Par bernard.kuchukian le 13/01/14

Deux événements m'ont touché récemment, le second m'a même choqué.

Le premier évènement ne m'a pas vraiment surpris. Je plaidais ces jours-ci un volumineux dossier de construction, ils sont tous volumineux, et nous avions échangé de nombreux jeux de longues conclusions. J'avais bien entendu envoyé mon dossier en support papier à la cour et à l'avance. Dans une belle chemise de couleur. Mon adversaire s'était contenté d'une enveloppe et il a fallu le dépanner en élastiques à l'audience. C'était désordre.

Le plus subtil est ici : une dizaine de jours avant l'audience, le greffe de la cour m'avait demandé par le R.P.V.A. de lui adresser une copie en papier de mes dernières conclusions. C'est désormais l'usage. Je ne cherche plus à comprendre, car j'ai compris, je les avais donc transmises.

A l'audience, avant l'évènement des élastiques, j'ai proposé de remettre à la cour le dossier de procédure.

La présidente souriante m'a fait remarquer qu'elle avait déjà mes pièces en papier et mes dernières conclusions en papier aussi et que c'était parfait. C'est là que j'ai vu que son dossier de procédure c'était donc uniquement mes conclusions récapitulatives en support papier, avec le cachet humide du greffe. Rien d'autre n'avait été imprimé .

Alors, bref échange de propos aimables, bien que les miens soient en plus, techniquement étoffés. La cour gênée de me dire que le greffe n'imprime plus. Ce à quoi je lui ai répondu que c'était normal.

On me connait, et on a été étonné par la sérénité de ma réponse.

Non, ai-je fait remarquer aux magistrats qui ne savaient pas.

La loi de finances pour 2012 a prévu expressément de noter l'avancement les greffiers en fonction des économies de papier et d'encre qu'ils font. Je l'ai signalé ici depuis bien longtemps, mais les magistrats ne me lisent pas. C'est dommage, ils sauraient pourquoi les greffiers n'impriment pas.

Le second évènement me scandalise. Parce que ce n'est pas la première fois avec moi, et qu'enquête réalisée autour de moi, c'est pareil avec les autres confrères.

Voici une importante société d'avocats de MARSEILLE, « pignon sur rue », comme disait l'ancien bâtonnier GAVAUDAN (1), assurances, banques, liquidateurs judiciaires -clientèles souvent piquées aux autres avocats-.

Elle a reçu, j'ai l'accusé de réception en mains (2) un bordereau de pièces avec les pièces correspondantes, transmises par le R.P.V.A. à son adresse de R.P.V.A., à laquelle je puis lui adresser par le R.P.V.A. des conclusions puisque c'est admis par le R.P.V.A.

Ouf. Son adresse de R.P.V.A., c'est celle qu'on nous a donnée avec la clé. De vous à moi on aurait, pu s'en passer, mais puisque c'est obligatoire, n'est--il pas vrai vous confrères en question qui m'avaient combattu sur ce point.

Voilà-t-y pas qu'on m'écrit ce soir pour me dire qu'on n'a pas pu ouvrir mon message avec les pièces et qu'il faut le confirmer à l'adresse de courrier électronique des mêmes confrères.

Dites les confrères dont je tais par charité le nom, ne seriez vous pas à vous foutre du monde non ?

Car ces pièces vont sont adressées en format P.D.F. par le R.P.V.A. dans le système R.P.V.A. qui lit le P.D.F. C'est au même format que vous recevez aussi les conclusions. Là apparemment sans rien dire.

Je ne vous répondrai pas et j'adresserai la copie de mon bordereau en P.D.F. pour information au greffe. Voilà tout.

____________________________

(1) Que je poursuis personnellement en correctionnelle, première audience du 4 février prochain pour dénonciation calomnieuse et entrave à la liberté d'expression.

(2) Merci aux techniciens du R.P.V.A. de lire mes vieux billets. Ils ont enfin compris qu'il faut réduire le nombre d'accusés de réception et en regrouper deux au moins par page.

Par bernard.kuchukian le 04/01/14

Réfléchissons un peu. Et même beaucoup.

Numérique + R.P.V.A. = mécanisation de la fonction administrative du dossier du juge.

A la limite extrême, les avocats, voire les parties, converseront bientôt directement avec les juges, lorsque ces derniers auront bien les machines et programmes en main. Inutile d'avoir un intermédiaire. Et en plus, ça avance. Bien.

