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LA FRANCE BIENTOT SOUS TUTELLE DE BRUXELLES? UN AN DE BILAN - EMPLOI - DETTE - DEFICITS PUBLICS - COMPETITIVITE

Source: http://www.huffingtonpost.fr/laurent-bigorgne/bilan-

economique-presidence-hollande_b_3235626.html

Les lecteurs liront avec le plus grand intérêt et une inquiétude

certaine l'article ci-dessous.

Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne

Le bilan économique de la première année du quinquennat

au miroir européen

Publication: 08/05/2013 11:47

Tribune cosignée par Charles Nicolas, responsable à l'Institut

Montaigne du projet "Chiffrages-déchiffrages 2012" et

auteur du "Bilan de la première année du quinquennat de

François Hollande"

Hasards du calendrier, la Commission européenne s'est

manifestée à la France vendredi dernier, au moment même

où celle-ci s'apprêtait à ne pas fêter, de l'aveu même de

l'Elysée, le premier anniversaire de l'élection de son

nouveau Président de la République.

Le miroir tendu par la Commission n'est pas des plus

flatteurs puisqu'il est reconnu -une fois de plus - que

la France ne pourra pas tenir sa parole d'un retour à 3%

de son déficit public avant... 2015.

Suivra fin mai l'annonce des principales mesures

recommandées par Bruxelles afin d'y parvenir.

Il existe au moins trois interprétations différentes de cette

décision.

La première, c'est que la Commission est dans son nouveau

rôle : elle examine les trajectoires de finances publiques

présentées par les Etats ainsi que la situation de la croissance

dans chaque pays et en tire les conclusions qui s'imposent.

Ce qu'elle semble avoir fait, par exemple, pour la France,

l'Espagne et les Pays-Bas.

La deuxième est moins flatteuse pour les instances bruxelloises,

auxquelles on pourrait reprocher de n'avoir pas voulu porter

la responsabilité d'une parole plus dure à l'encontre de la

France, grand malade de l'Europe et de la zone Euro,

afin de ne pas y renforcer davantage encore le sentiment

anti-européen à l'approche des élections européennes de 2014.

La troisième est de voir dans ce geste le premier pas,

encore « soft », d'une mise sous tutelle de notre pays.

L'arrivée d'une troïka chargée du « sale boulot » reposerait

pour l'heure sur la seule Commission, élément avancé

d'un dispositif à venir plus large et plus douloureux...

Les semaines à venir nous en diront davantage sur les

intentions de la Commission et la prise de conscience de

nos décideurs.

Tracer le bilan de la première année au pouvoir de François

Hollande n'a de sens que dans cette perspective européenne.

C'est en effet à ce niveau que se situe l'enjeu principal :

allons-nous tenir nos engagements européens, ceux que

nous avons pris à plusieurs reprises par traité en engageant

notre souveraineté ?

Ou, au contraire, avons-nous désormais vocation à rester

l'enfant terrible de l'Europe, énervant adolescent qui

refuserait de grandir et d'assumer son rôle de co-chef de file

d'un continent qui plus que jamais a besoin d'un cap

pour exister et se développer dans la mondialisation ?

Fort de ces constats, l'électeur a le droit de se poser un

certain nombre de questions sur la politique économique

conduite depuis un an.

Il trouvera difficilement des réponses dans le document

publié par le gouvernement la semaine dernière, sobrement

intitulé 60 engagements pour la France. Première année.

En effet, si la situation économique et sociale de notre pays

y occupe une place de choix, ce rappel des faits et gestes

du Président et de sa majorité ne comprend pas d'introduction

ou de mise en contexte qui viendrait livrer le sens général

de l'action gouvernementale.

Le lecteur qui y chercherait l'affirmation résolue de la conversion

de la majorité à la restauration de la « compétitivité »

de l'économie française resterait sur sa faim.

Hormis Louis Gallois, Commissaire général à l'investissement

auprès d'un gouvernement qui compte tout de même 38 ministres,

personne n'assume ni n'incarne vraiment cette politique

aux yeux des Français.

Celle-ci s'est principalement traduite par la mise en place

du crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE).

