May
07
RENAULT - NISSAN - LE GRAND ECART OU UN BON INVESTISSEMENT?

sOURCE: http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/

automobile/20130503trib000762955/carlos-ghosn-a-

reussi-chez-nissan-mais-chez-renault.html

Carlos Ghosn a réussi chez Nissan, mais chez Renault...

Alain-Gabriel Verdevoye | 07/05/2013, 11:30 -

En 1999, au moment de l'Alliance Renault-Nissan,

les deux constructeurs étaient de taille à peu près équivalente.

Aujourd'hui, le japonais pèse deux fois plus que son

actionnaire français.

Il est beaucoup plus rentable, dispose d'une gamme

complète avec des technologies avancées et une présence

quasiment mondiale.

Le double PDG, Carlos Ghosn, dont la rémunération est

beaucoup plus importante au titre de Nissan que de Renault,

a -t-il privilégié l'un aux dépens de l'autre?

Alors que Nissan s'apprête à publier ses résultats financiers

annuels (2012-2013) la semaine prochaine, la question mérité

d'être à nouveau posée: Carlos Ghosn a-t-il oui ou non privilégié

la firme automobile japonaise au détriment de Renault?

Patron opérationnel de Nissan depuis quatorze ans et PDG

de Renault depuis 2005, l'homme s'en défend, évidemment.

Il n'empêche.

Le double dirigeant, qui gagne d'ailleurs beaucoup plus d'argent

coté japonais (rémunération record dans l'automobile nippone

de 7,7 millions d'euros pour l'exercice fiscal 2011-2012)

que coté français (2,89 millions d'euros l'an dernier) aurait-il trop bien réussi chez l'un, échoué chez l'autre?

Disproportion flagrante entre les deux constructeurs

Un rappel indispensable: au moment du mariage Renault-Nissan,

en 1999, les deux constructeurs étaient à peu près de taille

équivalente.

Aujourd'hui, le groupe nippon est globalement deux fois plus

gros que l'ex-Régie et bien plus rentable.

L'an dernier, Nissan a écoulé 4,94 millions d'unités (+5,8%

grâce notamment à un rebond au Japon et aux Etats-Unis)

et Renault - qui détient 43,4% du capital du nippon -

2,55 millions seulement (-6,3% à cause du plongeon

des marchés européens).

Le japonais écoule aujourd'hui deux fois plus de véhicules

que son actionnaire.

Certes, on pourra bientôt consolider le russe Avtovaz

(610.900 unités en 2012, -5,5%) dans les volumes du

constructeur français.

Renault détient en effet 25% des parts du fabricant

des Lada et en prendra prochainement le contrôle.

Mais, même ainsi, la disproportion n'en demeure pas

moins flagrante.

En 1998, dernier exercice avant l'alliance Renault-Nissan,

les ventes des deux constructeurs étaient proches : 2,2 millions

pour Renault, 2,6 millions pour Nissan.

Des profits de Renault imputables à Nissan

Sur l'ensemble de l'exercice fiscal (1er avril 2012 au

31 mars 2013), Nissan prévoyait en février dernier

de dégager un chiffre d'affaires en progression de 4,3%

à 9.815 milliards de yens (96,5 milliards d'euros)

et un bénéfice net de 320 milliards de yens (3,14

milliards d'euros), en recul de 6,3%.

Il s'attendait en outre à un profit d'exploitation annuel

en progrès de 5,3% à 575 milliards de yens (5,65 milliards d'euros).

Rappelons que, sur l'année 2012, Renault a affiché un

chiffre d'affaires de 41,28 milliards d'euros à peine,

soit 42% de celui de Nissan.

Son bénéfice net atteignait 1,73 milliards d'euros, représentant

55% de celui du japonais.

Mais, dans le résultat de Renault, il y a... 1,23 milliards générés

par les profits de Nissan.

Un résultat huit fois inférieur

Quant au résultat opérationnel de l'ex-Régie, il est huit fois inférieur

aux prévisions de profit de son allié.

La marge opérationnelle atteint 1,8% chez Renault, contre près

de 6% pour Nissan, et encore s'agit-il d'un piètre exercice pour

le japonais qui a fait nettement mieux dans un passé récent.

Juste avant le mariage Renault-Nissan, le chiffre d'affaires de

Renault équivalait à 75% de celui de Nissan.

Et Renault affichait un bénéfice net de 1,35 milliards d'euros,

alors que Nissan en perdait 110 millions.

Question effectifs, la disproportion est éclairante.

