Par catherine.taurand le 08/10/21

Dans cette affaire, un élève de 8 ans souffrant de troubles autistiques subissait le harcèlement moral de la part d’un camarade de classe de son âge (violences physiques et verbales récurrentes depuis deux ans), qui causait, chez lui, une dégradation de ses conditions d'apprentissage et une altération de sa santé physique et psychique.

Les professionnels de l'enfance alertés par les parents avaient unanimement relevé l'installation avérée d'un rapport de force et de domination durable entre ce dernier et son camarade ainsi que la volonté délibérée de nuire de l’élève harceleur.

 

  1. Le droit de ne pas être harcelé reconnu comme liberté fondamentale

Ce qui est intéressant dans ce dossier est le fondement sur lequel le juge des référés a été saisi, celui du référé liberté, qui implique qu’une atteinte grave et manifestement illégale soit portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale.

 

Et précisément, le juge des référés du tribunal administratif de Melun a reconnu que « le droit pour un élève de ne pas être soumis à un harcèlement moral de la part d'autres élèves constitue une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ».

 

Cette liberté fondamentale avait déjà été reconnue à l’égard des agents publics et des fonctionnaires harcelés au travail dès 2014 (CE ord., 19 juin 2014, n° 381061, Cne Castellet aux Tables).

Elle est désormais étendue aux élèves dans le cadre scolaire.

 

La loi n°2019-791 du 26 juillet 2019 pour une école de la confiance avait préparé cette avancée en introduisant l’article L. 511-3-1 du Code de l'éducation selon lequel: « Aucun élève ne doit subir, de la part d'autres élèves, des faits de harcèlement ayant pour objet ou pour effet une dégradation de ses conditions d'apprentissage susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité ou d'altérer sa santé physique ou mentale », qui consacrait le non-harcèlement comme un droit, celui de suivre une scolarité sans harcèlement.

 

  1. La charge de la preuve

L’ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Melun présente également l’avantage de préciser le mécanisme de la charge de la preuve en matière de harcèlement en milieu scolaire.

 

On sait que, s’agissant du harcèlement subi par des agents publics et des fonctionnaires, il existe un régime de présomption qui fonctionne de la manière suivante :

  • Etape 1 : il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence ;

 

  • Etape 2 :il incombe ensuite à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement ;

 

  • Etape 3 : le juge apprécie si les agissements de harcèlement sont ou non établis et tient compte des comportements respectifs de l'administration et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.

 

Dans notre affaire, le juge des référés du tribunal administratif de Melun a procédé de manière un peu différente.

 

En effet, il a bien relevé l’existence d’une présomption d’existence de harcèlement dans le passé (année de CP) dans les termes suivants : « L'installation avérée d'un rapport de force et de domination durable (…) ainsi que la volonté délibérée de nuire, relevées unanimement par les professionnels de l'enfance, ont ainsi légitimement pu être appréhendées par M. B et Mme G.. malgré les troubles autistiques dont souffre l'élève A , comme manifestant l'existence d'une situation de harcèlement à l'endroit de leur fils au cours de son année de scolarisation en CP, ayant eu pour effet une dégradation de ses conditions d'apprentissage et une altération de sa santé physique et psychique ».

Mais il a ensuite relevé tout le dispositif de mesures que l’administration avait mis en place à partir de la rentrée de CE1 pour conclure à l’absence de présomption d’existence d'une situation de harcèlement toujours en cours au jour de sa décision.

A cet égard, il mentionne en effet « (…) qu'à compter de la mise en place de ces mesures d'éloignement, au titre de la rentrée scolaire 2020/2021, les agissements dénoncés par les parents de E ne sauraient, pris ensemble ou isolément, être regardés comme faisant présumer l'existence d'une situation de harcèlement toujours en cours »

En d’autres termes, pour caractériser l’existence ou non de la présomption de l’existence d’un harcèlement (en cours au jour de sa décision), il a tenu compte des mesures prises par l’administration visant à mettre fin au harcèlement scolaire. Il a, en quelque sorte, fondu en une seule étape les deux premières étapes sus mentionnées.

