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Un ancien dignitaire communiste poursuivi pour crime contre l’humanité

La déportation de populations civiles sous un régime communiste devant les tribunaux : l'affaire ne passera pas inaperçue. Et c'est d'Estonie que nous vient l'info. Avec la problématique spécifique des pays baltes pour lesquels, l'accord de Yalta en 1945 scellant le Pacte Molotov-Ribbentrop du 23 août 1939, la fin de l'occupation nazie n'a pas signifié le retour à la liberté, mais l'entrée dans près de quarante ans de dictature communiste. Débarrassé du nazisme, nous avons regardé avec méfiance le bloc de l'Est qui se formait, et nous sommes engagés dans la constitution européenne. Il en est ainsi : pendant 50 années l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont été rayées de la carte mentale européenne.

Arnold Meri est une personnalité centrale de l'Estonie : cousin du premier président de l'Estonie indépendante, Lennart Meri, il s'était illustré dans la lutte antifasciste, au sein de l'armé rouge, et avait ses galons de Héros de l'Union soviétique pour avoir défendu l'état-major du corps d'armée de Porkhov, dans la région de Pskov: blessé lors des combats du 18 juillet 1941, il est resté sur le champ de bataille et a continué de diriger les troupes. En 1948, il entrait dans le prestigieux « Ordre de Lénine ». Il était alors membre du comité central du Parti communiste d'Estonie et en 1949 devint premier secrétaire des Jeunesses communistes d'Estonie. Toujours resté très influent, il était resté le responsable du Comité Antifasciste d'Estonie. Ce sont les années 1949 qui reviennent d'actualité.

Ce 23 août, le parquet de Tallin a confirmé la nouvelle : Arnold Meri, ancien dignitaire communiste estonien, et ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale est accusé de crime contre l'humanité contre des civils estoniens. Le 25 mars 1949, les autorités soviétiques avaient arrêté 251 civils à Hiiumaa, une île estonienne dans la mer Baltique, pour les déporter à vie en Sibérie.

« Nous avons des preuves attestant que M. Meri a participé aux préparatifs de la déportation de mars 1949. Habilité par le comité central du Parti communiste d'Estonie, il était l'un des coordinateurs de cette opération » a déclaré au quotidien Postimees la procureure du district Lääne de Tallinn, Sirje Hunt, qui avait envoyé le dossier au tribunal la semaine dernière. Selon elle, M. Meri "a dirigé et contrôlé la déportation d'Estoniens depuis l'île de Hiiumaa". "Le dossier contient les noms de centaines de témoins, et nous espérons qu'environ 80 d'entre eux interviendront devant les juges", a souligné Mme Hunt.

Arnold Meri, qui plaide non coupable, ne nie pas le fait qu'au printemps 1949 il a été dépêché sur l'île de Hiiumaa par les Jeunesses communistes pour contrôler le processus de déportation. Selon lui, il n'était pas chargé d'organiser la déportation, mais de vérifier les listes des Estoniens à déporter et de prévenir les abus de la part des autorités locales. « On sait depuis vingt ans ce que j'ai fait à Hiiumaa, a indiqué Arnold Meri dans une interview au quotidien Eesti Päevaleht. Le jeu des accusations a commencé il y a douze ans, en 1995. Je ne pense pas qu'il me reste plus de deux ans à vivre, mais tout porte à croire qu'on fera durer l'enquête pendant tout ce temps-là. Il est clair que j'ai participé aux événements de Hiiumaa, mais pas dans le rôle qu'on m'impute."

Nous verrons bien ce que sera ce procès. Il n'en reste pas moins que c'est une étape importante. Ceux qui en douteraient prendront connaissances des commentaires navrés de Moscou, sur le hème : que c'est petit, et qu'il est préférable de regarder vers l'avenir...

Les crimes du stalinisme prennent enfin leur place, devant les tribunaux, et là où ils ont été commis.

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