaux esprits disent que cette loi est contre les Arabes.

Ben oui, dès lors qu’historiquement, ils sont des envahisseurs. D’une autre race (aie,  le mot race au moment où on va l’enlever de la constituions française),  et aussi d’une autre religion.

Car la nouvelle loi est raciste au sens strict du terme.  

Et elle a bien raison de l’etre  par survie, dans une région où tout le monde est raciste, avec et y compris les Arabes,  qui cumulent racisme arabe et islam.

Il n’existe pas un seul pays  arabe qui ne soit  musulman. En tout ou partie (en partie, seulement le Liban mais dans quel état). Et dans tout Etat musulman non arabe, les autres sont tolérés tout au plus.

Bref, le premier israélien est dans ses bootes et il a bien raison de l’etre.

Question cependant :  quid des chrétiens locaux, dont certains sont … arabes. Il y a aussi  localement des Arméniens apostoliques tout ce qu’il y a de plus historique (ils ont leur quartier à JERUSALEM, ainsi appelé parce que non arabe) qui doivent avoir la nationalité israélienne. L’histoire ne dit rien sur eux. Je suppose que les députés israéliens se souviendront que les chrétiens qu’ils sont aussi  ne sont jamais qu’une secte juive, qui a quantitativement,  mieux réussi que les Juifs. Le Christ et ses copains étaient au moins convertis au judaïsme.

Du coup, certains vont avoir des idées. L’ami  du premier israélien, Viktor       ORBAN,  par exemple,  à BUDAPEST, qui va mettre  peut etre dans sa constitution que l’Etat hongrois est catholique romain.

Il est  enfin amusant de lire (je viens de le refaire) la loi fondamentale de l’Etat-cité du Vatican, du 22 février 2011. C’est leur constitution.

On n’y dit pas un mot sur la forme chrétienne et même catholique de l’Etat du Vatican.

Par bernard.kuchukian le 17/07/18

En attendant la Vierge Marie.

Nous sommes en France, avec une loi commune de séparation de l’église (je devrais écrire,  des églises) et de l’Etat depuis 1905. Celle-ci  impose la constitution d’associations cultuelles (j’ai bien écrit cultuelles,  et pas culturelles) de fidèles pratiquants.  Ce sont des laïcs. Ce ne sont surtout  pas des religieux.

Cette loi n’est pratiquement pas bien respectée pour les catholiques romains, parce qu’ils  n’en n’ont pas une grande utilité pratique,  du moins si leurs lieux de culte, restés la  propriété de l’Etat français, existaient déjà en 1905.

Pour  tous les autres, après cette année 1905,  les nouveaux lieux de culte catholiques romains,  ceux des orthodoxes, ceux des   Juifs,  essentiellement séfarades venus d’Afrique du nord  après 1962, ceux de  la plupart des musulmans, comme  ceux   évidemment  des Arméniens catholiques,  surtout  ceux apostoliques, sans compter  ceux  de rite protestant, ils sont bien obligés de créer et posséder des associations cultuelles. Ce sont celles-ci en effet qui  achètent et édifient leurs   lieux de cultes. Pas l’Etat français.

On me rapporte alors une affaire de ce genre, actuellement à Nice, révélatrice,  plus de 100   ans  après,  de mauvaise application  littérale de  la loi de séparation de l’église et de l’Etat en France.

Il existe en effet  localement une association cultuelle arménienne pour gérer une  paroisse.  Sainte-Marie.

Je comprends que des fidèles pratiquants sont en froid administratif avec l’évêque désigné par le catholicos arménien  d’Etchmiadzine (le pape des Apostoliques). Et pour cause, la hiérarchie de l’église apostolique n’a toujours pas compris –  avec des catholiques romains et  même situation, ce serait  strictement pareil avec le Vatican- que le principe d’obéissance hiérarchique est incompatible avec la loi française des cultes de 1905.

La hiérarchie religieuse a donc exclu leur paroisse du diocèse « officiel »,  parce que les membres de l’association cultuelle locale ne veulent pas des statuts qu’on prétend lui imposer.

Il faudrait en effet  respecter des « canons » séculaires, avec le principe d’obéissance totale, évidemment contraire à l’esprit et à la lettre de la loi de 1905.

Aux dernières nouvelles, le catholicos (le pape) arménien KAREKIN II – avec qui j’ai eu l’honneur de diner un soir à Marseille- aurait déclaré que les statuts sont la propriété de chaque paroisse et qu’ils peuvent etre discutés et modifiés lors des assemblées annuelles  des associations pour autant que ces modifications soient conformes aux canons séculaires de l’église.