 

C’est le fondement de sa saisine qui l’y invitait.

En effet, il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, résultant de l'action ou de la carence de cette personne publique, de prescrire les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte, dès lors qu'existe une situation d' urgence caractérisée.

 

Dans ce contexte, le juge des référés du tribunal administratif de Melun, après avoir consacré le droit, pour un élève, de ne pas être soumis à un harcèlement moral de la part d'autres élèves comme une liberté fondamentale au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, énonce que « le caractère manifestement illégal de l'atteinte doit s’apprécier notamment en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et des mesures qu'elle a, dans ce cadre, déjà prises ».

 

En l’espèce, l'administration de l'école avait bien traité ou en tout cas pris un certain nombre de mesures efficientes : visant à mettre fin au harcèlement : dispositif d'éloignement total entre les deux enfants lors des temps scolaires et des activités périscolaires et extrascolaires, une inscription dans deux classes différentes, des entrées et des temps de récréation distinct… dont l’effet bénéfique sur l’élève harcelé avait été constaté.

 

Le juge des référés liberté en conclut qu’«Ainsi, à la date de la présente ordonnance, les requérants ne justifient de l'existence ni de circonstances caractérisant une situation d'urgence impliquant des mesures tendant à sauvegarder le droit de leur enfant à ne pas être soumis à une situation de harcèlement, au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ni d'une atteinte manifestement illégale à ce droit ». 

Par catherine.taurand le 10/02/16

En matière de harcèlement moral, on sait qu’il appartient à l’agent public de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement et qu'il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement.

 

On sait également que, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui.

 

En d’autres termes une fois le harcèlement caractérisé, le préjudice doit être intégralement réparé, quel qu’ait été le comportement de la victime.

 

Dans une récente affaire, c’est en suivant exactement ces étapes que la cour administrative d’appel de Versailles a reconnu la qualification de harcèlement moral s’agissant d’une attachée territoriale, recrutée en qualité d'assistante socio-éducative par la commune du Raincy et mise à disposition auprès du centre communal d'action sociale (CCAS) pour y exercer les fonctions de directrice.

 

 

Dans cette affaire l’agent public avait fait l'objet de deux séries de mesures visant à l'écarter de ses fonctions au sein du CCAS : ces faits étaient constitutifs d'une présomption de harcèlement moral au regard de leur nature, des conditions dans lesquelles ils sont intervenus, de leur caractère déstabilisant et de leurs conséquences sur la santé de l'intéressée.

La cour a constaté, en effet, que au vu des SMS produits par la requérante, que sa relation avec le maire, président du CCAS, s'était brutalement détériorée à la fin d'un voyage professionnel. Après de nombreux échanges de SMS, le Maire lui a signifié qu'il souhaitait la voir le lundi suivant, lui reprochant la gravité de son attitude et lui annonçant qu'il ne pourrait plus travailler " dans un climat de réelle confiance " avec elle.

Le lendemain, l’agent a constaté que les codes d'accès à son bureau avaient été modifiés et qu'elle n'avait plus accès à son poste de travail. Elle a été placée en congé de maladie pour " anxiété réactionnelle "  et son arrêt maladie a été prolongé.

Alors qu’elle était informée de sa titularisation, un courrier lui conseillait une nouvelle orientation et l’informait que le service social de la Ville allait être reformaté et qu'une nouvelle affectation lui serait proposée. Dans le même  temps, une autre personne avait été désignée temporairement à sa place.

 

Par SMS toujours, le Maire a convié l’agent à un voyage à l'étranger. Face au refus de l’agent, il l'a informée, toujours par SMS, de sa volonté de lui parler de divers sujets et de ce qu'elle le mettait en situation difficile en sa qualité d'employeur, en raison notamment des plaintes de personnes bénéficiaires d'aides du CAAS qui n'auraient perçu qu'une partie de l'aide annoncée. Il évoquait à cette occasion la nécessité de récupérer le logement dont elle bénéficiait et de verser désormais la prime à la personne qui lui avait succédé au CCAS.

