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Vichy 3. "C’est le coeur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat"

3. Message du 17 juin 1940 : « C'est d'un coeur serré... »

Le lendemain de sa nomination, le Maréchal Pétain impose sa politique : l'arrêt des combats, et la recherche de l'armistice. Le choix est une défaite politique, qui permet toutes les revanches, et non une capitulation de l'armée, qui aurait permis la poursuite de la guerre depuis l'Empire, et aurait contraint l'Allemagne à gérer le territoire métropolitain. Mais le message du 17 juin témoigne d'une autre inconséquence : les soldats arrêtent les combats alors que l'armistice n'est pas signée, et ils sont massivement faits prisonniers.

C'est le 17 juin, que le Maréchal Pétain adresse son premier message radiodiffusé .

Français,

« À l'appel de M. le président de la République, j'assume à partir d'aujourd'hui la direction du gouvernement de la France. Sûr de l'affection de notre admirable armée qui lutte, avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires, contre un ennemi supérieur en nombre et en armes, sûr de sa magnifique résistance – elle a rempli nos devoirs vis-à-vis de nos alliés, sûr de l'esprit des anciens combattants que j'ai eu la fierté de commander – sûr de la confiance du peuple tout entier, j'ai fait à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur. En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude.

« C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat.

« Je me suis adressé cette nuit à l'adversaire pour lui demander s'il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l'honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités.

« Que les Français se groupent autour du Gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n'écouter que leur foi dans le destin de la patrie. »

La formule selon laquelle il fallait arrêter le combat a été particulièrement malheureuse, car nombre de soldats crurent qu'un cessez-le-feu avait été conclu, et l'essentiel des 1,8 million de prisonniers fut capturé dans la semaine qui s'est écoulée entre ce discours, le 17, et la signature de l'armistice, le 24. Par la suite, les services de l'information soutinrent que le maréchal avait dit : « C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut tenter de cesser le combat. »

Le 20 juin au matin, l'option du départ pour l'Algérie est encore d'actualité. Les trois présidents – Albert Lebrun, Edouard Herriot et Jules Jeanneney – sont d'accord pour poursuivre le combat depuis Alger et l'amiral Darlan a pris les dispositions pour l'embarquement des responsables politiques sur Le Massilia. Le maréchal Pétain envisage de rester symboliquement en métropole, pour représenter le gouvernement. Mais, sur la base d'informations mensongères, évoquant un ressaisissement du front , l'option est in extremis abandonnée.

La question d'actualité est la signature de l'armistice. Mais l'équipe du Maréchal à une autre idée : après l'armistice, le changement des institutions.

Pour faire le lien

• Convention d'armistice, le 22 juin 1940 : n° 4

• Engagement des poursuites contre le général de Gaulle, le 12 juillet 1940 : n° 25

• Déchéance de la qualité de français pour abandon du territoire, le 23 juillet 1940 : n° 44

• Modification du régime de la trahison, le 27 juillet 1940 : n° 45

• Message après Montoire, le 30 octobre 1940 : n° 122

• La « Relève », le 26 septembre 1942 : n° 450

• Création du « Mouvement prisonniers », le 9 septembre 1943 : n° 565

Et aussi

• Création du Conseil de Défense de l'Empire, le 27 octobre 1940 : n° 22

• Création du Comité Français de la Libération Nationale, le 3 juin 1943 : n° 660

• Rétablissement de la légalité républicaine ; le 9 août 1944 : n° 661

Prochain épisode : le texte de l'armistice

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