Aug
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Hrant Dink: le procès et les derniers écrits

Dix-huit prévenus sont jugés à Istanbul depuis le début du mois de juillet pour le procès de l'assassinat du journaliste d'origine arménienne Hrant Dink, le 18 janvier 2007. Le plus jeune des 18 prévenus, Ogün Samast, était âgé de 17 ans au moment des faits. Il a reconnu être le dernier maillon de la chaîne, celui qui a tué le journaliste turc d'origine arménienne, en janvier, de trois balles tirées à bout portant sur le perron de l'hebdomadaire turco-arménien Agos. En raison de son jeune âge, c'est à huis clos que s'est ouvert, lundi à Istanbul, le procès des auteurs présumés de l'assassinat. Le plus difficile sera d'apprécier la chaîne des responsabilités qui ont pu conduire à cet acte qui avait bouleversé la Turquie.

C'est dans ce contexte qu'est publié par les Editions Fradet (16, bd de la Paix, 51100 REIMS, tel / fax : 03 26 88 63 66) un recueil de textes Hrant Dink, sous le titre « Être Arménien en Turquie ».

Hrant Dink, qui était né en 1954, aspirait à une Turquie simplement démocratique où tous, Turcs, Arméniens, Kurdes et autres minorités, vivraient en paix. Considéré comme un traître par les nationalistes, Hrant Dink était devenu la cible de groupes d'extrême droite. Malgré les accusations et les menaces, il avait toujours refusé de quitter la Turquie. Lors de sa dernière interview, il avait confié : « C'est ici que je veux poursuivre le combat. Car ce n'est pas seulement mon combat. C'est le combat de tous ceux qui veulent la démocratisation de la Turquie. Si je me rends et que je quitte le pays, ce sera la honte pour tous. Mes ancêtres ont vécu dans ce pays, c'est ici que sont mes racines et j'ai le droit de mourir dans le pays qui m'a vu naître. »

« ...Oui, je peux me voir dans l'inquiétude et l'angoisse d'une colombe, mais je sais que dans ce pays les gens ne touchent pas aux colombes. Les colombes peuvent vivre en plein cœur des villes, au plus chaud des foules humaines. Non sans crainte évidemment, mais avec quelle liberté ?".

Ainsi se terminait le texte que Hrant Dink fit parvenir le 18 janvier 2007 au magazine Radikal2 qui s'apprêtait à le publier. Le lendemain il était assassiné en plein cœur d'Istanbul devant le siège de l'hebdomadaire Agos dont il était le fondateur.

« Être Arménien en Turquie ». a été réalisé avec le concours de l'association Turquie Européenne, de l'hebdomadaire Agos et de Baskin Oran, politologue turc. La préface est d'Etyen Mahçupyan qui a succédé à Hrant Dink à la tête d'Agos.

Ecoutons Orhan Pamuk : « Le message de Hrant était que bien sûr les nationalistes arméniens comme les nationalistes turcs partagent l'envie de se combattre et d'en découdre. Hrant prônait la réconciliation avec les Turcs arméniens basée sur la compréhension, le dialogue et l'ouverture. Il avait le cœur ouvert. Il vous disait ce qu'il pensait droit dans les yeux. Ça a été son combat et malheureusement ça lui a coûté la vie... »

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