 

L’agent a ensuite été envoyée en stage de formation communication, au retour duquel l’agent a encore été entendue par son employeur pour des anomalies dans la gestion du CCAS, ce qui l’a conduite en arrêt maladie pour état anxio-dépressif.

 

Alors qu’elle déposait  plainte pour harcèlement, elle s’est vue exclure de ses fonctions et sa responsabilité a été mise en cause dans la gestion du CCAS, causant un signalement au procureur de la République de Bobigny, qui l’a classé sans suite.

 

Il a également été mis fin à ses fonctions de secrétaire du conseil d'administration du CCAS de la commune du Raincy, par une décision annulée par le Tribunal.

 

L’agent a encore été sanctionnée par décision d’exclusion de deux ans de ses fonctions d'attaché territorial, alors d'ailleurs que le conseil de discipline n’était pas parvenu à dégager une majorité sur une quelconque sanction et que celle-ci a été annulée.

 

La Cour constate ensuite que, en sens contraire, le CCAS du Raincy faisait valoir que ces mesures prises à l'encontre de l’agent étaient étrangères à tout harcèlement et se prévalait du comportement de la victime, à savoir, son attitude équivoque, sa participation à une émission de téléréalité et à une soirée en tant que gogo danseuse, sa manière de servir et sa gestion au sein du CCAS…

 

Face à ces éléments, la Cour a considéré qu'en se bornant à invoquer l'attitude équivoque de l’agent, le CCAS n'apportait aucune justification d'un éventuel caractère professionnel  du retentissement de cette attitude, qu'il n'est d'ailleurs invoqué aucune difficulté concrète dans l'exercice de ses fonctions à la tête du CCAS à l'exception de faits non établis au pénal.

 

Elle a donc conclu à l’existence de faits de harcèlement (CAA de Versailles, 4 février 2016, n°14VE01835).  

Catherine TAURAND

Avocat droit public – droit fiscal

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Tél. : +33 1 53 30 72 72 / +33 6 41 68 25 48

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Par catherine.taurand le 10/02/16

En matière de harcèlement moral, on sait qu’il appartient à l’agent public de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement et qu'il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement.

 

On sait également que, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui.

 

En d’autres termes une fois le harcèlement caractérisé, le préjudice doit être intégralement réparé, quel qu’ait été le comportement de la victime.

 

Dans une récente affaire, c’est en suivant exactement ces étapes que la cour administrative d’appel de Versailles a reconnu la qualification de harcèlement moral s’agissant d’une attachée territoriale, recrutée en qualité d'assistante socio-éducative par la commune du Raincy et mise à disposition auprès du centre communal d'action sociale (CCAS) pour y exercer les fonctions de directrice.

 

 

Dans cette affaire l’agent public avait fait l'objet de deux séries de mesures visant à l'écarter de ses fonctions au sein du CCAS : ces faits étaient constitutifs d'une présomption de harcèlement moral au regard de leur nature, des conditions dans lesquelles ils sont intervenus, de leur caractère déstabilisant et de leurs conséquences sur la santé de l'intéressée.

La cour a constaté, en effet, que au vu des SMS produits par la requérante, que sa relation avec le maire, président du CCAS, s'était brutalement détériorée à la fin d'un voyage professionnel. Après de nombreux échanges de SMS, le Maire lui a signifié qu'il souhaitait la voir le lundi suivant, lui reprochant la gravité de son attitude et lui annonçant qu'il ne pourrait plus travailler " dans un climat de réelle confiance " avec elle.

Le lendemain, l’agent a constaté que les codes d'accès à son bureau avaient été modifiés et qu'elle n'avait plus accès à son poste de travail. Elle a été placée en congé de maladie pour " anxiété réactionnelle "  et son arrêt maladie a été prolongé.

Alors qu’elle était informée de sa titularisation, un courrier lui conseillait une nouvelle orientation et l’informait que le service social de la Ville allait être reformaté et qu'une nouvelle affectation lui serait proposée. Dans le même  temps, une autre personne avait été désignée temporairement à sa place.