C’est une formule du genre « nous n’avons pas de moyens,  mais nous les emploierons tous ».

KAREKIN II  doit etre en effet un peu  radical socialiste,  car la formule employée dit oui et non à la fois.

Pourtant,  il comprend la nouvelle législation française, conforme au droit  communautaire européen et allemand des contrats.

Au passage, c’est le code allemand des obligations qui a été choisi par la jeune république arménienne, comme à l’époque et avant nos mises à jour, de meilleure qualité que le Code civil français. Tous les étudiants en droit ont appris de longue date cette supériorité germanique.

Ici et spécialement, c’est  le nouvel art. 1145 du Code civil.

Dans la version actuelle, valable jusqu’au 30 septembre prochain,  seulement, la capacité des personnes morales,  donc des associations cultuelles, est limitée aux actes utiles et à la réalisation de leur objet (ici la propriété du lieu de culte) tel que définis par leurs statuts.

Dans la version de ce texte,  à compter du 1er octobre prochain, l‘obligation formelle des statuts a disparu, et elle est remplacée par une formule plus générale : » la personnalité morale n’existe que si les règles applicables à chacune d’elles sont respectées ». C’est vague et pourtant précis.

 

Suivant la formule que je crois avoir créée, avec l’art. 1145 actuel, il faut des statuts, avec  l’art. 1145 futur, il faut un statut. Qui peut obliger à des statuts. Ca revient au meme.

Or, la personne morale niçoise,  c’est ici une association cultuelle. Or, comme toute association,   a fortiori propriétaire de biens (ici son église), statutairement, légalement au passage, elle doit avoir des statuts, écrits.

D’autre part,  la loi de 1905 n’oblige certainement pas à respecter les canons des églises chrétiennes d’Orient puis d’Occident.

Du coup, les fidèles associés niçois ont bien et justement compris  le coup en droit, et font remarquer deux choses :

  1. Les statuts de leur association se limitent à la gestion administrative et financière de la paroisse par les seuls laïcs sans jamais déborder sur le champ religieux, domaine exclusif du prêtre (loi de 1905, parfait) 
  2. Compte tenu de ce qui précède, ses statuts ne peuvent etre anti canoniques,  puisqu’ils n’empêchent pas le prêtre paroissial d’accomplir sa mission et d’etre « respecté et aimé de ses fidèles ».  

Il parait qu’on en saura davantage pour le 15 aout, pour autant que l’intercession de la Vierge Marie fasse appliquer  l’art. 1145.

Par bernard.kuchukian le 16/07/18

Le 21 septembre 2014, le mémorial des martyrs du génocide arménien de DEIR EZZOR est dynamité par les combattants d’al-Nosra.

Cette église commémorative servait de lieu de pèlerinage pour les Arméniens en Syrie. Dans cette ville de l'est, au début du vingtième siècle, un grand nombre de réfugiés arméniens ont été contraints de marcher vers leur mort.

A l’intérieur de l’église, les restes des os de ces martyrs provenant d'AI-CHADADEH, de SOUWAR, de MARKADEH et de DEIR EZZOR, ont été enterrés sous la colonne de la résurrection, en mémoire de cette extermination de masse.

« La destruction par l’EIIL (Etat islamique en Irak et au Levant) de l'église commémorative du génocide arménien est un autre exemple de la barbarie qui a terrorisé des millions de personnes en Irak et en Syrie.

Cette destruction est à la fois particulièrement poignante et un présage effrayant de la façon dont l’EIIL traitera les chrétiens syriens s’il veut élargir encore son territoire, » déclarait le député américain SCHIFF, le 23 septembre 2014.

Quatre ans plus tard,  dans l’hostilité honteuse, le pays est en partie dévasté mais les hommes sont toujours là, malgré la guerre et son cortège d’atrocités.

Et  une fois terminé le ballon rond, les Français  seraient bien inspirés d’apprendre l’histoire qui est en partie leur histoire au Proche-Orient. L’œuvre d’Orient.

Par bernard.kuchukian le 15/07/18

Le spectacle de Pascal LEGITIMUS,  mis en scène voici un ou deux ans déjà, est parfaitement édifiant, sous forme de sourire glacé, du traitement totalement « à part » de la cause arménienne, autrement dit de la reconnaissance et de la (non) condamnation du génocide arménien de 1915.

