Par delphine.gali le 17/01/12

Ce billet d'humeur n'a aucunement vocation à aborder la question de la légalisation du cannabis de manière exhaustive.

Je ne suis pas compétente pour savoir si les méfaits de l'alcool et du tabac sont équivalents ou non à ceux du cannabis.

En revanche, je sais ce qui se produit tous les jours dans les tribunaux et cela m'a permis de me forger une conviction.

Oui, je suis favorable à la légalisation du canabis et non à sa simple dépénalisation.

Je pense, tout d'abord, que la loi doit accompagner les évolutions de la société.

En l'occurrence, la consommation de cannabis étant largement répandue, il convient, à mon sens, d'en finir avec l'hypocrisie.

Lorsque je plaide dans ce type de dossier, je ne peux m'empêcher de penser que jusqu'en 1982, l'homosexualité était encore un délit.

Quand j'entends un juge affirmer à un prévenu: "Vous le savez, Monsieur qu'il est interdit de consommer du canabis", il me vient imédiatement à l'esprit qu'une question similaire pouvait être posée, il y 30 ans, à une personne homosexuelle.

Je pense toujours aussi à la législation hollandaise et à la maxime de Pascal:"Vérité en deçà des Pyrénées, mensonge au delà".

En outre, il me semble que la légalisation permettrait peut-être de mettre un terme à l'économie parallèle tant déplorée par nos politiques.

L'économiste Pierre Kopp, professeur à l'université Panthéon-Sorbonne estime qu'une légalisation du cannabis, qui serait vendu avec une taxe fixée par l'Etat comme pour le tabac, rapporterait 1 milliard d'euros.

Je suis effarée de voir le nombre de personnes jugées par les tribunaux pour infraction à la législation sur le cannabis. (ILS)

Cette stigmatisation est bien évidemment totalement préjudiciable.

L'école de Chicago a, en effet, largement étudié la notion de déviance, au travers de la stigmatisation.

A partir du moment où un individu est désigné comme déviant, il intériorise cette stigmatisation et va se conformer à ce que le corps social attend de lui, autrement dit commettre des actes délinquants.

Ainsi, placer de jeunes majeurs en détention provisoire pour les seuls faits de détention, cession et consommation de cannabis ne pourra que les précipiter vers d'autres formes de délinquance, notamment en les mettant en contact avec des délinquants bien plus expérimentés.

Plus cyniquement, la répression du trafic de cannabis mobilise à la fois les services de police, de justice pour des résultats souvent bien faibles.

J'ai souvenir d'instructions ayant duré plus de deux ans pour déboucher sur une audience au Tribunal Correctionnel rassemblant une dizaine de prévenus ou plus et durant trois voire quatre jours, alors même que les quantités du soi-disant trafic étaient extrêment faibles.

A l'heure où il n'est question que de réductions budgétaires, il me semble qu'il s'agit là de dépenses bien peu utiles et que les moyens mis en oeuvre pourraient l'être à bien meilleur escient.

Enfin, n'oublions pas qu'en Californie par exemple, l'usage du cannabis à but thérapeutique est autorisé.

Cet état de fait m'a vraiment sauté aux yeux lors d'une audience de comparution immédiate.

Un prévenu ayant le SIDA et un cancer, se trouvant manifestement en fin de vie, a été jugé en urgence pour détention de 100g de cannabis.

Il avait déjà été récemment condamné à une peine de 18 mois d'emprisonnement pour les mêmes faits.

Il a eu beau expliquer au Tribunal Correctionnel que le cannabis était destiné à calmer ses douleurs, il a encore écopé dune peine de prison ferme.

Et la Présidente lui a indiqué qu'il savait bien que c'était interdit...

Voilà pourquoi la légalisation me semble nécessaire.

Contact:Maître Delphine GALI

Avocat à Bordeaux

25, rue des Frères Bonie

33000 BORDEAUX

Tél: 0556011960

delfineg@aol.com

Par delphine.gali le 17/01/12

J'ai défendu avec ma consoeur Michèle BAUER, M.L qui était accusé d'assassinat.

Les faits étaient les suivants:

M.L et Mme B étaient amants et vivaient ensemble.

Un soir, Mme B revient dans son appartement accompagnée de P.

Elle le drogue, le fait boire et le frappe.

M.L tente, en vain de s'interposer, il a peur de Mme B.

M.L et Mme B attachent les mains de P, Mme B le baillonne et ils le transportent sur un lit.

Mme B met un linge sur le visage de la victime.

P sera retrouvé mort le lendemain matin.

C'est Mme B qui appellera les secours.

Cette histoire peut paraître sordide.

En réalité, elle est la conséquence d'une misère à la fois sociale et intellectuelle.

Mme B, dans le box des accusés, était pathétique.

M.L l'était tout autant.

Ils étaient donc tous les deux accusés d'assassinat, c'est-à-dire de meurtre avec préméditation.

Finalement, les jurés de la Cour d'Assises les ont condamnés pour meurtre, sans retenir la préméditation.

Les jurés n'ont pas considéré que M.L était complice de Mme B., ce qui pourtant, à mon sens, correspondait à la réalité du dossier.

Néanmoins, M.L, certainement en raison de sa faible implication, a été condamné à une peine de 7 ans d'emprisonnement et Mme, à une peine de 15 ans.

Le frère et la mère de la victime ont obtenu une indemnisation de leur préjudice, à savoir:

-22000€ pour la mère

-8000€ pour le frère

cf article sud ouest

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