Aug
23
Délinquance sexuelle : le risque de la simplification

A priori, c'est le consensus : tout le monde est prêt à tomber à bras raccourci sur le délinquant sexuel récidiviste. Et l'affaire « Francis Évrard », dont l'instruction commence, semble bien être l'exemple du ratage le plus complet : déjà récidiviste, sorti alors que l'état de dangerosité est établi, en l'absence d'encadrement ou de contrainte,... et ce viagra prescrit avant la libération ! Incontestablement, l'autorité publique est interpelée et doit adapter son action.

Oui, mais comment ?

L'idée d'un enfermement postérieur à la détention dans un service spécialisé, avec une perspective de soin, sous le contrôle d'un juge, ne me parait pas une incongruité, loin de là. Plusieurs pays s'y sont engagés, avec des résultats semble-t-il, appréciables.

La véritable question est que tout ceci est extrêmement complexe, et la simplification avec laquelle est abordée le débat est à son tour porteuse d'illusions, et de nouvelles désillusions.

Il est toujours mauvais de légiférer dans l'urgence, et en réponse à un cas particulier, mal connu encore au demeurant. L'hyperréactivité de la loi est rarement le gage du succès, sauf dans l'effet d'annonce.

D'abord, retour sur un passé récent. Le projet de loi a été annoncé le 20 août. Or, depuis votre transat, procédant comme il se doit chaque matin à la lecture du Journal officiel, vous aviez découvert dans l'édition du 11 août la loi n° 2007-1198 du 10 août 2007 renforçant la lutte contre la récidive, qui comprend un chapitre complet sur la délinquance sexuelle. Cette loi prévoit, entre autre, que toute personne condamnée à un suivi socio-judiciaire, ou à une peine d'emprisonnement assortie du sursis avec mise à l'épreuve pour l'une des infractions pour lesquelles le suivi socio-judiciaire est encouru, placée sous surveillance judiciaire ou en libération conditionnelle, est soumise à une injonction de soins, s'il est établi qu'elle est susceptible de faire l'objet d'un traitement. Et le refus renvoie devant le juge d'application des peines. Sachant la difficulté à mettre en oeuvre ce type de disposition, le texte indique qu'il ne sera applicable que le 1° mars 2008.

Bref, le gouvernement annonce le 20 août 2007 la réforme de la loi du 10 août 2007, applicable le 1° mars 2008. Tout va bien.

De plus, le message, contrairement aux apparences, n'est pas clair. Il suffit d'enfermer tant qu'ils ne sont pas soignés. Mais, diable, le processus humain infiniment plus complexe ! Que veut-dire, dans le vécu, être soigné d'une perversité sexuelle ? Quelqu'un a-t-il trouvé l'équation ? Toute la difficulté est là. Ce n'est pas l'angélisme qui est en cause. C'est la difficulté extrême de trouver la solution. « Injonction de soin », c'est facile à écrire, y compris dans la loi. En revanche, rien n'est plus difficile à mettre en oeuvre, car c'est au final se heurter à ce mur : comment soigner sans le consentement sincère de l'intéressé ?

Il nous faut une loi ! Non, il nous faut des financements ! Les deux sont objectivement nécessaires, mais s'il n'y a que la loi et que la finance, l'échec est assuré. La priorité est d'apprécier qualitativement le travail des équipes qui, depuis des décennies, agissent sur le terrain. Qu'est ce qui marche, qu'est qui ne marche pas, pourquoi ? Que sait-on des processus de la perversité ? Où fixer les limites, sachant que le consensus social s'enflamme contre la pédophilie, alors ce mot n'existe pas dans le Code pénal ? Comment combattre l'idée qu'il y a une poignée d'affreux d'un côté, et la gentille société de l'autre ? Le pervers s'attache à détourner la raison, joue de la simplification. L'action réaliste passe par la complexité.

Commentaires

Nom: 
alexandre manoukian
Site: 
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Je te rejoins sur la complexité de la chose, en tant que psychologue, la perversion et la psychopathie sont des organisations mentales que l'on connait mal et que l'on soigne très difficilement. Devant nos limites, le recours a des actions plus draconiennes se comprend même si elles ne doivent pas être le fin du fin. Pourtant je voudrais encore croire aux vieux principes de la psychologie humaniste qui soutiennent entre autres que l'on a tous une capacité de changer.Des études sont nécessaires, mais peut-être faudrait-il aussi avoir une dimension historique du sujet replacé dans un contexte culturel, les valeurs et limites sont tellement changeantes...

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