Le comédien est Antillais par son père (issu d’une famille de comédiens) et Arménien par sa mère, celle-ci  née KAMBOURIAN (elle était costumière de théâtre).

Alors,  à l’âge qui est le sien, 60 ans,  il a fait de sa vie une partie de son spectacle.

Inévitablement, tout le monde s’en est rendu compte, la notion bien pensante de racisme y saute aux yeux avec de l’humour au deuxième degré.

C’est qu’il n’est pas blanc-blanc le bonhomme. 

Sauf qu’il connait parfaitement le sujet, qu’il est très intelligent et qu’il a subi le racisme ou l’ostracisme, lui de sa couleur mélangée, les autres bêtement de leur nom de famille (suivez mon regard S.V.P.)

Bien sur, il  parle de l’esclavage,  avec les transports organisés voici quelques siècles  par les gens des grands ports de l’ouest de la France, les mêmes dont les descendants sont aujourd’hui les plus vertueux,  avec de belles leçons données aux autres, depuis leurs hôtels particuliers,  fruits des trafics de leurs ancêtres.

Et puis, il  parle de sa mère, et il évoque le génocide arménien, avec photos, et déclarations on ne peut plus accusatrices.

La salle, c’est un spectacle,  est alors étonnante, surprise, gênée, venant d’un demi-black,  on ne s’attendait pas à  l’incident dans un spectacle de rire,  l’histoire, une attaque antiturque sur scène, tu parles, des  Arabes (avec la réaction moyenne qui confond l’Arabe et le musulman). 

Et LEGITIMUS, bravo l’artiste,  de ne surtout pas se démonter : « s’il y a des Turcs dans la salle, tant mieux, ils ne seront pas venus pour rien ».

Ce n’est pas tout.

Il y a aussi,  dans le spectacle,  la subtilité des appels téléphoniques organisés, à chaque fois que LEGITIMUS emploie le mot « juif ».

Là, pas touche,  zone interdite.

Dès fois qu’on dise,   comme nous sommes allés pourtant le dire, avec mon confrère Philippe KRIKORIAN, mais en vain,  au Conseil constitutionnel,   que si la loi française doit punir la contestation du génocide juif, et oui  elle a tout à fait raison, elle doit aussi punir la contestation de tous les autres.  

Et en premier lieu,  celui des Arméniens en 1915, tout simplement parce qu’historiquement au moins dans ce qu’on sait de l’histoire moderne, c’est non seulement le premier, mais encore celui qui a donné à HITLER l’idée de la Shoah. Il le disait lui-même. Sans compter que tous les morts de ces circonstances ont droit au moins à un respect. Au désespoir de faire entendre cette cause, c’est bien ce qu’a fait le catholicos des Arméniens apostoliques KAREKIN II en  sanctifiant  1.500.000 de victimes innocentes.

Or, la loi française ne va pas au bout de son raisonnement. Elle reconnait le génocide arménien, mais  ne protège pas cette reconnaissance. Alors que le même Conseil constitutionnel vient de reconnaitre pour la première fois l’application matérielle du principe de fraternité, cet ostracisme anti-arménien, ce racisme anti arménien est odieux.  Ce n’est pas la première fois que j’emploie le terme, je l’ai notamment utilisé ici sur ce blog sous forme interrogative lorsque le Conseil constitutionnel a statué voici quelques années maintenant et commentant sa décision.

Revenons à LEGITIMUS. Ce traitement à part va jusqu’à obliger ce comédien de grand  talent  à ne pas dire sur scène ce qu’il ressent dans son intimité : « attention, Pascal, tu ne dois pas dépasser l’étoile, pardon la ligne jaune. »

Je connais le raisonnement, j’en suis la victime régulière parce que je m’appelle KUCHUKIAN, et que je défends mes idées.  Je devrais avoir le droit, non ?

Par bernard.kuchukian le 11/07/18

Sujet transmis à l’intéressé pour demande écrite au ministre.

 

« « Monsieur Gilbert COLLARD, député,  demande au ministre de l’éducation nationale si les établissements  en Turquie d’enseignement dépendant directement de l’Etat français,  ou placés sous contrat d’association avec lui,   ont bien  à leur programme l’arrêté  du 25 juillet 2008 avec et y compris l’évocation du génocide des Arméniens.