Alors, on en fait quoi des greffiers ? Leur l'actuelle fonction tend, avec les calendriers MAGENDIE, à imprimer seulement l'arrivée des conclusions, quand toutefois il n'y a pas de problème d'achat de papier et d'encre.

Une loi de dégagement des cadres. Vous n'y pensez-pas, ça ne se fait pas. Ce serait la preuve en plus de ce que les greffiers avaient raison de craindre pour leurs emplois en raison de l'arrivée du numérique.

Trouvé, voilà, on va les convertir en juges.

Aie, mais ça ne va pas marcher, et pour cause les vrais juges vont protester. Et ils auront raison. L'E.N.M. à BORDEAUX, c'est plus mieux que l'E.N.G. à DIJON.

Alors, c'est trouvé, on va en faire comme des juges du divorce. Mais ils ne seront pas juges, seulement des officiers publics d'enregistrement.

Ce sera, vous savez comme l'éternel refrain du « Canada Dry » du temps jadis (c'était de la limonade en réalité).

« Ca y ressemble, ça en a le gout et la couleur, mais ça n'est pas de l'alcool. »

Allez circulez...

Par bernard.kuchukian le 27/12/13

Merci à notre ami HUVELIN d'avoir mis en ligne sur son blog le vade mecum (1) de la déontologie (2) du numérique, édité en décembre courant par le barreau de Paris, dont je dois avouer n'avoir pas été capable de me le procurer préalablement.

C'est un document de 39 pages qui ne devrait pas changer la face du monde, et qui n'en n'a d'ailleurs pas l'intention. Encore heureux.

Les pages 4 à 8 sont un rappel de conseils techniques informatiques de base. Il y a là des règles prudentielles techniques classiques et sages copiées ça et là. Rien à objecter.

Les pagnes 9 à 14 sont une série de conseils prudentiels appliqués aux cabinets d'avocats. Là non plus, rien d'extraordinaire.

Sauf surement sur la vraie question complètement éludée du stockage des données externes. C'est bien de nous dire qu'il pose des problèmes de protection, sauf qu'on n'a pas la solution.

Laquelle devrait passer par le stockage collectif par la profession toute entière, si on veut que ces règles aient un sens.

Les pages 15 à 24 traitent du web et un peu des blogs. Il est évident que leur contenu est souvent dépassé par l'arrêt du 13 décembre 2013 du Conseil d'Etat, l'arrêt KUCHUKIAN, sur l'interdiction de l'interdiction du démarchage.

C'est tellement compliqué et si contestable souvent et désormais que je n'en dis rien. Pour l'instant.

Les pages 25 à 31 complètent celles qui précèdent et traitent en fait de la publicité. Ce sont des applications pratiques, là encore délicates à mettre en oeuvre en l'état même du verrou ouvert « démarchage ».

Les plus belles pages sont les 32 à 39, sur la sécurité. Là encore, c'est un recueil de règles prudentielles, avec une chose suprême.

L'absence absolue de référence à NAVISTA et à son boitier. Vous me direz qu'à PARIS, ils ont compris avant les autres et ne l'ont pas voulu.

Non, les Parisiens font mieux.

L'ignorance et le mépris total.

On vous dit bien qu'il existe une clé e-barreau (page 38). Mais sans ajouter qu'elle est la panacée de la sécurité.

« Beaucoup de bruit pour rien ». William Shakespeare, 1600.

__________________________

(1) Un pense bête, quoi.

(2) Ah ce mot, comme on l'aime. Car ils veulent tous être déontologues de quelque chose.

Par bernard.kuchukian le 24/12/13

On apprend que les Belges n'ont plus depuis hier d'accès normal aux transactions électroniques par cartes de crédit en raison d'un incident grave de fonctionnement, du sans aucun doute aux pics de consommation des derniers jours. L'explication qu'on imagine est que le réseau saturé s'est comme mis en sécurité.

Je ne suis ni informaticien, ni banquier. Je suis utilisateur, je constate.

Et je me dis, que se passera-t-il le jour où le R.P.V.A. buguera à grande échelle comme chez les Belges ?

Et c'est là qu'on en revient, on en revient sans arrêt, aux protestations et démonstrations marseillaises du temps.

Pourquoi un opérateur unique ? Où sont les réseaux de secours ?

Les barreaux locaux ne peuvent-ils pas stocker les données après s'être créées des mémoires de stockage à l'usage des confrères, attestant la réalité et la sincérité des transmissions en temps et heures, et en régularisant ensuite ?.