Renault emploie aujourd'hui dans le monde 127.000 personnes,

Nissan 248.000.

En 1998, les effectifs étaient les mêmes pour les deux entreprises,

autour de 138.000 personnes.

Renault a donc perdu environ 10.000 personnes sur la période,

tandis que Nissan a accru ses effectifs de 80% dans le même temps.

L'envergure mondiale de Nissan

On peut certes avancer quelques explications objectives.

Stratégiquement, Nissan était, historiquement, présent dans toutes

les régions du monde - sauf l'Amérique latine -, comme d'ailleurs

ses compatriotes Toyota ou Honda - ce qui n'était pas le cas de Renault.

Facteur aggravant: Renault demeure centré par ses racines sur l'Europe,

un continent où le marché automobile est en panne depuis plusieurs années,

et où les japonais sont logiquement moins exposés.

Par ailleurs, Renault pâtit des problèmes de compétitivité

globaux intrinsèques à l'économie française...

Mais, après tout, Nissan souffre pour sa part d'un yen nettement

plus fort aujourd'hui que naguère, même s'il a tendance à redescendre.

Toutes ces constatations n'expliquent donc pas à elles seules

le différentiel croissant entre les deux entreprises.

Nissan à la rescousse

Puissant en Amérique du nord, Nissan s'est également implanté en

Chine et en Inde.

Or, Renault n'est toujours pas présent outre-Atlantique, ni en Chine

où il attend le feu vert des autorités chinoises pour un projet industriel

qui n'est donc pas pour tout de suite.

Et encore, la firme hexagonale s'est-elle associée en Chine au...

partenaire de Nissan!

En Inde, Renault est aussi à la traîne, installé dans l'usine de

Chennai créé par le japonais.

Le constructeur est pour sa part "chef de file" chez Avotovaz en

Russie et en Amérique du sud, où Nissan est en train de progresser

fortement grâce à l'implantation d'une usine au Brésil.

Mais, les volumes réalisés par Nissan en Amérique du nord ou

en Chine sont largement supérieurs à ceux de Renault en Russie

et en Amérique latine.

Nissan est géographiquement mieux placé que son partenaire.

Même en Corée, où Renault a fait oeuvre de pionnier en reprenant

les activités automobiles de Samsung - qui produisaient du reste

des modèles d'origine Nissan -, le Français est obligé d'appeler

son allié à la rescousse pour remplir l'usine de Busan chroniquement

sur-capacitaire.

Nisan va d'ailleurs également voler au secours des usines de Renault

en France en leur confiant sa future petite Micra, histoire de pallier

- partiellement - le sous-emploi de l'outil industriel hexagonal.

Gamme complète chez le japonais

Technologiquement, si Renault est "leader" dans les diesels,

Nissan l'est dans les moteurs à essence.

Hors, à l'échelle mondiale, la place des diesels est réduite,

puisque quasiment cantonnée à l'Europe.

Le spectre des moteurs Nissan est impressionnant, du trois cylindres

au V8! A tel point que quand Renault veut faire rouler un véhicule

sportif de marque Alpine - un label bien français -il doit recourir à .

.. une mécanique nippone.

Nissan est aussi le maître d'oeuvre en matière de voitures électriques.

Enfin, la gamme du japonais, extrêmement étendue, couvre

tous les créneaux, ce qui n'est absolument pas le cas de Renault,

globalement concentré sur les modèles de bas de gamme,

les petites voitures et les compactes...

Nissan fait aussi bien des "minis" que des limousines, des pick-ups,

des gros 4x4, des monospaces, des coupés sportifs.

Et, si sa marque de haut de gamme Infiniti a du mal à percer hors

des Etats-Unis, elle lui assure une présence.

Renault, lui, n'a rien pour rivaliser avec Mercedes, BMW, Audi.

Un bilan mitigé pour Carlos Ghosn chez Renault

Dire que Carlos Ghosn a volontairement privilégié une entreprise

plutôt qu'une autre est difficile à démontrer.

Il n'en reste pas moins que le redressement de Nissan, grâce

notamment à l'aide de Renault, est globalement réussi.

Ce qui n'est malheureusement pas du tout le cas de Renault,

dont les positions relatives par rapport aux concurrents

se sont même plutôt affaiblies depuis une dizaine d'années.

Le bilan de Carlos Ghosn, qui a échoué dans ses prévisions

de volumes et de rentabilité, est donc pour le moins ténu chez Renault.

Mots-clés: 

Ajouter un commentaire

Image CAPTCHA