 

Par SMS toujours, le Maire a convié l’agent à un voyage à l'étranger. Face au refus de l’agent, il l'a informée, toujours par SMS, de sa volonté de lui parler de divers sujets et de ce qu'elle le mettait en situation difficile en sa qualité d'employeur, en raison notamment des plaintes de personnes bénéficiaires d'aides du CAAS qui n'auraient perçu qu'une partie de l'aide annoncée. Il évoquait à cette occasion la nécessité de récupérer le logement dont elle bénéficiait et de verser désormais la prime à la personne qui lui avait succédé au CCAS.

 

L’agent a ensuite été envoyée en stage de formation communication, au retour duquel l’agent a encore été entendue par son employeur pour des anomalies dans la gestion du CCAS, ce qui l’a conduite en arrêt maladie pour état anxio-dépressif.

 

Alors qu’elle déposait  plainte pour harcèlement, elle s’est vue exclure de ses fonctions et sa responsabilité a été mise en cause dans la gestion du CCAS, causant un signalement au procureur de la République de Bobigny, qui l’a classé sans suite.

 

Il a également été mis fin à ses fonctions de secrétaire du conseil d'administration du CCAS de la commune du Raincy, par une décision annulée par le Tribunal.

 

L’agent a encore été sanctionnée par décision d’exclusion de deux ans de ses fonctions d'attaché territorial, alors d'ailleurs que le conseil de discipline n’était pas parvenu à dégager une majorité sur une quelconque sanction et que celle-ci a été annulée.

 

La Cour constate ensuite que, en sens contraire, le CCAS du Raincy faisait valoir que ces mesures prises à l'encontre de l’agent étaient étrangères à tout harcèlement et se prévalait du comportement de la victime, à savoir, son attitude équivoque, sa participation à une émission de téléréalité et à une soirée en tant que gogo danseuse, sa manière de servir et sa gestion au sein du CCAS…

 

Face à ces éléments, la Cour a considéré qu'en se bornant à invoquer l'attitude équivoque de l’agent, le CCAS n'apportait aucune justification d'un éventuel caractère professionnel  du retentissement de cette attitude, qu'il n'est d'ailleurs invoqué aucune difficulté concrète dans l'exercice de ses fonctions à la tête du CCAS à l'exception de faits non établis au pénal.

 

Elle a donc conclu à l’existence de faits de harcèlement (CAA de Versailles, 4 février 2016, n°14VE01835).  

Catherine TAURAND

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Par catherine.taurand le 11/09/14

Les agents publics victimes de harcèlement moral ont, à leur disposition, plusieurs dispositifs juridiques pour faire cesser ces comportements  à leur encontre.

 

Dans une affaire récente (CE, Juge des référés, 19/06/2014, n°381061 aux Tables), un agent public avait été recruté par la commune du Castellet en 2003 en qualité d'agent technique principal, puis promu agent de maîtrise chargé de réaliser des interventions techniques, d'assurer la maintenance des infrastructures de la commune et de l'encadrement des agents techniques de la commune.

 

A partir de l'année 2004 ses conditions de travail se sont dégradées. Il a, notamment, il a été mis à l'écart de son équipe, et s'est vu privé de ses responsabilités d'encadrement et de l'utilisation des moyens affectés aux services techniques, sans que son aptitude professionnelle ait été mise en cause par la commune ou qu'une procédure disciplinaire ait été engagée à son encontre.

 

La situation d'isolement et de désoeuvrement dans laquelle il a été placé a engendré chez lui un état dépressif et des perturbations dans sa vie personnelle.

 

C’est ainsi qu’il  a décidé de porter plainte en 2010 contre le maire du Castellet, qui a été condamné pour harcèlement moral .

 

Les faits se poursuivant, l’agent public  a déposé une autre plainte, qui n’a pas découragé ces agissements. En effet, en dernier lieu, le maire du Castellet avait fait murer la fenêtre du bureau de l’agent public  puis fait enlever les parpaings l'obstruant à la suite de la saisine par l’agent public du juge des référés du tribunal administratif.

