Sep
28
Kouchner, Total et la Birmanie

Un immense talent sous-exploité et une planète en difficulté qui se prive d'un si précieux concours ? N'est-ce pas là une poignante cause humanitaire ? En quand le talent inexploité s'appelle Bernard Kouchner, c'est Kouchner Bernard qui s'en occupe. Le cas échéant en passant par « BK Conseil », société de consulting dont l'effectif atteint tout de même une personne, Bernard Kouchner, consultant international.

Consultant national

Commençons par le national. Le bon docteur, après avoir potassé toutes ses fiches d'actualité, déclare fin 2006 à ses petits camarades socialistes « Je suis prêt pour les présidentielles de 2007... ». Et tout le monde de rire. Ce qui a empêché d'entendre la fin de la phrase : « ... à rejoindre Nicolas ». Une ingérence humanitaire au sein de l'UMP qui est tout à l'honneur du French Doctor, scelle définitivement son désintéressement et permet de rebaptiser son organisation : Médecins sans frontières politiques. Pas de doute qu'à l'occasion du premier remaniement ministériel, BK ouvrira les portes de son ministère pour accueillir tous ses nouveaux petits copains devenus réfugiés politiques.

Consultant international

L'international ensuite, avec les intérêts du groupe Total en Birmanie.

Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, ancienne dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie, est magnifique, et les photos témoignant son soutien aux manifestants birmans ont joué comme un formidable amplificateur du mouvement de protestation. C'est une grande dame, très écoutée. En 1996, dans une interview au journal Le Monde, elle avait placé Total au premier rang des soutiens dont bénéficie le régime militaire de Rangoon. Mais Aung San Suu Kyi n'était pas la seule à le dire, et une méchante procédure avait été engagée devant le tribunal de Nanterre contre le groupe Total pour travail forcé et séquestration.

Début 2003, l'un des avocats de Total, Jean Veil, fils de Simone Veil, amie de BK, a contacté la Société BK Conseil, aux fins d'effectuer un rapport sur le rôle du groupe pétrolier dans ce pays, dénoncé de toute part comme une terrible dictature. L'Organisation Internationale du travail (OIT) avait exclu de ses rangs la Birmanie.

BK n'a pas chômé. Un séjour impressionnant de cinq jours, du 25 au 29 mars 2003, un document de dix neuf pages, et 25.000 € d'honoraires hors frais. Cet excellent travail, encore visible sur le site internet de Total, blanchit le groupe pétrolier. Là où les choses se compliquent, c'est que sans aviser l'illustre consultant international, Total verse ce rapport dans le dossier jugé à Nanterre. Les opposants s'étranglent de ne pas avoir été contacté par BK, et dénoncent la légèreté du travail. L'ancien ministre de la Santé doit répondre, et il persiste : « Je suis sûr à 95 % que les gens de Total ne sont pas capables de faire ça, ce ne sont pas des esclavagistes. » Il conteste avoir accepté la mission pour une question d'argent, avec un argument en effet décisif : « Je gagne la moitié en une conférence ! » Déjà un thème de présidentielle, mais avec une touche personnelle : « Travailler moins pour gagner plus ». Quelques mois plus tard, en novembre 2005, le grand visionnaire reçoit une claque, genre baffe de maçon de catégorie olympique : Total décide d'indemniser les esclaves dont « BK Conseil » prétendait qu'ils n'existaient pas.

En réalité, nous le savions déjà : l'humanitaire n'est pas une science exacte.

Retour dans la lumière

Les évènements en cours en Birmanie vont inévitablement ramener un peu de lumière sur ces 19 pages de grande intensité.

Dans le genre, très drôle, l'inattendu Nicolas : « Je voulais dire mon soutien et le soutien le plus total de la France à l'opposition birmane. » D'habitude la com' est mieux maîtrisée.

Ce 27 septembre, David Martinon, porte-parole de la présidence de la République précise : « Ce que le Président a dit, c'est qu'il a demandé aux entreprises françaises, notamment à Total qu'il a cité explicitement, de faire très attention en ce qui concerne les investissements en Birmanie, tant que la situation ne s'est pas améliorée. En cela, il est parfaitement en ligne avec le régime de sanctions décidé par l'Union européenne. »

Bernard, qui n'a pas l'habitude de bouder les micros, reste silencieux, et le site du ministère des affaires étrangères, se contente de reprendre les déclarations de Nicolas. Parmi, celle-ci, je lis la proposition d'envoyer Rama au sein d'une délégation européenne en Birmanie. Je propose aussi une petite mesure d'économie. Rama pourrait demander au salarié unique de la société BK Conseil une copie du rapport : tout y est expliqué en 19 pages.

Commentaires

Bonne nouvelle, donc si les affaires marchent. Des déclarations de l'époque, tout indique que BK Conseil n'avait alors qu'un seul salarié. Saluons le courage d'entreprendre. Jean-François Coppé vient, lui, de se faire recrutrer par le cabinet d'avocats Gide... Quelle ardeur au travail!

Nom: 
Mathieu
Site: 
http://

Bonjour Gilles,

Félicitations pour ton blog toujours alimenté et surtout pour cet excellent billet approfondie sur notre camarade BK.

A bientôt.

Mathieu J

Nom: 
Veronique B
Site: 
http://

BK Consulting et BK Conseil sont des sociétés différentes sur des marchés différents qui n'ont rien a voir l'une avec l'autre !

Petite confusion, née de l'un des commentaires de ce billet.

L'étude sur la Birmanie et les activités de consultant de Bernard Kouchner, c'est bien BK Conseil. Et ce rapport assez halu, démenti par les faits, et la solution transactionelle adoptée par Total lors du procès de Nanterre.

Un commentaire venue sur ce blog a pu créer une confusion avec une Société BK Consulting, qui en réalité n'a rien à voir avec BK Conseil.

BK Consulting aura été ainsi un bien involontaire invité de ce bog. Nous lui souhaitons une belle vie et un beau développement de ses affaires!

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