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Abou Ghraïb : le procès intéresse moins que les photos

L'affaire de la prison d'Abou Ghraïb vient enfin devant ses juges, ce lundi 20 aout, soit plus de trois ans après la publication des photos montrant des prisonniers irakiens humiliés par leurs gardiens américains. Le procès va s'ouvrir devant une cour martiale à Fort Meade, dans le Maryland. Le colonel Steven Jordan, 51 ans sera le seul officier américain poursuivi après le scandale des sévices infligés aux prisonniers. Seuls un onze soldats ont été condamnés à des peines allant de quelques heures de travaux d'intérêt général à 10 ans de prison. La plupart ont assuré avoir simplement obéi aux ordres.

Chacun se souvient de l'ex-général Janis Karpinski, la seule la commandante des prisons américaines en Irak à l'époque, dont le sourire resplendissait sur les photos des détenus humiliés. Sanctionnée par une rétrogradation, sans passer devant la justice militaire, elle est depuis retournée à la vie civile et s'est expliquée dans un livre paru fin 2005.

Le colonel Steven Jordan était responsable du centre des interrogatoires. Il est poursuivi pour six chefs d'inculpation, notamment entrave à la justice, manquement au devoir et faux témoignage. Le procès, qui vient tard, semble peu intéresser les Etats-Unis. Tour semble déjà dit : la culpabilité des auteurs, la responsabilité des supérieurs, mais surtout une mécanique sans scrupule, brisant les hommes. De telle sorte, le vrai procès est celui de la guerre, de son initiative, mais surtout de sa conduite.

Ce procès ne masquera pas d'autres réalités, à commencer par le sort de prisonniers en Irak Et le bilan est accablant.

Les informations données ce 15 aout au Washington Post par colonel Mark Martins, qui exerce la fonction d'avocat en chef des troupes américaines en Irak, permettent d'établir à plus de 60.000 le nombre de personnes détenues pour raison de sécurité en Irak.

Près de 45.000 le sont par les autorités irakiennes, au nom et selon les lois du pays. Le vice-président sunnite Tarek al Hachémi s'est rendu lui même dans les prisons irakiennes, et a fait le constat de centaines de détenus entassés dans des tentes entourées de barbelés, en attente d'être jugés, la plupart n'ayant pas eu même de notification des charges. La surpopulation carcérale en Irak a pris des proportions démesurées. Certains prisonniers sont là depuis des années, clamant leur innocence et affirmant qu'ils ont été torturés.

Mais 23.000 le sont par l'armée américaine, ce qui est le chiffre record enregistré depuis l'invasion américaine du pays en 2003. La « loi du conflit armé » établie par la Convention de Genève est le cadre, dénué de lien avec le régime politique irakien, qui permet aux forces de la coalition entrainée par les Etats-Unis d'opérer des arrestations et d'engager des procédures à l'encontre des ressortissants irakiens.

Dans le même temps, le Los Angeles Times nous apprend que le procureur de Los Angeles a entamé une procédure judiciaire contre un ancien sergent du corps des Marines pour son rôle supposé dans le meurtre de huit prisonniers irakiens non armés, pendant une bataille dans la ville irakienne de Falloujah en novembre 2004,

Jose Nazario, ancien sergent, est poursuivit un tribunal civil car il n'appartient plus au corps des Marines. Les enquêteurs des services criminels de la Marine nationale examinent des allégations concernant d'autres membres de l'unité que dirigeait Nazario.

La plaie « Irak » n'est pas prête d'être fermée.

Commentaires

Nom: 
Christophe Pacific
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les photos qui circulent sur le net sont des témoignages qui empruntent de nouvelles voies de communication. Elles surprennent par leur indécence, elles mettent en lumière des évènements qui méritent eux-mêmes qu'on s'y penche et qu'on aille "gratter" plus loin pour comprendre exactement ce qui se passe. Quand un militaire légitime son comportement à partir des ordres qu'il reçoit, l'histoire et la philosophie nous rattrappent pour faire ressurgir les démons d'Hannah Arendt: dans Eichmann à jérusalem la banalité du mal chez Monsieur-tout-le-monde montre que personne hélas ne détient le monopole de la monstruosité. l'expérience de Milgram renforce l'idée que l'obéissance sans réflexion peut aussi être source d'un mal absolu. Dans le domaine de la détention (entre autres), la démesure renvoie aux côtés les plus sombres de notre humanité. En Irak, l'hybris a gagné tous les acteurs de pouvoir pour aboutir à une surpopulation carcérale qui survit dans des conditions qui ne remplissent pas les critères de dignité. cela ne fait que jeter de l'huile sur le feu et faire naître des paradoxes (sûrement nécessaires) pour qu'ils soient instruits et jugés.

Bravo Maître pour le courage d'ouvrir ce blog qui provoque la réaction, je ne manquerai pas de venir faire le curieux et m'essayer sur des sujets qui remuent les concepts philosophiques autour des rapports humains que nous entretenons les uns avec les autres.

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