La sécurité informatique passe par de telles réflexions, ce qui suppose aussi qu'on n'ait pas bradé le matériel de transmission, acheté sous la direction de l'un et vendu à la casse par l'autre. Certains me comprendront n'est-ce pas ?

Mais ceci n'a rien d'un conte de Noel.

Par bernard.kuchukian le 24/12/13

Nous serons dans quelques jours à deux ans exactement de l'obligation de procéder en numérique pour certaines procédures, en fait celle d'appel. C'est en effet la seule qui soit obligatoire, et cette obligation a coïncidé avec la suppression des avoués d'appel.

Ca et là ont été menées par ailleurs des expériences non obligatoires de communication numérique avec les juridictions de première instance. Dans une ambiance détestable, et injuste. J'en sais personnellement quelque chose pour avoir été la victime des opposants pratiquement médiévaux à ce progrès.

Tout cela a été fait à l'aide du système appelé R.P.V.A. que la profession d'avocat s'est imposé, sans aucune concertation préalable, et dans l'improvisation générale. Avec deux types d'opposition. Les tenants du papier, de l'encre, et du porte plume Sergent major, d'un coté, et les tout dématérialisé. Des oppositions, pire des blocages, du coté de beaucoup de greffes, des oppositions sournoises de la part de beaucoup de magistrats, des réticences, des doutes.

L'ambiance n'a pas été du tout celle de l'approbation générale et enthousiaste du principe et des modalités pratiques. A chaque fois, les réticences ont été nombreuses et se sont exprimées sous diverses formes. Y compris à l'encontre des avocats qui voulaient aller de l'avant. Je rappelle tout de même qu'on a prétendu me faire condamner au disciplinaire parce que j'avais exprimé des critiques très vives contre la politique numérique de mon barreau, partie génialement en flèche puis lâchée (décomposez le mot S.V.P.) ensuite.

Peut-on faire le point aujourd'hui ?

Techniquement, dans les limites de sa conception, le R.P.V.A., c'est-à-dire le système d'exploitation, fonctionne bien. Mieux, on a constaté en deux ans des petits progrès pratiques. On est encore loin de ce qu'on pourrait en attendre si les modernistes n'étaient pas encore montrés du doigt.

Il y a toujours l'inutile obstacle du boitier pour les provinciaux. On nous parle maintenant d'un nomadisme avec Navista, ce qui est stupide et confirme l'expérience marseillaise de Jacques JANSOLIN, à l'époque avec l'approbation et le concours totaux de Dominique MATTEI, bâtonnier du moment : ce boitier ne sert à rien, sauf à constituer une rente à son exploitant et à freiner le progrès.

Toutefois, il reste interdit de tenir ce propos.

Le périmètre de l'expérience numérique judiciaire française reste circonscrit aux cours d'appel. Devant les tribunaux, les obstacles ne sont pas surmontés.

A Marseille, ville pilote, il aura fallu mon recours d'annulation d'une convention locale pour faire bouger les lignes. Et je ne suis même pas sur que l'annonce faite tout récemment par le bâtonnier Erick CAMPANA de l'extension à toutes les chambres civiles, sauf une résistante à tout crin (celle des ventes) soit effectivement d'une réalité à la date maintenant annoncée : le 15 janvier (après plusieurs reports).

Même l'avancée, constituée par la déclaration arrachée, voici quelques mois au conseil de l'ordre de Marseille de la constatation de la communication des actes de procédure entre avocats pourrait se faire par le R.P.V.A. (relayée le même jour par une délibération identique à Paris) n'a pas eu tout le succès espéré. C'est qu'il existe encore des confrères pour s'adresser les actes de procédure avec le timbre de l'huissier audiencier. C'est désespérant.

Le plus grave est qu'on n'a pas l'impression que l'affaire impreigne les esprits, en attendant les volontés.

Voyons, nous savons tous qu'on nous demande systématiquement de transmettre nos dossiers de plaidoirie en support papier bien entendu au moins 15 jours avant l'audience. Certaines chambres suggèrent même d'y ajouter une édition en support papier des derniers actes de procédure, ainsi les conclusions récapitulatives. Bref, la fin des photocopieurs n'a pas été sifflée.

On sait aussi que les greffes refusent de recevoir ces pièces par le R.P.V.A.

La raison est toute simple : c'est dans les lois de finances, il faut y réduire par tous les moyens la dépense du papier, de l'encre et des imprimantes, dans les greffes. Oui parce que les magistrats ne savent pas ou ne veulent pas travailler sur écran.