 

En outre, à la différence des autres agents techniques de la commune, il ne disposait ni des clés pour accéder aux véhicules de service, ni de celles du local à outils.

 

Le Conseil d’Etat rappel que  le droit de ne pas être soumis à un harcèlement moral constitue pour un agent une liberté fondamentale.

Face à cette situation particulièrement grave et manifestement illégale, le juge des référés administratifs était parfaitement fondé à enjoindre au maire du Castellet, d'une part, de mettre en oeuvre, dans un délai de 48 heures, tous les moyens humains et matériels afin de permettre à cet agent public d'exercer ses fonctions d'agent de maîtrise conformément à la fiche de poste correspondant à son cadre d'emplois et, d'autre part, de lui permettre de bénéficier, indépendamment de la surveillance régulière qui est par ailleurs exercée par le médecin du travail, d’un examen médical périodique auprès du médecin de prévention.

Catherine Taurand
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Par catherine.taurand le 11/12/13

Dans un arrêt récent (CE 20 novembre 2013 n° 340591 au Lebon), le Conseil d'Etat clarifie le rôle de l'inspecteur du travail saisi d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé pour inaptitude physique.

On sait que lorsque le licenciement de l'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale.

On sait également que, dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude physique, il appartient à l'inspecteur du travail de rechercher si cette inaptitude est telle qu'elle justifie le licenciement envisagé.

Ce contrôle se fait compte tenu des caractéristiques de l'emploi exercé à la date à laquelle elle est constatée, de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé, des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi, et de la possibilité d'assurer son reclassement dans l'entreprise.

Mais, dans cet arrêt, le Conseil d'Etat pose le principe selon lequel il n'appartient pas à l'inspecteur du travail de rechercher la cause de l'inaptitude, dont il doit cependant vérifier qu'elle justifie le licenciement envisagé.

Il précise que la recherche de cette cause n'incombe pas à l'inspecteur du travail, y compris dans le cas où la faute invoquée résulte d'un harcèlement moral dont l'effet serait la nullité de la rupture du contrat de travail.

Il ajoute bien entendu que, dans un tel cas, la décision de l'inspecteur du travail ne fait pas obstacle à ce que le salarié saisisse les juridictions compétentes pour faire constater les causes de l'inaptitude invoquée comme motif de licenciement.

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Par catherine.taurand le 27/11/13

Une victime ou un témoin d'un comportement susceptible de mettre en cause des agents d'un service de la police nationale peut bien entendu déposer une plainte.

Outre le dépôt de plainte et en complément de celui-ci, la possibilité a été ouverte à tout citoyen, depuis le 2 septembre 2013, de saisir directement en ligne les services de l'inspection générale de la police nationale (IGPN).

Pour cela, vous devez utiliser le formulaire de signalement accessible depuis le site internet du ministère de l'intérieur: http://www.police-nationale.interieur.gouv.fr/Organisation/Inspection-Ge....

Attention, les services du Premier Ministre insistent sur deux points:

toute dénonciation mensongère sera systématiquement signalée à l'autorité judiciaire et pourra, le cas échéant, faire l'objet d'une plainte du ministère de l'intérieur, ce procédé ne remplace pas le dépôt de plainte ou la mise en cause de la responsabilité devant les juridictions compétentes.

Catherine Taurand

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Par catherine.taurand le 03/10/13

Dans un arrêt Lille Métropole Habitat du 30 août 2013, la cour administrative d'appel de Douai a rappelé un élément important de la caractérisation du harcèlement moral.

Dans cette affaire, un agent public, affecté au sein de l'OPAC de Roubaix, dénonçait d'abord le fait que son bureau se résumait à un simple réduit.

Sur ce point, la Cour consiidère que le bureau d'une superficie de 13 mètres carrés et affecté d'une fenêtre donnant sur une cour intérieure, avait été précédemment attribué à la présidente d'une commission et qu'il n'était donc pas établi que l'agent public avait subi des conditions de travail dégradantes susceptibles de porter atteinte à ses droits et à sa dignité en étant affecté à ce bureau.

