Par bernard.kuchukian le 18/01/12

Le Sénat vient d'enterrer le nouveau texte.

Qu'est-ce qu'il doit etre content Monsieur BADINTER ...

Par bernard.kuchukian le 15/01/12

Le Monde du 14 janvier 2012 rapporte vos propos de réserves quant à la reconnaissance du génocide arménien par le Parlement français, plus exactement quant au volet des sanctions de sa négation. Vous y dites que « le Parlement n'est pas un tribunal ».

Ce disant, on voit bien que vous êtes gêné, parce que vous êtes juif et que le génocide des Juifs a lui été reconnu, et comment encore ... Vous le dites-vous même et on sent bien votre embarras.

Reconnaitre l'un et nier l'autre passe alors contre vous dans le domaine de l'odieux.

On peut en effet résumer ainsi : tuer les Arméniens, oui, les Juifs, surtout pas.

Pour tenter d'expliquer cette géométrie variable de l'appréciation de crimes contre l'humanité, et oublier la notion d'imprescriptibilité, vous essayez de vous rattraper en vous rappelant que vous êtes juriste et que vous avez même été président un temps du Conseil constitutionnel. Mon Dieu que les mânes des 1.500.000 Arméniens massacrés à partir de 1915 (sans compter quelques centaines de milliers deplus, d'Assyro-Chaldéens) doivent vous abominer et vous comparer aux barbares turcs puis nazis [les seconds avaient quelquefois des parents qui avaient soutenu les Ottomans en 1915 (1)]

Alors, vous avancez que le génocide des Juifs en France a pu faire l'objet décisions législatives, notamment la loi GAYSSOT, parce que le Tribunal de NUREMBERG avait statué après avoir été institué après le génocide par l'accord de LONDRES de 1945. Donc, il y a eu un tribunal pour les Juifs. Mais pas pour les Arméniens.

Dites-moi, cher président, avez-vous jamais entendu parler du traité de SEVRES, signé par la France le 10 aout 1920, comme l'un des traités d'ile de France ayant suivi celui de VERSAILLES de 1919 ? Et mis fin à la première guerre mondiale.

Et lu son article 230 ainsi libellé :

« Le gouvernement ottoman s'engage à livrer aux puissances alliées les personnes réclamées par celles-ci comme responsables des massacres (2) qui, au cours de l'état de guerre, ont été commis sur tout territoire faisant, au 1er aout 1914, partie de l'Empire ottoman. Les puissances alliées se réservent le droit de désigner le tribunal qui sera chargé de juger les personnes ainsi accusées et le gouvernement ottoman s'engage à reconnaitre ce tribunal. »

Ce traité a été signé par la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne et l'Empire ottoman, mais pas ratifié par ce seul dernier.

Plus tard, la France et les autres, par le traité scélérat de LAUSANNE, enterra celui de SEVRES, en 1923, malgré les protestations britanniques. On sait aussi que l'extradition des assassins DENVER et TALAT, ceux qui pour le Sultan de CONSTANTINOPLE, avaient organisé le massacre des Arméniens, puis s'étaient réfugiés en Allemagne, n'eut jamais lieu.

Sauf heureusement les pieds devant, puisque les Arméniens du Dachnak réglèrent la question par l'opération NEMESIS en les faisant assassiner. Gloire à eux.

Revenons au droit : à partir du moment où la France a signé le traité de SEVRES et n'a pas en fait appliquer son article 230, elle doit assurer son entière responsabilité. Et elle ne peut s'abriter derrière le non droit du traité de LAUSANNE. C'est justement ce qu'elle est appelée à faire maintenant.

____________________________________________

(1) Sauf le sauveteur des Arméniens de SMYRNE, le général allemand Otto VAN SANDERS.

(2) En français dans le texte.