Attention, je ne les blâme pas, bien au contraire.

J'avoue moi aussi avoir cette difficulté. Et moi, je ne juge pas.

Quoi objecter à ces observations qui m'ont été faites souvent par des magistrats parfaitement sincères : maitre, lorsque nous avons des dossiers papier, nous pouvons passer facilement des conclusions de l'un à celles de l'autre, des pièces de l'un à celles de l'autre.

Bien sur que c'est vrai. Et cette facilité n'existe pas avec l'informatique, du moins en l'état actuel des matériels à disposition.

Il faudrait par exemple que chaque magistrat ait plusieurs écrans devant lui y compris à son domicile lorsqu'il y travaille ses dossiers.

On est alors entré dans le domaine du futur. Non seulement des matériels, mais aussi des mentalités.

Bref, au point actuel, à quoi ont servi tous nos efforts ?

A la suppression des avoués, c'est déjà une bonne chose. Et bientôt à celle des huissiers audiencier, ce qui en est une autre.

A la sensibilisation numérique, ce qui en est une troisième.

A la grande facilité de la transmission des actes, ce qui est tout simplement excellent : les magistrats qui suivent l'instruction des dossiers civils ont devant eux des écrans qui leur permettent la une mission aisée.

A éviter ainsi aux avocats des déplacements inutiles à des audiences de pure procédure : voilà un vrai progrès.

La route est encore longue. Et en plus on ne sait pas exactement où elle va.

Une chose est certaine, et voilà le cadeau de Noel. Ces deux années ne sont pas un échec, loin de là, très loin de là. Simplement, on n'a pas suffisamment pensé et repensé l'expérience.

Et je me souviens de ce que j'avais proposé il y a plus de quatre ans à Dominique, en fin de mandat, qui n'avait donc plus la main et qui a été torpillé par ses successeurs : la constitution d'un groupe permanent de réflexion et de propositions pour faire avancer le sujet.

Allez joyeux Noel quand même.

Par bernard.kuchukian le 22/12/13

« Le Parisien » rapporte, mais on n'a pas tous les détails, une histoire de boitier. Un quidam très astucieux, mordu de nouvelles technologies, a acheté nous dit-on sur Internet un boitier au prix de 300 euros ; qui lui a permis de voler des milliers de litres de carburant à une station libre service d'une grande surface. Le boitier remplaçait la carte de crédit... Découvert par hasard, voire dénonciation, son utilisateur a été poursuivi. Et condamné.

Il parait, je veux voir, qu'en fin d'audience, son avocat aurait demandé à la présidente « de ne pas être trop clémente » afin de ne pas encourager l'utilisation de ce type d'appareil. Voici quelques jours, le voleur, a écopé d'un an de prison, dont six mois avec sursis. Il parait que le procureur avait requis deux ans d'emprisonnement, dont un an avec sursis. Son complice, qui n'a servi qu'une fois de chauffeur, ou parce qu'on revendait le carburant, a été condamné à un mois d'emprisonnement en semi-liberté.

Je n'aime pas cette histoire.

1°. Parce que l'avocat aurait demandé au Tribunal de ne pas être trop clément avec son client. C'est louche, ça fait minutes du Tribunal révolutionnaire à l'époque (« il n'existe pas de loi assez lourde pour punir mon misérable client : la mort »)

2°. Parce que c'est la preuve que la sécurité numérique et les boitiers, ça se discute. Ne croyez-vous pas ?

Dites donc, du coté de Perpignan, chez NAVISTA, « pourquoi tu tousses ? »

Par bernard.kuchukian le 19/12/13

On sait mon combat pour le numérique, semé d'embuches, de traquenards, d'échecs et quelquefois de succès.

Tout seul, encore une fois, j'ai attaqué la décision de mon barreau de prendre un accord partiel avec le Tribunal de grande instance de Marseille pour imposer le fonctionnement numérique dans les procédures civiles. Ma thèse était la suivante : ou le Tribunal tout entier fonctionne ainsi, ou aucune de ses chambres.

On a préféré passer un accord limité à deux chambres seulement. Mon recours a été maintenu, mais on m' a forcé à attendre le 28 février 2014 pour qu'il soit jugé par la Cour d'appel en audience solennelle.

