Aug
27
Recrudescence de la légiférite aigüe

La légiférite : Maladie courante des autorités législatives ; Traitement recommandé : abstinence, zen et relecture de Montesquieu ; Peut causer des troubles graves dans sa forme aigüe.

Vous connaissez bien cette maladie : la légiférite. A chaque évènement, une loi nouvelle. Pour courante qu'elle soit, cette maladie n'en est pas moins grave, et peut devenir invalidante. Le patient est atteint de soubresauts qui le conduisent à coller à l'événement, tel l'enfant-roi apeuré auprès de sa maman-loi. Dans les phases aigües, le patient est menacé par le spasme.

La maladie est d'autant plus redoutable qu'elle s'accompagne d'une forme inédite de contagion. Le patient ne peut contaminer l'entourage, car, étant le Roi, il est le seul à être doté du gène législatif. En revanche, son entourage en subit rudement les contrecoups : perte de repères, sentiment de fragilité accompagné d'une crainte du lendemain, poussée de fièvre, et parfois crise d'acné. Les manifestations sont d'autant plus spectaculaires quand la crise de légiférite fait suite à des faits graves : le dénuement s'empare des sujets du Roi. De telle sorte, non seulement le Roi est nu, mais le peuple aussi. Quel spectacle,... surtout en période de rentrée des classes !

Nos reporters en mission dans un pays lointain viennent d'identifier quelques manifestations aigües de légiférite, suite à des faits dramatiques.

Le 15 août 2007, un viol par un récidiviste juste sorti de prison : annonce le 20 août 2007 d'une réforme de la loi du 10 août 2007 traitant de la récidive des délinquants sexuels, laquelle n'est applicable que le 1° mars 2008, et qui était la cinquième réforme en dix ans.

Le 26 août 2007, mort d'un enfant attaqué par un chien dangereux : annonce le 26 août 2007 d'une réforme du régime antérieur issu de la loi du 5 mars 2007, qui faisait suite à la loi du 6 janvier 1999, à l'ordonnance du 18 septembre 2000, et à la loi du 15 novembre 2001.

Le traitement n'étant efficace qu'avec le consentement, il est à prévoir de nouvelles poussées, et dans les domaines les plus variés. Les braves médecins répéteront qu'il faut appliquer la loi, s'en donner les moyens, expliquer... Les professeurs rappelleront que trop de loi tue la loi. Et les lycéens découvriront le Montesquieu de l'Esprit des lois : « On ne doit toucher aux lois qu'avec des mains tremblantes».

Commentaires

Nom: 
Bruno Py
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j'opine du clavier avec Me Gilles Devers et rappelle ce que disait le Doyen Carbonnier à ce sujet :

« À peine apercevons-nous le mal que nous exigeons le remède; et la loi est, en apparence, le remède instantané. Qu'un scandale éclate, qu'un accident survienne, qu'un inconvénient se découvre: la faute en est aux lacunes de la législation. Il n'y a qu'à faire une loi de plus. Et on la fait. Il faudrait beaucoup de courage à un gouvernement pour refuser cette satisfaction de papier à son opinion publique. » [Jean Carbonnier, Essais sur le droit, Répertoire du notariat defrénois, Paris, 1979, p. 276.]

Nom: 
Jean-Yves Sécheresse
Site: 
http://www.jysecheresse.com

Félicitations pour ce blog qui devrait nous être utile à tous au fil du temps.

Je me permets de mettre en lien ce blog sur le mien (www.jysecheresse.com).

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