Sep
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L'accès aux soins des clandestins en Europe

Le pré-supposé au départ est simple, en réalité simpliste: le système de santé des pays européeens attire les étrangers. Et hélas tant de dispositions réglementaires sont venues concrétiser cette idée, en créant de bien injustes barrières.

Retour au réel avec l'enquête effectuée par Médecins du Monde, et disponible sur le site de l'organisation, à propos de l'accès aux soins des migrants en situation irrégulière. Un travail inédit - il n'existe pas de données nationales ou internationales sur ce sujet - mené en Belgique, Espagne, Grèce, France, Italie, Portugal et Royaume-Uni auprès de 837 migrants en situation irrégulière. C'est le fruit de la création en 2005, par le réseau de Médecin du monde en Europe, d'un Observatoire Européen de l'Accès aux Soins, destiné à apporter un regard indépendant sur l'accès aux soins des personnes vivant dans la précarité dans les différents pays de l'UE.

Théorie et pratique

« Les situations sont extrêmement complexes et différentes selon les pays », a expliqué à l'AFP Françoise Jeanson, l'ancienne présidente de Médecin du Monde, qui va présenter cette étude à la conférence ministérielle européenne « Santé et migrations » qui se tient les 27 et 28 septembre à Lisbonne.

Théoriquement, 78% des personnes interrogées peuvent, au vu de la législation, bénéficier d'une couverture santé. Mais dans la pratique, elles ne sont que 24% à en bénéficier réellement.

Les conditions de vie des personnes interrogées sont difficiles : 40 % des personnes ont un logement précaire et 11 % vivent à la rue. Toutes sont sans ressources.

Sur l'ensemble de la population interrogée, deux personnes sur dix perçoivent leur état de santé comme mauvais ou très mauvais. Seul un tiers des personnes souffrant d'un problème de santé chronique bénéficie d'un traitement en cours. Près de la moitié des personnes ayant déclaré au moins un problème de santé a souffert d'un retard au recours aux soins.

Lors du dernier problème de santé rencontré, une personne sur dix a essuyé un refus de prise en charge par des professionnels de santé.

En France, seules 7% des personnes sont parvenues à faire valoir leurs droits. En Belgique, de la même façon, seules 14% bénéficient concrètement d'une couverture santé.

D'une manière générale, les personnes ne sont très mal informées de leurs droits : un tiers des personnes méconnaissent leur droit à bénéficier d'une couverture santé. La majorité des personnes ignore qu'elles peuvent bénéficier gratuitement d'un dépistage du VIH et près des deux tiers ignorent que les traitements sont accessibles à tous. Le rapport cite un autre exemple de déficit d'information, avec la vaccination des enfants.

Rareté des régularisations pour raison médicale

Autre aspect très intéressant, et rompant avec les mythes, Médecin du Monde relève le faible nombre de régularisations pour raisons médicales. En France, où la loi existe depuis 1998, il n' y a aucun afflux de malades : en 2005, seuls 75 nouveaux titres ont été délivrés par rapport à l'année précédente.

Teresa Gonzalez, présidente de Médecin du Monde Espagne, dénonce ainsi le « mythe du tourisme médical en Europe ». En Andalousie, où des soins gratuits ouverts à tous ont été mis en place, « les migrants n'ont pas afflué et le système de santé ne s'est pas écroulé », note-t-elle. La réalité est très prosaïque : les malades ne viennent pas en Europe pour se faire soigner car ils ne peuvent pas, malades, affronter la migration.

Un défi pour l'Union européenne

Pour Médecin du Monde, l'accès aux soins et à la santé est un préalable incontournable pour répondre aux valeurs de l'Union Européenne. L'une des demandes pressantes de l'organisation est la non-expulsion, la régularisation et l'accès aux soins des étrangers gravement malades qui ne peuvent avoir un accès effectif aux soins dans leur pays d'origine.

L'organisation des systèmes de santé des pays membres n'est pas une prérogative de l'Union européenne, mais la lutte contre les grandes endémies (VIH, tuberculose), et les périls sanitaires (grippe aviaire) en est une.

Françoise Jeanson conclut : « On ne peut négliger le fait que les personnes les plus précaires sont à la fois, les plus vulnérables aux épidémies, et les plus éloignées du système de soins. Oublier d'intégrer les populations les plus pauvres dans le processus d'amélioration des systèmes de santé serait une faute fondamentale en termes humain, de santé publique et financier. Parmi les plus pauvres, les plus exclus, les plus discriminés il y a les étrangers, et en particulier les personnes sans titre de séjour. »

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