Entretemps, le bâtonnier annonce ce jour qu'à compter du 15 janvier 2014 (initialement, c'était le 1er octobre, puis on est passé au 1er novembre, puis au 1er décembre 2013, puis au 1er janvier 2014) les 1ère, 2ème et 10ème chambres de notre Tribunal passeront au_ R.P.V.A.

Seule la 9ème chambre, celle des ventes, continuera à faire de la résistance.

Et bien, si Dieu me prête vie, on en parlera le 28 février prochain. D'elle seulement, pour autant que les autres fonctionnement comme on nous le dit ce soir. Mes recours sont maintenus.

Par bernard.kuchukian le 12/12/13

J'ai placé hier sur ce blog un commentaire en forme d'analyse de course aux records à la Guinness à propos du jugement, justement record que vient de rendre le Tribunal correctionnel de Marseille dans l'affaire dite des prothèses mammaires. Et j'ai expliqué que tout était alors démesuré.

Le pire de l'histoire est qu'il va y avoir appel de ce jugement, très certainement, et que tout ce qui a été démesuré à Marseille le sera, dans des proportions à peine inférieures à la Cour d'appel d'Aix en Provence. Inférieures uniquement en ce sens que la Cour n'aura pas à entendre à nouveau les témoins.

Mais comme les plaignantes sont plus de 7.000 et que 1.500 à 2.000 d'entre elles ont vu leurs constitutions de parties civiles rejetées pour des considérations matérielles si j'ai bien compris d'impressions de mauvaises copies de C.D. ROM de copies de dossiers, on peut s'attendre à tout.

La solution numérique n'a été ici trouvée que comme la parade à un problème évident de papier, d'encre et de machines à imprimer.

Sur la base de 7.000 parties, avec un jugement de 7.945 pages, il y avait matière à imprimer 55.615.000 pages. Le greffe devenait alors une imprimerie de labeur.

Bis à Aix après Marseille.

Du coup, j'ai commencé de poser des questions, et des confrères amis et techniquement compétents les ont suivies voire complétées. J'évoque Jacques JANSOLIN et Nicolas CREISSON.

Pourquoi alors ce billet à part ?

Tout simplement pour rappeler que régulièrement j'ai mis en ligne sur ce blog l'étude réalisée voici quelques années pour la Revue de l'université d'Utrecht (l'ennui est qu'elle est en anglais) par le professeur Mario VELICOGNA (université de Bologne) - encore lui - à l'aide de deux hauts magistrats de l'ordre administratif français. Traitant de l'expérience française de l'e-justice, ils avertissaient clairement en disant ceci, prémonitoire.

« Le système français n'est pas autonome, donc propre à de l'informatique. On se contente d'essayer d'ajouter des moyens numériques, pour autant qu'on sache les maitriser, à de vieilles règles du temps conçues pour le papier, et sans en changer leur contenu. Et ça ne va pas marcher. »

Alors, les objections vont s'additionner les unes sur les autres, celles de l'exigence de la production de l'original des décisions de justice, mais aussi celle soulevée par CREISSON à propos de la fonction libératoire de la remise de la grosse. Et la question de la signature électronique n'est ici finalement qu'un détail de plus pour compliquer ce qui n'a pas été pensé GLOBALEMENT au départ.

Et bien, en l'état, personne ne sait. Et surtout, personne ne veut savoir parce qu'il est interdit de critiquer ou simplement d'évoquer.

Par bernard.kuchukian le 11/12/13

Le Tribunal correctionnel de MARSEILLE a sans doute obtenu son ticket d'accès au Libre Guinness des records par le jugement qu'il a rendu hier dans l'affaire MAS ou encore celle des prothèses mammaires d'une société toulonnaise (on se demande d'ailleurs pourquoi ce dossier a été envoyé chez nous).

Le bâtonnier m'avait d'ailleurs donné un tuyau voici quelques semaines, il croyait savoir que le jugement ferait 3.500 pages, ce qui matériellement était déjà extraordinaire.

On apprend ce matin dans la presse et chez les confrères que la décision rendue représente exactement 7945 pages.

Du jamais vu.

Mais il ya mieux. En ces temps d'économies de papier et d'encre, voire de machines, le greffe a décidé de (ne ???) délivrer des copies (que ???) sur C.D. ROMS de cette décision. Pire, il en a confié la réalisation matérielle à une société spécialisée. C'est sur, ça coutera moi cher que le papier et l'encre. Et les machines.

Le numériques a donc triomphé.

On devrait s'en réjouir.

Sauf que.