Le fonctionnaire dénonçait également le fait qu'il n'avait durablement pas disposé d'outil informatique, malgré sa demande mais la Cour considère qu'il ne justifiait pas que ce matériel était indispensable à l'exercice de ses fonctions.

Quant à son obligation de pointage, la Cour que seule une petite partie de cadres exerçant des fonctions de responsabilité était dispensé de cette obligation de pointage, les fonctions de chargé de mission exercées par le fonctionanire ne bénéficiant pas de cette dispense.

De même, la Cour n'a pas considéré que la note adressée aux locataires par le président de l'office remettant en cause une décision prise par le fonctionnaire en sa qualité de directeur de l'agence du nouveau Roubaix était de nature à la faire regarder comme procédant d'agissements vexatoires de la part de son employeur.

En revanche, la Cour n'a pu que constater qu'hormis durant une brève période d'affectation en qualité de directeur d'agence, et alors pourtant qu'il détenait le grade de directeur territorial, l'OPAC de Roubaix n'avait confié au fonctionnaire requérant, jusqu'à son départ à la retraite au mois de juin 2009, aucune activité correspondant à son grade.

Elle ajoute que le fait que le fonctionnaire ait été à plusieurs reprises en arrêt de travail et n'aurait pas correctement assumé l'organisation, qui lui avait été confiée, du forum des locataires, ne dispensait pas l'OPAC de lui confier des activités correspondant à son grade.

La Cour en a déduit que le fonctionanire avait donc bien été victime d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral.

Le fait de ne pas se voir confier des activités correspondant à son grade est un élément déterminant de la caractérisation du harcèlement moral.

Catherine Taurand

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Par catherine.taurand le 18/06/13

Dans une affaire récente, le tribunal administratif de Lille (28 mai 2013, n°1104690 X c/ Commune d'Outreau) a rejeté, par un jugement particulièrement riche d'enseignements la requête d'un agent spécialisé des écoles maternelles (ATSEM) qui avait été affecté au centre d'action jeunesse de la ville d'Outreau par une décision du maire.

Cet agent demandait au tribunal administratif de Lille de procéder à l'annulation de son affectation à l'entretien du centre d'action jeunesse, à l'injonction à la commune de l'affecter sur un poste d'ATSEM sous astreinte, au bénéfice de la protection fonctionnelle, à la constatation de harcèlement moral et à la condamnation de la commune au paiement de la somme de 10 000 € à titre de dommages et intérêts pour préjudices subis.

Mais l'agent ne rapportait pas la moindre preuve du prétendu harcèlement et la Commune a, au contraire, parfaitement établi quecet agent avait été affecté dans l'ensemble des écoles maternelles de la collectivité et qu'à chaque fois les mêmes reproches étaient évoqués à son encontre: abandons de poste, absences injustifiées, refus de répondre aux convocations du supérieur hiérarchique, documents dérobés, situations conflictuelles sournoisement provoquées, récurrentes sous différentes formes...

Manifestement, l'agent ne parvenait pas à prendre conscience de ce problème et se réfugiait derrière une théorie de persécution à son égard, dont elle semblait persuadée.

Son comportement n'ayant absolument pas évolué malgré les multiples rappels à l'ordre et nouvelles chances dont elle a bénéficié, ce comportement étant sans cesse dénoncé comme incompatible avec la fonction d'ATSEM, cet agent n'avait finalement pas laissé d'autre choix à la Commune que de changer son affectation et la réaffecter aux tâches d'agent de service au sein du centre d'action jeunesse, tâche qu'elle exerçait déjà auparavant, tout en lui maintenant sa rémunération.

