frederic.kieffer

Par frederic.kieffer le 02/03/09
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Par frederic.kieffer le 02/03/09
Dernier commentaire ajouté il y a 12 années 7 mois

Le temps où la beauté, si longtemps incarnée par le corps nu des femmes, était célébrée est révolu. La beauté est devenue suspecte : elle ne serait que le masque de l'horreur. Elle est mensongère. Elle nie la déformation, la dégradation des corps, la pourriture, les charniers. Elle nie la mort. La vérité exige des corps meurtris, avilis, torturés, informes. Le culte de la beauté, quand l'inhumain a gagné la partie, n'est pas loin d'être un crime.

Si ce diable d'Eros n'a pas disparu de l'univers des peintres, il subit désormais l'emprise de Thanatos : voyez Egon Schiele, les adolescentes à peine nubiles ont déjà inscrit en elles ce qui les attend, le désastre d'un corps flétri. L'étreinte amoureuse, elle, est figurée comme un coït animal : voyez Francis Bacon. La femme nue n'est plus un objet de désir, elle est traitée comme une chose : voyez Lucian Freud. N'aurions-nous plus affaire qu'à des déchets d'humanité ?

Vite revenir à Bonnard, aux jardins, aux fenêtres, aux jeux de lumière. Approcher du secret de Marthe, d'Olympia, de la Maja, des indifférentes, des provocantes, de toutes étendues qui rêvent à autre chose, de toutes ces belles endormies. Représentées dans votre nudité, vous me restez plus que jamais insaisissables.

Jean-Bertrand Pontalis, Elles, Folio n° 4799, pages 20-21