 

« « C’est que par   sa décision du 4 juillet 2018, le Conseil d’Etat a rejeté la demande d’une association pour la neutralité de l’enseignement de l’histoire turque,  tendant à abroger l’arrêté en question,  fixant le programme d’enseignement d’histoire-géographie-éducation civique pour les classes de sixième, de cinquième, de quatrième et de troisième du collège,  en tant qu’il prévoit l’évocation du « génocide des Arméniens » en classe de troisième. » »

Par bernard.kuchukian le 10/07/18

Je viens de vérifier.

C’est la même association pour la défense de la cause turque anti arménienne (je schématise le titre) qui est intervenue devant le Conseil constitutionnel lors des débats ayant abouti à la décision du 8 juin 2016,  QPC 2015-512, et qui dans le même temps avait engagé une autre procédure devant le Conseil d’Etat, laquelle vient d’aboutir à la décision du 4 juillet 2018..

Dans les deux cas, il s’agissait non seulement de négationnisme contre la cause arménienne, mais  pire contre l’histoire de l’humanité, et même celle de la France, laquelle avait  été directement  concernée, informée, et même dénonciatrice   avec ses alliés britannique et russe,  lors du génocide de 1915, et qui a reconnu plus tard, par la loi, ce génocide.

Dans les deux cas, on nie tout, pire on prétend interdire de dire ici dans les collèges.

Alors on va raisonner autrement.

Imaginons un instant qu’un quidam,  sans contester le moins du monde la Shoah, se soit simplement amusé à faire de l’humour,   hautement  déplacé,  sur le thème des chambres à gaz.  On connait le quidam et la suite.  Qui ne se termine d’ailleurs jamais.

Pour la défense de la cause juive, je l’entends ici comme celle de la défense d’un peuple, d’une nation, d’une religion, scandaleusement décimés,  la loi est implacable.

Pour celle de la cause arménienne, même situation et de plus, historiquement plus ancienne, rien du tout.

Circulez, rien à voir au nom de l’ordre public. Il est à géométrie variable l’ordre public, non ?

Par bernard.kuchukian le 09/07/18

 

 

Je n’en resterai pas là en produisant l’arrêt du Conseil d’Etat du 4 juillet courant, qui a mis un point final à ce projet criminel.

 

J’attends à ce sujet les commentaires outrés des bienpensants habituels  des grandes causes, spécialement ceux qui chez les Juifs  sont si actifs sitôt qu’on touche le moindre cheveu à la cause de la Shoah.

 

Voici en attendant,  les premiers commentaires de mon ami Philippe KRIKORIAN.

 

« ( … ) la volonté générale est dans chaque individu un

acte pur de l'entendement qui raisonne dans le silence

des passions sur ce que l'homme peut exiger de son

semblable, et sur ce que son semblable est en droit

d'exiger de lui ; ( … ) »

 

( Denis DIDEROT - Encyclopédie - article Droit naturel ).

 

Les démocrates de tous les pays ne peuvent que se féliciter de l'arrêt rendu le 04 Juillet 2018 parle Conseil d'Etat.

 

Ainsi, les professeurs pourront, conformément aux programmes scolaires, continuer à enseigner aux élèves des collèges français, entre autres crimes contre l'humanité, la réalité historique du Génocide Arménien. Ce crime d'Etat sans précédent demeurera emblématique de la Première guerre mondiale ( la guerre totale ), comme les crimes nazis le sont de la Seconde guerre mondiale.

 

Dans les deux cas on retrouve la même proportion : 10% des morts de la guerre sont dus au génocide ( v. VERS LA GUERRE TOTALE – Le tournant de 1914-1915, sous la direction de John HORNE, Editions Tallandier 2010 ).

 

Mon grand ami, Bernard KUCHUKIAN, éminent membre du Barreau de Marseille et Vice-Président Fondateur du GRAND BARREAU DE FRANCE – GBF –, avec lequel nous sommes allés défendre, ensemble, le 08 Décembre 2015, devant le Conseil constitutionnel, chacun pour ses mandants, l'honneur des 1 500 000 victimes arméniennes innocentes, se réjouira, tout comme moi, de cette jurisprudence, qui mérite d'être approuvée, dans le dispositif de l'arrêt précité.