Question vicieuse à la KUCHUKIAN. Imaginez qu'une partie civile veuille utiliser ce jugement, qui va certainement faire l'objet d'un appel, pour prendre des mesures conservatoires contre les parties condamnées pénalement. C'est parfaitement possible.

Il faudra donc que chaque partie civile intéressée (elles sont 5.000 environ) reçoive une copie papier sur 7945 pages.

En effet, aucun huissier n'exécutera un C.D. ROM, et tout bureau des hypothèques exigera la production d'un original. Le C.D. ROM ce n'est pas de l'original.

A suivre, cette partie matérielle cocasse de l'affaire.

Il y a d'ailleurs une autre partie du même genre : le Tribunal a rejeté entre 1.500 et 2.000 constitutions comme irrecevables car contenant des pages sans doute du dossier communiqué aux avocats par le greffe, sauf que ces pages étaient noires ou illisibles. Parait-il.

Ce n'est pas un cas isolé. J'ai un dossier correctionnel tout modeste qui se traine ainsi parce que le Tribunal a perdu les deux originaux sur papier et que pour reconstituer sur la base des C.D. ROM, qui avaient été adressés aux avocats, on ne peut pas. La moitié des pages qui m'ont ainsi été adressées soit noires.

On avance, on avance.

Par bernard.kuchukian le 29/11/13

Oh rien du tout.

Vous savez mon combat et aussi celui de Jacques JANSOLIN (c'est facile à compter, on est deux) pour le nomadisme numérique des échanges entre avocats.

C'est-à-dire la possibilité de pouvoir accéder au R.P.V.A. de n'importe quel point dans le monde, sans passer par le boitier Navista obligatoire en tel point.

A part les Parisiens, qui eux ont tout compris, et n'ont pas Navista, toute la profession s'en fout.

Mais n'est ce pas, avec une grande distinction, quoi ...

Avec et y compris à MARSEILLE, d'où pourtant est née la révolte géniale et courageuse sous Dominique MATTEI.

Les confrères sont indifférents, qui nous voient comme les vaches regardent passer les trains. Paisibles. Pas concernés.

Et moi, je vais au Conseil d'Etat, et moi j'inonde la Cour d'appel de recours, etc.

Et on me regarde comme l'emmerdeur public n° 1.

Qui a cependant tout de même réussi à faire fléchir l'institution ordinale marseillaise, laquelle a finalement décidé que l'envoi par le R.P.V.A. c'est comme la notification entre avocats en toute matière. J'imagine la tète des membres du conseil de l'ordre quand ils ont su que le texte correspondant avait été rédigé ensemble par le bâtonnier et moi.

Application ce matin. Je me marre.

Une consoeur trouve amusant de m'adresser par le R.P.V.A. avant-hier et à six jours de l'ordonnance de clôture, des conclusions fleuve dans lesquelles elle change de système de défense.

Je ne me démonte pas, je modifie ma défense et lui notifie ce matin ma réponse. Par le R.P.V.A. aussi. Tout va bien, on pourra clôturer lundi, je suis pressé.

A mon âge ...

Alors voilà, cette consoeur là, qui évidemment comme les autres, n'a jamais rien fait pour soutenir le combat du numérique, et dont j'imagine qu'elle devait être bien planquée dans le camp des regardeurs de ceux qui se battent, eux comptant les points et surtout ne prenant pas partie, m'a téléphoné ce matin.

Elle m'a expliqué qu'elle n'était pas au cabinet (moi j'y suis), et qu'elle savait qu'elle avait reçu mes conclusions par le R.P.V.A.

J'imagine à ce propos qu'elle a reçu une alerte sur son téléphone cellulaire. Mais comme le R.P.V.A. provincial passe par le boitier Navista, impossible pour elle d'ouvrir le message.

Tranquille, elle m'a demandé de doubler mon envoi par un autre part Internet à une adresse commerciale de courriel, classique.

Non. Et puis quoi encore ?

Elle n'avait qu'à nous soutenir, elle comme les autres dans notre combat pour le nomadisme.

Oui parce que si le sous combat pour l'envoi numérique n'avait pas été gagné, il aurait tout de même fallu qu'elle se déplaçât, premièrement à la maison de l'avocat, et deuxièmement à son cabinet pour avoir l'acte signifié par l'huissier audiencier.

Croyez vous qu'elle aurait alors demandé à l'huissier audiencier de le lui adresser par courriel ?

Qu'elle assume.

Le manque de courage, la désinvolture distinguée, ça suffit. Je me marre. Vous dis-je.