Le tribunal administratif de Lille a, à juste titre, considéré que " la requérante (...) se borne dans ses écritures à soutenir qu'elle est victime d'un processus de harcèlement moral qui justifierait le bénéfice de cette proteetion ; qu'elle n'apporte à l'appui de ses allégations aucun début de preuve de nature à en établir le bien-fondé; que les conclusions de la requérante tendant à obtenir la protection fonctionnelle et la reconnaissance d'un harcèlement moral doivent ainsi être rejetées";

En effet, seuls des éléments objectifs de preuve et des attestations sont de nature à démontrer le harcèlement moral devant le juge, qui ne peut se contenter de simples allégations de la part des requérants. La constitution de preuves est un préalable indispensable à toute action pour harcèlement moral.

En outre, une demande préalable indemnitaire est indispensable avant toute saisine du juge, ce qu'avait omis de faire l'agent dans l'affaire susvisée, ce qui a conduit le tribunal à considérer que "Mme X n'a pas présenté au maire de la commune d'Outreau une demande préalable tendant à l'octroi d'une indemnité ; que, dès lors, le contentieux n'étant pas lié, les conclusions indemnitaires de la requête ne sont pas recevables".

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Catherine Taurand

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Par catherine.taurand le 11/04/13

On sait qu'il résulte des dispositions combinées de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 et de l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite que ne peut être reconnue d'origine professionnelle, pour un agent de la fonction publique territoriale, une maladie que s'il est établi qu'elle est essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime.

Le tribunal administratif de Lille a, par deux jugements du 2 avril 2013, sévèrement sanctionné le maire de Camiers, qui persistait, enfermé dans une attitude dilatoire, à ne pas vouloir reconnaître comme professionnelle la maladie de deux de ses agents.

Dans la, première affaire, c'est l'ancien Directeur général des services qui était concerné.

Dès l'arrivée de la nouvelle majorité municipale menée par l'actuel maire de Camiers, en mars 2008, s un changement de majorite municipale en mars 2008, le requerant avait été écarté de son emploi de directeur général des services de la commune de Camiers sans retrouver un poste équivalent aux attributions de son cadre d'ernplois jusqu'en octobre 2009.

Plusieurs mois avant qu'une decision de changement d'attribution de ses fonctions lui soit notifiée, il a été privé du véhicule de service, du matériel informatique et du téléphone de service qui lui étaient affectés.

Ensuite, ses courriels et correspondances présentant un caractère manifestement personnel ont été ouverts. En outre, il a essuyé des insultes de la part d'un adjoint au maire et une mise à l'écart organisée par les autorités municipales au sein des services.

La commune a même tenté de supprimer son poste durant l'année 2010 mais s'en est abstenue après un avis défavorable du comité technique paritaire départemental saisi de ce projet.

Victime de ces faits de harcèlement moral incessants, le requérant a déposé plainte pour harcèlement moral formé à l'encontre de quatre élus municipaux, dont principalement le maire de Camiers.

A la suite de ce dépôt de plainte, le requérant a alors rencontré de sérieuses difficultés à obtenir que soient complètement réglés les honoraires de son avocat, malgré la protection fonctionnelle qui lui avait été accordée.

Par un jugement du tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer du 20 mars 2012, le Maire et le premier adjoint ont été reconnus coupables de harcèlement moral à l'encontre du requérant.

Le tribunal a reconnu l'ensemble de ces éléments. Il a également considéré qu'il ressortait des pièces du dossier, et notamment des certificats médicaux produits, que les arrêts de travail que l'ancien directeur général des services a connus caractérisés par du stress, un syndrome dépressif sous-jacent, des troubles du sommeil, des crises d'angoisse, ainsi que l'instabilité de sa tension artérielle et de son pouls sont directement liés à ces difficultés relationnelles professionnelles et ce harcèlement.

Constatant que le médecin expert avait établi que le requérant est atteint depuis 2011 d'un syndrome dépressif sévère, survenu de manière réactionnelle et qu'aucune prédisposition, ni aucune manifestation pathologique de cette nature n'avaient été décelées anterieurement chez ce fonctionnaire, le tribunal administratif de Lille a, à bon droit, conclu que la pathologie dont le requérant est atteint est essentiellernent et directernent causée par son travail au sein des services de la commune de Camiers et doit, par suite, étre regardée comme étant d'origine professionnelle.