 

Faut-il, à cet égard, rappeler que dans sa décision n°2015-512 QPC du 08 Janvier 2016 ( M. Vincent R. ), le Conseil constitutionnel, qui y reconnaît expressément le droit du législateur de qualifier certains faits de l'histoire de « crime contre l'humanité », comme peut le faire une « juridiction française ou internationale reconnue par la France » ou « une juridiction autre »  ( §10 ), a irrévocablement consacré la pleine et entière normativité de la loi n°2001-70 du 29 Janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915 ( JORF 30 Janvier 2001, p. 1590 ) qu'il vise en première page.

 

L'article 62, alinéa 3 de la Constitution du 04 Octobre 1958 dispose, en

effet, que « Les décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d'aucun recours. Elles s'imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles. »

 

De même qu'il existe, dans le Code de procédure pénale ( article 10-1 créé par l'article 18 de la loi n°2014-896 du 15 Août 2014 relative à l'individualisation des peines et renforçant l'efficacité des sanctions pénales ) une justice restaurative, de même le législateur inaugurait-il, avec la loi précitée n°2001-70 du 29 Janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915, une législation restauratrice de la dignité des victimes de crimes de génocides et crimes contre l'humanité.

 

Suivra la loi n°2001-434 du 21 Mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité ( JORF 23 Mai 2001, p. 8175 ).

 

« Lois restauratives » ou « lois restauratrices » ( de la dignité humaine ) ( du latin restaurare – réparer ) seraient des formules beaucoup plus appropriées à cette problématique relevant d'un intérêt supérieur de civilisation, que l'expression galvaudée « lois mémorielles », laquelle connote des lois qui seraient, selon leurs détracteurs, privées de normativité ou des lois seulement « pour mémoire ».

 

 

L'analyse juridique non contredite (v. article de  Philippe KRIKORIAN « Le droit à la dignité humaine et la liberté d'expression face aux crimes contre l'humanité », Recueil Dalloz n°29/7258 du 03 Août 2006, p. 1980 ) dément de telles fausses assertions et permet à un être rationnel ( « Le Droit est la Raison universelle », disait PORTALIS ) de rapidement se convaincre que les lois de reconnaissance de crimes contre l'humanité se rattachent au JUS COGENS ( droit contraignant ) et sont des lois à part entière, totalement et authentiquement normatives.

 

Le spectre de la prétendue dictature des idées accréditées par le législateur, qu'agitent certains esprits querelleurs, relève de la pure fantasmagorie. Il suffit de se reporter à l'article 1er, 1 c) de la décision-cadre 2008/913/JAI du Conseil du 28 Novembre 2008 sur la lutte contre certaines formes et manifestations de racisme et de xénophobie au moyen du droit pénal pour constater que le délit de négationnisme n'est constitué que si le comportement en cause ( « l'apologie, la négation ou la banalisation grossière publiques des crimes de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre » ) « risque d'inciter à la violence ou à la haine à l'égard d'un groupe de personnes ou d'un membre d'un tel groupe. »

 

Ce n'est, donc, qu'en cas d'abus caractérisé de la liberté d'expression qui dénature celle-ci, que la répression pénale pourra être mise en œuvre. Le négationnisme procède beaucoup plus de la violence et de la haine que de la liberté d'expression, qui n'est plus, ici, qu'un support dévoyé.

 

Les historiens de bonne foi, conscients de leur devoir d'objectivité, n'ont, à l'évidence, rien à craindre d'un tel dispositif supranational que la France, prompte à dénoncer, dès le 24 Mai 1915, avec l'Angleterre et la Russie, ce crime de lèse-humanité, doit transposer en droit interne, notamment en application de l'article 88-1 de notre Constitution.

 

Ajoutons que dans sa décision n°2016-745 DC du 26 Janvier 2017, Loi relative à l'égalité et à la citoyenneté, le Conseil constitutionnel a, au visa des articles 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 Août 1789 et 34 de la Constitution du 04 Octobre 1958, reconnu derechef au législateur le pouvoir « ( … ) d'instituer des incriminations réprimant les abus de l'exercice de la liberté d'expression et de communication qui portent atteinte à l'ordre public et aux droits des tiers. ( … ) ».

 

Il appartient, dès lors, au législateur de définir clairement et précisément le ou les génocides, crimes contre l'humanité ou crimes de guerre dont il entend incriminer et réprimer la contestation, lorsque celle-ci s'accompagne d'un risque d'incitation à la violence ou à la haine. L'un des critères légaux pourra être la qualification par la loi elle-même d'un tel crime. Il est même, sans aucun doute, le moins contestable, puisque issu directement de la Souveraineté nationale.