Même si certains, y compris les auteurs de ces lignes,

auraient souhaité un dispositif plus rapide, plus simple

et plus concentré sur les secteurs exposés, ce crédit d'impôt

aux entreprises représente tout de même 20 milliards d'euros,

soit davantage que la TVA sociale telle qu'elle avait été votée

par le précédent gouvernement (environ 13 milliards d'euros

d'allègements de charges).

Point de vigilance, la moitié du CICE est gagée sur des

économies budgétaires qui pour l'heure ne sont pas documentées.

En matière de finances publiques, et c'était un fait nouveau,

les candidats au second tour de l'élection présidentielle de 2012

avaient pris le soin d'indiquer le cadrage macroéconomique

des programmes qu'ils présentaient aux Français.

Voyons ce qu'il en est pour le candidat finalement élu.

1. "Le déficit public sera réduit à 3% du PIB en 2013.

Je rétablirai l'équilibre budgétaire en fin de mandat" :

la Commission européenne vient de confirmer que les 3%

devraient être atteints en 2015 au mieux, au prix d'efforts

importants qui restent à déterminer ;

quant au retour à l'équilibre, les documents communiqués

par Bercy à la Commission montrent qu'il n'est plus attendu

pour 2017.

2. La dette devait rester à un niveau inférieur à 90% du PIB

tout au long du quinquennat, avec un retour à 80% prévu

d'ici à 2017 ; le programme de stabilité présenté par la

France le 17 avril n'envisage plus désormais qu'une stabilisation

de la dette autour de 90% avec un pic historique à 94,3%

en 2014.

3. 50 Mds € d'économies de dépenses publiques étaient

visées d'ici à 2017, auquel 10Mds€ sont venus s'ajouter

en novembre 2012 pour financer le Crédit impôt pour la

compétitivité et l'emploi, soit au total 3 points de PIB

que sont très loin de documenter les deux comités

interministériels pour la modernisation de l'action

publique de décembre 2012 et d'avril 2013.

4. Les prélèvements obligatoires, quant à eux, atteignent

des niveaux record : 44,9% en 2012 et 46,3% en 2013 ;

aucune diminution n'est envisagée durant le quinquennat.

L'actuelle majorité a mis en oeuvre l'intégralité ou presque

de son programme fiscal - à la réserve près de la grande

réforme fiscale prévoyant la fusion de l'IR et de la CSG

ou encore de la mesure symbolique de la taxation des

revenus supérieurs à 1 million d'euros.

L'emploi enfin - c'est sans doute l'élément le plus préoccupant

pour l'avenir du pays, à l'heure où 10,6 % des actifs - et 25,7 %

des jeunes - sont au chômage.

Depuis un an, 350 000 emplois ont été détruits, soit un

rythme de 1000 par jour.

De cela, François Hollande ne peut être tenu pour seul responsable,

bien évidemment, mais cette urgence économique et sociale

impose une action énergique.

Si, dans la droite ligne de son prédécesseur, le Président de

la République a tenu sa promesse de donner davantage de

place à la négociation, qui a notamment abouti à l'accord

national interprofessionnel sur la sécurisation de l'emploi,

les outils mis sur la table (emplois d'avenir et contrat de

génération principalement) ne paraissent pas en mesure

d'inverser la courbe du chômage.

Le Conseil d'analyse économique lui-même a rappelé au

Premier ministre le 23 avril dernier que les emplois d'avenir

auraient dû cibler prioritairement le secteur marchand et la

formation réelle des non qualifiés.

De nombreuses études empiriques montrent

malheureusement que ces dispositifs auront très peu

ou pas d'effets réels.

L'emploi passe par la croissance et l'abaissement

de notre niveau de chômage structurel (particulièrement

élevé en France, de l'ordre de 8 %), la restauration

de la compétitivité de nos entreprises et de leurs marges.

Cette équation ne se trouvait pas dans le programme

de François Hollande.

Nul doute que les recommandations de Bruxelles,

attendues pour la fin mai, y feront largement écho...

Espérons que leur mise en oeuvre figurera au bilan

de l'année 2 du quinquennat.

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