Face au comportement dilatoire du maire de Camiers, qui, malgré l'ensemble des avis des médecins experts ainsi que de la commission de réforme concluant à la reconnaissance de la maladie professionnelle, s'est toujours refusé à prononcer cette reconnaissance, le tribunal administratif de Lille, sur demande de l'avocat de l'intéressé, a ordonné l'édiction de cette reconnaissance dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Dans la seconde affaire, c'était un gardien de la police municipale de Camiers qui était concerné. Dans des conditions un peu similaires, le maire de Camiers se refusait à reconnaître la maladie du requérant comme imputable au service malgré l'ensemble des avis des médecins experts ainsi que de la commission de réforme.

Cet agent avait, pendant son service, été victime d'insultes et de menaces de sanctions disciplinaires par un adjoint au maire de Camiers.

Suite à son dépôt de plainte et à cet événement, plusieurs mesures individuelles défavorables ont été prises par le Maire à son encontre, dans l'exercice de son pouvoir hiérarchique.

En outre, le requérant a subi diverses vexations et brimades, telles que l'ouverture systématique de son courrier personnel, la suppression de sa boite aux lettres électronique, l'interdiction de converser avec l'ancien maire, le retard mis à régler les honoraires de l'avocat au titre de la protectidn fonetionnelle, une baisse de prime de manière irrégulière en juin 2010 et le retard à lui changer son habillement de policier municipal l'obligeant ainsi à porter un pantalon abimé.

Des troubles sévères s'en sont suivis pour la santé physique et mentale du requérant, directement liés à ces événements. Pourtant, le maire de Camiers refusait toujours et encore de reconnaître l'affection de l'intéressé comme imputable au service.

le tribunal administratif de Lille l'a, encore une fois, condamné à reconnaître cette affection comme étant d'origine professionnelle, dans un délai d'un mois.

Catherine Taurand

Avocat droit public - droit fiscal

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Par catherine.taurand le 15/03/13

En principe, la protection fonctionnelle bénéficie à l'agent qui a subi des « menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages » dans l'exercice de ses fonctions.

Un récent jugement du tribunal administratif d'Orléans (TA Orléans 26 février 2013, N° 1102529 et N° 1103306) opère un élargissement du bénéfice de la protection fonctionnelle aux cas de relations hiérarchiques particulièrement tendues, qui ne caractérisent pourtant pas un harcèlement moral.

Dans cette affaire, un directeur général adjoint d'un département porte plainte contre le directeur général des services pour harcèlement moral et demande le bénéfice de la protection fonctionnelle qui lui est refusé.

Le tribunal administratif appelé à statuer sur le refus de protection fonctionnelle, ne retient pas le harcèlement moral.

Cependant, il relève que les pièces et témoignages produits par le requérant tendent à établir « une pratique managériale autoritaire refusant la contradiction et la gérant par le recours à la manoeuvre, l'intimidation par des propos et des attitudes publics humiliants, organisant fréquemment la mise en cause des lignes hiérarchiques, allant jusqu'à laisser entendre que le cadre ainsi court-circuité est en instance de départ ».

Il ne conclut pas au harcèlement moral mais considère que le comportement du DGS a « excédé l'exercice normal du pouvoir hiérarchique » et qu'est caractérisée une « situation anormale de travail ».

Il n'en considère pas moins que la collectivité aurait dû accorder sa protection au cadre en posant le principe que:

« les agissements [de harcèlement moral] mentionnés à l'article 6 quinquiès [de la loi du 13 juillet 1983], comme tous ceux qui excèdent les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique d'organisation du service ou qui portent atteinte aux relations normales de travail obligent l'autorité fonctionnelle à accorder à l'agent public la protection prévue à l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 ».

Il s'agit là d'une extension notable du domaine de la protection fonctionnelle aux « situations anormales de travail » qui ne constituent cependant pas un harcèlement.

Un éventuel appel est à surveiller pour savoir si cette extension du champ du bénéfice de la protection fonctionnelle est confirmée.

Catherine Taurand

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