 

LACORDAIRE ne s'y était pas trompé : « Entre le fort et le faible ( … ) c'est la liberté qui opprime, c'est la loi qui affranchit. », ni, avant lui, les Républicains de 1793 : « La liberté est le pouvoir qui appartient à l'homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui : elle a pour principe la nature ; pour règle la justice ; pour sauvegarde la loi ; sa limite morale est dans cette maxime : Ne fais pas un autre ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait. » ( article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du

citoyen du 24 Juin 1793 ), lesquels s'engageaient, dans la même Déclaration ( article 123 ), à honorer « la loyauté, le courage, la vieillesse, la piété filiale, le malheur. »

 

Le GENOCIDE ARMENIEN relève de l'évident ( opinion dissidente des juges

SPIELMANN, CASADEVALL, BERRO, DE GAETANO, SICILIANOS, SILVIS et KURIS, page 126/139, § 2 de l'arrêt rendu le 15 Octobre 2015 par la Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l'homme, n°27510/08 ), appartient à l'ordonnancement juridique

français et s'écrit sans guillemets.

 

P.S. Je note avec satisfaction qu’aucun nom de confrère n’est donné dans cet arrêt au soutien u scandaleux recours. Encore heureux.

 

Par bernard.kuchukian le 10/06/18

Le projet numérique GALLICA avec la Bibliothèque nationale de France m’a fait faire  réimprimer  un gros ouvrage paru en 1896, 120 ans à peine, rédigé essentiellement en français, sinon un peu en grec, appelé « Indicateur des professions commerciales et industrielles de Smyrne », par Jacob de ANDRIA à SMYRNE. 

J’en ai déjà parlé ici, en évoquant pour moi  le souvenir ému de membres de ma famille paternelle,   qui y sont mentionnés comme agents maritimes à SMYRNE.

Le président turc ERDOGAN  d’aujourd’hui  doit avoir en mains de tels ouvrages, en n’importe quelle langue, et il doit rêver.

On y décrit  l’empire ottoman du moment. Y compris les trois dernières villes de la liste qui suit, alors qu’elles ont été déjà perdues,  soit au profit de la Bulgarie, soit au profit de l’empire austro-hongrois).  Il y a longtemps que d’autres territoires ont été perdus.

Je cite.  En tout : il demeure 6.480.884 km².

Capitale : CONSTANTINOPLE (l’actuelle ISTANBUL).

Principales villes  (je cite l’ordre de l’époque) :

SMYRNE (en Turquie, IZMIR actuelle),  KONIEH (en Turquie KONIA actuelle), ANGORA (en Turquie, ANKARA actuelle), BROUSSE (en Turquie BURSA actuelle), ALEP (en Syrie actuelle), DAMAS (en Syrie actuelle) , BADGAD (en Irak actuelle), DIARBAKIR (en Turquie, l’entrée du KURDISTAN), LA MECQUE (en Arabie saoudite actuelle), JERUSALEM (en Palestine puis en  Israël actuelle), ANDRINOPLE (en Turquie d’Europe, EDIRNE actuelle), SALONIQUE (THESSALONIQUE  en Grèce actuelle), MONASTIR (TYR au Liban actuel), JANINA(IONINA actuelle, proche de l’Albanie, en Grèce), USKUB (SKOPJE en République actuelle de Macédoine après avoir été en Yougoslavie), PHILIPPOPOLI (PLOVDIV en actuelle Bulgarie), MOSTAR (en Bosnie-Herzégovine actuelle, après avoir été en Yougoslavie) et BOSNA-SERAT (SARAJEVO   en Bosnie-Herzégovine actuelle, après avoir été en Yougoslavie)

Limites de l’empire :  au nord,  le détroit des Dardanelles, la mer de Marmara, le Bosphore, la mer noire, à l’est,  l’ Asie russe, la Perse  et l’Arabie, à l’ouest, la Méditerranée et l’archipel (l’actuel DODECANESE).

 

 

Par bernard.kuchukian le 27/05/18

Kamel DAOUD est journaliste à l’Echo d’Oran.

Il est essayiste aussi, et s’est fait remarquer par une reprise de l’Etranger d’Albert CAMUS. Il a failli avoir le Goncourt (il le méritait).

Son opinion sur l’islam est à la fois simple et vraie. La voici.

 

"Dans les pays où ils sont minoritaires, les musulmans sont obsédés par les droits des minorités. Dans les pays où ils sont majoritaires, les minorités n’ont plus aucun droit."