Nov
08
JEAN DE LA FONTAINE : LES CHIENS ET LES CHACALS

Je  suis allé chercher dans les archives de Google la merveilleuse fable de Jean de LA FONTAINE mise en ligne par l’ami HUVELIN.

On résume : un gentil chien accueille un vilain chacal qui joue le malheureux. Finalement,   c’est le chacal qui bouffe le chien.

Une Arménienne du Liban m’avait dit en français traduit de l’arménien une fable du même genre : si vous invitez un musulman à table à midi, il  s’imposera le soir à diner et finira par prendre votre maison.

J’ai donc retrouvé ce que j’écrivais  dans la blogosphère ou sur blog avocat, je ne sais plus, le 3novembre 2016.

L'ouvrage de référence est dans ma bibliothèque. Œuvres complètes de LA FONTAINE   au Seuil en 1965, avec une préface de Pierre CLARAC.

L'ennui est que la fable rapportée par HUVELIN est un faux. Elle n'existe (malheureusement) pas et elle est donc une création  hors LA FONTAINE.

Les seuls chiens trouvés dans les fables de LA FONTAINE sont au nombre de trois:

« Le chien à qui on a coupé des oreilles », « Le chien qui lâche sa proie pour l'ombre » et » Le chien qui porte à son cou le diner de son maitre ».

Commentaires

Nom: 
Cher Bernard
Site: 
scphuvelin.com

Se mefier de Google. Verification faite dans l'Édition complète des fables de La Fontaine, introduction par Denis Saurat, édité par THE COMMODORE PRESS Ldt à Londres et distribué par Hachette en 1946, qui figure en bonne place dans ma bibliothèque ! Donc je supprrime mon entrée sur mon blog...
La leçon, verifions toujours les sources.

Nom: 
Kradubovich

Le chien et les chacals

Du coquin que l'on choie, il faut craindre les tours

Et ne point espérer de caresse en retour.

Pour l'avoir ignoré, maints nigauds en pâtirent.

C'est ce dont je désire, lecteur, t'entretenir.

Après dix ans et plus d'homériques batailles,

De méchants pugilats, d'incessantes chamailles,

Un chien estoit bien aise d'avoir signé la paix

Avecque son voisin, chacal fort éclopé

A l'allure fuyante, que l'on montroit du doigt,

Qui n'avoit plus qu'un oeil, chassieux de surcroît,

Et dont l'odeur, partout, de loin le précédoit.

Voulant sceller l'événement

Et le célébrer dignement,

Le chien se donna grande peine

Pour se montrer doux et amène.

Il pria le galeux chez lui,

Le fit entrer, referma l'huis,

L'assit dans un moelleux velours

Et lui tint ce pieux discours :

« Or donc, Seigneur Chacal, vous êtes ici chez vous !

Profitez, dégustez, sachez combien je voue

D'amour à la concorde nouvelle entre nous !

Hélas, que j'ai de torts envers vous et les vôtres,

Et comme je voudrois que le passé fût autre !

Reprenez de ce rôt, goûtez à tous les mets,

Ne laissez un iota de ce que vous aimez ! »

L'interpellé eut très à cour

D'obéir à tant de candeur.

La gueule entière à son affaire,

Il fit de chaque plat désert

Cependant que son hôte affable

Se bornoit à garnir la table.

Puis, tout d’humilité et la mine contrite,

En parfait comédien, en fieffée chattemite,

Il dit : « Mais, j'y songe, mon cher,

Nous voici faisant bonne chère

Quand je sais là, dehors, ma pauvrette famille :

Mes épouses, mes fils, mes neveux et mes filles,

Mes oncles et mes tantes que ronge la disette,

Toute ma parentèle tant nue que maigrelette.

Allons-nous les laisser jeûner jusqu'au matin ? »

« Certes non ! » répliqua, prodigue, le mâtin,

Qui se leva, ouvrit, et devant qui passèrent

Quarante et un chacals parmi les moins sincères.

Sans tarder cliquetèrent les prestes mandibules

Des grands et des menus, même des minuscules.

Ils avoient tant de crocs, de rage et d'appétit,

Ils mangèrent si bien que petit à petit

Les vivres s'étrécirent comme peau de chagrin

Jusqu'à ce qu'à la fin il n'en restât plus rien.

Ce que voyant, l'ingrat bondit :

« Ah ça, compère, je vous prédis

Que si point ne nous nourrissez

Et tout affamés nous laissez

Tandis que vous allez repu,

La trêve entre nous est rompue ! »

Ayant alors, quoi qu'il eût dit,

Retrouvé forces et furie,

Il se jeta sur son mécène,

Et en une attaque soudaine il lui récura la toison,

Aidé de toute sa maison.

Puis, le voyant à demi mort,

De chez lui il le bouta hors.

Et l'infortuné crie encore

« La peste soit de mon cœur d'or ! »

Retenez la leçon, peuples trop accueillants :

À la gent famélique, point ne devez promettre.

Ces êtres arriérés, assassins et pillards

Marchent en rangs serrés sous le vert étendard.

Vous en invitez un, l'emplissez d'ortolans,

Et c'est jusqu'à vos clefs qu'il vous faut lui remettre.

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Nom: 
Dominique

Bonjour,

donc, en conclusion, cette fable existe bien même si elle n'est pas répertorié dans une édition des Oeuvres complètes de La Fontaine de 1965 ; elle le serait dans une édition par THE COMMODORE PRESS Ltd, plus ancienne, de 1946, que vous avez dans votre bibliothèque ? 

C'est vraisemblablement une édition en Anglais ?

Nom: 
Pierre DOYEN

La Fontaine s'est inspiré des fables  d'Esope,  de celles d'un conteur indien Pilpay, auteur du 

Panchatantra au-IIIe siècle de notre ère. Les deux chacals de Pilpay Karataka et 

Damanaka , version pehlvi , sont devenus : Kalila wa Dimna, en une traduction  arabe du Panchatantra d'Abdallah  ibn al Muqaffah .

 

Or, ibn al Muqaffah,poète persan, a eu lavision d'une meute de chacals, à la↓pensée des cavaliers  d'Othman ibn Affan, envahisseurs pilleurs de sa patrie un siècle et demi plus tôt.

L'allusion à la marche serrée des chacals sousl’étendard vert, une coïncidence fortuite de l'histoirere-O sans doute.

Le père du poète,collecteur d'impôts,suspecté de malversation fut torturé, ses doigts tranchés et grillés , et par dessus lemarché contraint  de les manger.De cette horrible avanie,l'homme ne tint plus que recroquevillé,d'où l'affublement du sobriquet : Al Muqaffah.

Le poète est Ibn al Muqaffah: le fils du recroquevillé.

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